Une colère cinématographique

                                  

    Éric Neuhoff dégomme avec style et panache le cinéma français contemporain. C’est du brutal!

    Eric Neuhoff. Photo : Samuel Kirszenbaum.

    Ça dépote! Ça décoiffe! C’est remarquablement écrit. C’est du Neuhoff tout craché. Les lecteurs, qui ont l’habitude de l’entendre dans le Masque et la Plume, sur les ondes de France Inter, ne s’en étonneront pas: Éric n’a pas la langue dans sa poche. Il dit ce qu’il pense avec passion, humour et énergie. On est en droit de l’en remercier. Dans ce court essai, il règle ses comptes avec le cinéma français contemporain; on peut ne pas être d’accord avec toutes ses critiques mais une chose est certaine: ça a de la gueule, du panache et c’est savoureux. Qu’on en juge; la quatrième de couverture donne le ton: «HS. Kaputt. Finito. Arrêtons les frais. Le cinéma français agonise sous nos yeux. Il est à peine l’ombre de lui-même. Bientôt, on punira les enfants qui n’ont pas fini leurs devoirs en les obligeants à regarder les nouveautés. C’est ainsi, le plaisir est devenu une corvée. Si tu n’es pas sage, tu iras voir le dernier Ozon.» Et paf! Voilà qui est envoyé. La jolie Isabelle Huppert en prend pour son matricule. Page 29: «Un pays où Isabelle Huppert est considérée comme la plus grande actrice est un pays qui va mal.» Page 30, il estime qu’elle est sexy comme une biscotte. Il considère que les réalisateurs sont devenus des fonctionnaires; les producteurs, des salariés. «Dans ces conditions, il n’est pas étonnant que les chefs d’œuvre figurent aux abonnés absents. Comédies brouillonnes, drames sociaux, dialogues bâclés, demandez le programme. Perclus de subventions, notre 7e art est une morne plaine. Qui nous rendra la folie? Qui retrouvera l’ardeur?»

    «Ce petit livre est grand; il vous reste dans la tête comme le regard

    de Romy dans «Le vieux fusil»…»

    Eric-Neuhoff. Photo-Samuel Kirszenbaum.

    Éric Neuhoff demeure nostalgique du cinéma d’antan, notamment celui des seventies. Le passage sur Mireille Darc, page 35, est carrément délicieux. «Les actrices, hein, c’était quelque chose. L’imparfait s’impose. Mireille Darc pétillait, débitait du Audiard avec son petit nez, ses taches de rousseur, ses jambes en baguettes. L’air de rien était ce qui la définissait le mieux. La robe, évidemment. Elle était longue, noire, très sérieusement échancrée dans le dos. C’est ce dernier détail qui frappait.» Voilà qui est écrit. On dirait du Vialatte.

    Le portrait de Maurice Ronet vaut, lui aussi, son pesant de tequila. Sont convoqués l’immense Jean-Pierre Melville, l’inoubliable Dominique de Roux, le Mozambique et la messe donnée en l’honneur du bien fêlé Robert Le Vigan. A propos de Ronet: «A l’écran, il mourait presque à chaque fois. Il faisait ça très bien. La réalité fut une scénariste paresseuse. Une chute de moto: les médecins détectent un problème plus embêtant que les côtes cassées. Le cancer du poumon ne traîne pas. Maurice Ronet s’épargnera la corvée de vieillir.» Ce petit livre est grand; il vous reste dans la tête comme le regard de Romy dans Le vieux fusil. C’est peu dire… Merci, Éric. PHILIPPE LACOCHE

    (très) cher cinéma français, Éric Neuhoff; Albin Michel; 132 p.; 14 €.

     

     

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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