Salade de mâche et choucroute Lidl

    Truman Capote génialement campé par le comédien Philip Seymour Hoffman. (Photo : Philippe Lacoche.)

              À la faveur du confinement, j’ai le bonheur de passer de plus en temps auprès de ma petite fiancée. J’adore. Et ce ne sont pas seulement les nombreuses années qui nous séparent, mais je me rends compte, non sans amusement, à quel point nous sommes différents. Il ne s’agit pas ici de nous, en tant qu’individus, mais de nous en tant que genres. Filles, garçons: un monde nous sépare; un univers nous réunit. Je regardais, l’autre jour, les repas que nous nous étions confectionnés: elle, une adorable et fraîche salade de mâche, égayée de minuscules éclats de tomates, le tout rehaussé d’un filet d’huile d’olive bio; moi, dans une casserole, une choucroute sous vide de chez Lidl. Différents, oui. Il n’empêche qu’au cours du repas, j’avais bien remarqué qu’elle reluquait mon assiette qui fondait comme la neige dans la cuillère d’un junky. Du bout des lèvres, elle finit par me demander si j’avais la bonté de lui octroyer un petit bout de saucisse avant que je n’engloutisse le tout. Trop mignonne! Pour me distraire pendant ce fichu confinement, il n’est pas rare que je photographie, à son insu, ses oreilles que je qualifie de «petits coquillages». Elle proteste pour la forme, hausse les épaules et finit par me tourner le dos en soupirant. Lorsque je suis très en forme, donc très joyeux, il m’arrive même de lui tirer la queue brune qu’elle se tresse chaque matin. Ça me rappelle la cour de l’école primaire Roosevelt, à Tergnier, dans les années 1960. La mixité, tant attendue par nos jeunes cœurs, enfin nous avait été offerte. Nous ne cessions de taquiner nos petites égales qui, déjà, parfois nous traitaient de brutes. Le passé; toujours le passé. Le monde va trop vite. En tout cas, j’éprouve l’étrange impression qu’il a tourné sans moi et qu’il m’a laissé là, transi, immobile, paumé – donc réactionnaire–, devant le manège qui s’emballe. Réactionnaire? Je ne suis pas le seul à le penser. Un chanteur-compositeur parisien avec qui je travaille, m’expliquait qu’il s’était embrouillé la crinière, l’autre soir, au cours d’un dîner, avec un producteur de gauche qui ne comprenait pas pourquoi il osait réaliser des chansons avec moi. «Tu ne te rends pas compte qu’il a pigé pour Causeur et pour le Figaro littéraire?» lança-t-il horrifié. Le copain prit ma défense, faillit quitter la table. À quoi bon, au fond? Si j’avais été là, j’eusse pu expliquer au gauchiste que le rédacteur en chef culturel qui m’avait embauché à Causeur était encore plus marxiste que moi. Et qu’au Figaro littéraire, les critiques sont titulaires d’opinions totalement différentes et, qu’au fond, ils ne militent que pour la vraie et bonne littérature. Réac? J’assume. Je n’aime pas l’époque et persiste à croire que, bien souvent, c’était mieux avant. En matière de cinéma, c’est pareil. J’adore les vieux films français. C’est parfois compliqué avec ma petite fiancée qui fait preuve de plus d’ouverture pour les œuvres contemporaines. L’autre soir, alors qu’elle voulait me faire découvrir Truman Show, nous nous sommes finalement mis d’accord sur le film Truman Capote de Bennett Miller. Ce dernier raconte les cinq ans d’enquête menés par l’écrivain après le massacre d’un fermier du Kansas et de sa famille par deux marginaux (Perry Smith et Dick Hickock). Truman visite Perry Smith en prison, l’accompagne dans ses démarches, lui obtient des sursis. Il suivra les deux délinquants jusqu’à leur pendaison. Un film bouleversant, plein d’humanité qui, quelle que soit la barbarie des faits commis, ne peut que vous convaincre que la peine de mort, elle aussi, est une indéfendable barbarie.

    PHILIPPE LACOCHE

    Dimanche 15 novembre 2020.

    Je regardais, l’autre jour, les repas que nous nous étions confectionnés: elle, une adorable et fraîche salade de mâche, égayée de minuscules éclats de tomates, le tout rehaussé d’un filet d’huile d’olive bio; moi, dans une casserole, une choucroute sous vide de chez Lidl. (Photo : Philippe Lacoche.)
    Pour me distraire pendant ce fichu confinement, il n’est pas rare que je photographie, à son insu, ses oreilles que je qualifie de «petits coquillages». (Photo : Philippe Lacoche.)
    Lorsque je suis très en forme, donc très joyeux, il m’arrive même de lui tirer la queue brune qu’elle se tresse chaque matin. Ça me rappelle la cour de l’école primaire Roosevelt, à Tergnier, dans les années 1960. (Photo : Philippe Lacoche.)
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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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