Un roman audacieux et délicieusement osé

    Deux femmes (dont l’une, transgenre), éprises de liberté, se retrouvent confinées dans un taxi. C’est l’histoire du dernier roman de Hyam Yared.

        C’est un roman audacieux que nous propose l’écrivain – poète et romancière libanaise – Hyam Yared. Comme elle l’écrit dans la dédicace personnelle à l’endroit de l’auteur de ces lignes, elle y traite de «la redéfinition d l’être-soi au cœur de l’ordre préétabli des genres.» C’est peu de le dire. Pour ce faire, elle s’arme d’une construction habile: une manière de huis clos dans le cadre quasi hermétique de la voiture d’un chauffeur de taxi. Ce dernier, Mélanie, est transgenre. Il a pour mission de conduire à Meaux la narratrice qui a rendez-vous avec Evan, son sulfureux amant qui la soumet et la fait jouir à la faveur de petits jeux sexuels tout sauf tendres.

    «(…) le Seul à avoir trouvé dans

    ta croupe cette porte béante où engouffrer Ma Loi.»

    Evan, amant dominateur de la narratrice soumise.

    La narratrice vient de quitter Robert, son mari. Elle attend que son divorce soit prononcé, au Liban. Depuis leur séparation, elle se plaît à multiplier les relations sexuelles mais c’est Evan qui l’occupe principalement. Et celui-ci en profite: «Moi, (…) j’aurai eu la particularité d’être le Premier, l’Unique, le Seul à avoir trouvé dans ta croupe cette porte béante où engouffrer Ma Loi», lui dit-il. Pour l’anniversaire de leurs trois ans de rencontre, ne lui a-t-il pas envoyé un gode ceinture par la poste? «Je lui avais reproché de m’exposer par cet envoi à la chaîne d’humains susceptibles d’intercepter le colis.»

    Il faut dire que la vie maritale de la narratrice n’a pas été de tout repos. À l’entendre, son mari, Robert, sous l’emprise totale de son père et de sa mère (elle l’est tout autant, déplorant «les Gestapos parentales»), n’a jamais été à la hauteur: «Il me regardait, impuissant à imposer la paix. Nous la désirions l’un et l’autre. Je le voyais à son air courbaturé chaque fois qu’il passait chez moi récupérer ses fils. Un regard d’homme blessé jusqu’à la moelle d’avoir été quitté. Je croyais que sa peine nous éviterait de faire la guerre. Je résistais à l’envie de le prendre dans mes bras, de lui dire de ne pas fuir, de déposer les armes dans mon cœur, dans mon foie, dans mon sang.» Elle croit s’échapper au carcan de la société bourgeoise incarnée par sa famille, ce en profitant d’une sexualité débridée. Son avidité de liberté l’a conduite dans les bras-étaux d’Evan. Mais est-ce cela la liberté? Sa rencontre avec Mélanie, ancien père de famille très amoureux de sa femme, devenue une fort jolie femme, va faire éclater nombreuses de ses certitudes. Mélanie, si émouvante, si directe, à la franchise époustouflante, finira par fasciner sa passagère à qui elle a choisi de se confier de façon très intime. Ce roman délicieusement osé, lui aussi, fascinera le lecteur.

    PHILIPPE LACOCHE

    Nos longues années en tant que filles, Flammarion; 323 p.; 20 €.

     

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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