Tout le poids de la légèreté littéraire

    Un roman singulier, attachant. Jean-Claude Lalumière sera au salon de Creil les 23 et 24 novembre.

    Jean-Claude Lalumière a commencé à publier au Dilettante. Photo : Zoé Fidji.

    C’est un roman singulier et attachant que nous propose Jean-Claude Lalumière avec Reprise des activités de plein air. Singulier dans sa forme, d’abord. Il est constitué de plusieurs points de vue – ceux de trois hommes issus de trois générations – et parfois de textes de mails, ceux qu’envoient les mecs (Mickaël, Christophe et Philippe) à leurs femmes; ces dernières se sont éloignées, l’une d’elle, l’épouse de Philippe, définitivement. Parfois même de bouts de journaux intimes et même de journaux diffusés, comme La Gazette du littoral charentais, ainsi que des manières de dialogues de théâtre.

    «Un aquoibonisme lancinant et doux comme une pluie sur Rethel.»

    L’action se déroule sur l’indicible et géniale île d’Oléron, chère – notamment – à Kléber Haedens. L’océan est là, tout autour; ils vivent à son rythme et à celui des saisons. Il y a, bien sûr, de la mélancolie, de la tristesse. Mais aussi de belles tranches de rigolades car ces trois-là ont bien décidé, tout en pudeur, en intelligence poétique et en jouissance d’être au monde, de ne point se laisser abattre par le spleen. Ils rénovent une maison, tentent de faire reculer une dune, charrient du sable, des tonnes de sable, retrouvent des recettes de cuisines ou en inventent.

    Le regard sur l’époque est souvent acide, comme il l’est chez Antoine Blondin, l’un des écrivains préférés de Jean-Claude Lalumière. À propos de Valérie, la copine de Christophe qui l’a quitté il y a cinq ans: «Cinq ans de vie commune, un coup de fil et basta. J’en ai balancé mon téléphone contre le mur. Je n’en ai pas racheté depuis. J’aurais dû m’en douter. Il m’arrivait de lui envoyer des SMS enflammés, poétiques. Elle me répondait par un smiley. Une demi-heure pour choisir mes mots, avec soin, à les taper sur ce clavier trop petit pour mes doigts, et j’avais droit, en retour, à un putain de smiley (…).»

    De la drôlerie, de l’humour tendre, il y en a beaucoup dans ce roman. Pas forcément un humour gratuit. Exemple: Christophe fabrique des phares miniatures avec du plastique qu’il ramasse sur la plage; il le broie en copeau, le fait fondre dans des moules de sa fabrication. Le plastique est rejeté par l’océan. Problème écologique tellement actuel.

    Un peu plus loin, c’est le vieux Philippe, ancien instituteur, qui, blanc de poils et de cheveux, se fait teindre en noir comme un corbeau.

    Mais ce livre ne contient pas que de l’humour; il recèle aussi une mélancolie acidulée, un aquoibonisme lancinant et doux comme une pluie sur Rethel. C’est terriblement français; ça fait un bien fou. À ce propos, les dix dernières pages (que nous ne dévoilerons pas) sont tout simplement sublimes. Sans en avoir l’air, ce roman à l’allure légère, fait le poids. PHILIPPE LACOCHE

    Reprise des activités de plein air ; Jean-Claude Lalumière ; éd. Du Rocher ; 223 p. ; 17 €.

     

    Commentez ou exprimez-vous grâce aux emojis !
    0
    J'AIMEJ'AIME
    0
    J'ADOREJ'ADORE
    0
    HahaHaha
    0
    WOUAHWOUAH
    0
    SUPER !SUPER !
    0
    TRISTETRISTE
    0
    GrrrrGrrrr
    Merci !

    Tags:

    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

    • Voir les commentaires

    Your email address will not be published. Required fields are marked *

    comment *

    • name *

    • email *

    • website *

    Vous aimerez également peut-être

    Comme un panache mélancolique

        Désinvolture à la hussarde et mélancolie modianesque: le dernier livre d’Arnaud Le ...

    Crénom Denon! Un XVIIIe très Vivant!

       «Point de lendemain», de Vivan Denon: un texte majeur de la littérature libertine. ...

    L’eau de vie de la littérature

    C’est ainsi que Sébastien Lapaque qualifie la nouvelle, un genre qu’il adore. Il a ...

    Chutons avec Patrick Besson

     La nouvelle est u  n genre littéraire subtil et difficile. Avec « L’indulgence du soleil ...

    Yann Moix : « Léa, je l’adore ! »

               Nous avons rencontré Yann Moix à Paris. Il nous ...

    Qui a tué Fabrice du Roscoät?

      C’est la question que se pose Michel Embareck, dans un polar rondement mené, ...