Un regard de pluie pour une mélodie

           

    Pia Moustaki (à droite), en compagnie de Santina Calderaro et de son mari.

    Serais-je trop sensible? Mon cœur se mit à battre tout à coup quand je la vis. Pour être tout à fait exact, mon cœur s’emballa dès que je compris que, la charmante dame rousse qui me précédait à la faveur de notre entrée dans les anciennes écuries de Noisy-le-Roi – où se déroulait le salon du livre – n’était autre que Pia Moustaki. La fille du regretté Georges Moustaki. Elle venait dédicacer Fille de métèque (éditions Plon) qu’elle a consacré à son père. Elle y raconte qu’elle est la fille de Georges, auteur-compositeur à la grâce infinie, poète dans l’âme, né à Alexandrie, et de Yanick, une Bretonne de Roscoff, dans le Finistère Nord. Pia, elle, vit le jour à Levallois-Perret. Sa première guitare lui fut offerte par Édith Piaf. (Tout un symbole.) Elle côtoya au cours de son enfance et de son adolescence Paco Ibañez, Jacques Higelin, le génial écrivain Albert Cossery (combien de fois ai-je tenté de lui parler, lorsqu’il fumait, paisible, à la terrasse du Flore? Je n’ai jamais osé l’aborder), Catherine et Maxime Le Forestier, Barbara, Jeanne Moreau, Renaud, etc. Il y a pire comme initiation à la vie d’artiste. Quelques jours plus tôt, j’avais entendu la voix de Pia sur les ondes de France Inter. Elle racontait son père, leurs relations parfois difficiles, notamment lorsqu’à son tour, elle décida d’embrasser la carrière de saltimbanque; il fit tout, disait-elle, pour l’en dissuader. À Noisy-le-Roi, Pia était accompagnée par son mari, discret et fort sympathique (coïncidence incroyable: il me confia qu’il était le cousin de mon cher confrère et bon camarade, le pétillant et amusant Jacky Lamborion avec qui je fis mes classes de plumitif sur les bancs anciens de L’Aisne Nouvelle, rue Henri-Martin – en face de la prison; les matins d’hiver certains détenus, vraisemblablement de Tergnier, me hélaient; j’en étais tout ému! -), et par la délicieuse Santina Calderaro, libraire et amie chère de Pia. En discutant avec cette dernière, je ne cessais de penser à mon père qui nous a quittés il y a un an et demi. Très littéraire lorsqu’il était jeune adulte (ma mère m’avait confié qu’il écrivait, discrètement, des poèmes), il entra ensuite à la SNCF et passa le plus clair de son temps à s’occuper de sa famille et de son jardin, ce qu’il fit avec douceur, bonté et talent. Dans sa vie d’homme, il oublia Lamartine, Verlaine et Chateaubriand; le soir, lorsqu’il revenait, crevé, de son boulot, il lisait L’Union et La Vie du Rail. Cependant, je me souviens d’un Noël des années 1970. Nous avions eu la bonne idée de lui offrir un 45 tours, «Le Métèque», de Georges Moustaki. Nous savions qu’il appréciait cet artiste et cette chanson qu’il entendait à la radio. Je le revois poser délicatement la rondelle de vinyle sur la platine du Teppaz familial. Il se mit à fredonner la si jolie mélodie; ses yeux, alors, se perdirent vers le jardin gelé, et finirent par se couvrir de pluie. Peut-être repensait-il à ses poèmes d’antan, à ses parties de football sur le terrain de l’Entente sportive des cheminots ternois (ESCT)? Peut-être entendait-il le bruit des forteresses volantes de nos amis alliés qui bombardaient Tergnier pour tenter d’anéantir la barbarie nazie? C’était beau, la joie de cet homme simple et bon, un cheminot anonyme, en ce matin de Noël des Trente glorieuses. Je te salue mon vieux père; tu me manques.

                                                 Dimanche 27 octobre 2019.

     

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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