Sorj Chalandon ou la vie facétieuse

     

    Sorj Chlandon, poing levé contre l’ultralibéralisme.

    De droite à gauche : Dominique Sampiero, Sorj Chalandon et votre serviteur.

    Serais-je, un jour, capable de prendre un train à 7h38? J’en doute. J’avais pourtant programmé la sonnerie de mon téléphone portable. N’aurait-elle pas fonctionné? Mystère. Résultat: j’ouvris un œil à 7h30. Est-il nécessaire de préciser que j’avais manqué mon train pour Lille. Je devais arriver à 9h30 en gare de Lille-Flandres, pour être présent au débat littéraire, à la gare Saint-Sauveur (une gare sans trains ni rails; espace joliment réaménagé en salles notamment dévolues à la culture) organisé par Escales des lettres. Ah! si la Marquise avait pu m’accompagner ce samedi-là, je suis certain, ponctuelle comme elle est, que j’eusse été à l’heure; nous serions montés à bord d’un train confortable et douillet dans lequel j’eusse pu prolonger ma nuit de marmotte ternoise. Mais non: la Marquise, trop occupée par ses tâches journalistiques et d’écriture littéraire, s’était promis de demeurer dans la capitale picarde. L’esprit plus embrumé que le temps de ce matin-là, je m’installai donc, lesté d’une humeur de dogue, dans mon carrosse Peugeot 206 vert bouteille, tiré par 5 CV fiscaux débourrés en des temps antédiluviens, 240 000 kilomètres au compteur, égayé d’un nouveau gnon sur l’aile droite. Autoroute A 29, bifurcation au niveau de Chaulnes, puis A 1. Brume; humidité. Temps à ne pas mettre un marquis dehors. J’écoute les Kinks, puis Alex Beaupain, puis Lady B. Je rêvasse. Ces deux autoroutes font naître en moi des souvenirs. L’A 29, je l’empruntais alors en 2006. Le début de mes amours avec Lou-Mary. J’allais la rejoindre dans sa jolie petite maison de Hyencourt-le-Grand. Odeur de blé mûr, de moissons fraîches dans la douceur du soir. L’A 1: un radar, une prune. Ce devait être en 2004, l’hiver. Je roulais comme une brute. Excès de vitesse. Il me tardait de rejoindre ma petite Léo, brune lolita, étudiante en philosophie dans la capitale du Nord. C’est loin tout ça. J’arrivai donc à 10 heures pile à la gare Saint-Sauveur, guidé par mes chers Scheherazade et Ludovic, organisateurs d’Escale. Chaleureuses retrouvailles. Nous ne nous étions pas revus depuis une bonne dizaine d’années. Ils m’installent à la table du débat. Thème: l’écriture ancrée dans la région. À mes côtés: les copains Dominique Sampiero, Michel Quint et Thierry Guichard, animateur du débat. Et Sorj Chalandon, dont j’aime depuis des années le travail littéraire et journalistique, mais que je ne connais pas encore. Il suffit de quelques instants pour que nous sympathisions. Nous sommes sur la même ligne. J’ai adoré l’entendre parler, sans emphase, sans démagogie, de la condition ouvrière, si bien exprimée dans son roman Le jour d’avant (Grasset) qui évoque la catastrophe minière de Liévin-Lens. Nos cinq voix s’unirent en un seul biceps vocal et politique; ce dernier propulsa notre poing révolté contre la sale tronche de l’ultralibéralisme et dans celle de l’odieux capitalisme. Le lendemain, au Salon de Boulogne-Billancourt, je retrouvai, par hasard, Sorj avec un vif plaisir. Comme deux jours plus tôt, j’avais fait la connaissance de Daniel Rondeau à l’Académie française, pour le retrouver, toujours par hasard, deux heures plus tard à une dédicace au Fouquet’s. la vie est parfois facétieuse.

    Dimanche 17 décembre 2017.

     

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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