Une fantaisie tellement perchée

             «Les contes du chat perché», de Marcel Aymé, sont réédités en Folio. Un régal de folie douce.

    Tout écrivain normalement constitué devrait

    Marcel Aymé (1902-1967) fut un auteur très populaire.

    lire ou relire Les contes du chat perché, de Marcel Aymé. Comme l’écrit fort justement François Morel dans la présente réédition en Folio, «il suffit d’ouvrir un livre de Marcel Aymé pour se retrouver illico dans ce royaume où la fantaisie et l’imagination sont souveraines. Ce continent infini dans lequel tous les rêves sont possibles, toutes les libertés à portée de main et qui, si je ne me trompe pas, s’appelle la littérature». On ne peut mieux dire. Marcel Aymé écrivit ces contes entre 1934 et 1946. Ils parurent dans deux recueils, en 1963, puis furent regroupés en 1969. Au total, dix-sept délicieuses histoires pleines de fantaisie, d’imaginaire débridé, de vive intelligence. Et de fantastique. Car, ici, les animaux parlent. Unité de lieu: tout se passe dans une ferme comme il en existait encore au cours des Trente glorieuses. Le couple de fermiers a deux fillettes: Delphine, la plus âgée, et Marinette qui s’entendent à merveille. Elles protègent les bêtes qui, même si elles ont le don de la parole, restent soumises au bon vouloir, à la mauvaise humeur et aux caprices des deux adultes. Il y a là le chat Alphonse, un canard assez intellectuel, un cochon trouillard et innocent, un chien, des vaches, des bœufs; apparaît même une panthère. On ne s’ennuie jamais dans l’univers du créateur de La Jument verte.

    Le chat Alphonse

    Dans «La patte du chat», Delphine et Marinette ont brisé un vase que les parents adoraient. Ils leur infligent une punition: aller visiter la tante Mélina, une méchante femme qui passe son temps à leur pourrir la vie. La plus grande a une idée: que le temps se détériore, qu’il pleuve à seaux! Pour ce faire, elle demande au chat Alphonse de se passer une patte derrière l’oreille pour faire crever les nuages, comme le veut une poétique superstition. Il s’exécute. Temps pourri. Les jours passent, mais les parents ne sont pas dupes; ils finissent par se douter que c’est Alphonse qui est à l’origine du déluge. Ils veulent donc s’en débarrasser. Nouveau problème… Mais rien n’est insurmontable à la ferme des animaux qui parlent…

    Un peu plus loin Marcel Aymé nous raconte la triste histoire d’un chien d’aveugle à qui, le maître propose de lui faire don de son handicap. Il promet de l’aider autant que la bête l’a aidé. Généreux, l’animal accepte. Il devient aveugle. L’homme, nouveau voyant, sournois et ingrat, met les bouts. Le chien finira par croiser les fillettes qui le ramèneront à la ferme. Il s’en passera des belles…

    «C’est une chose d’écrire pour les grandes personnes La Jument verte et d’autres récits d’un dur humour; autre chose d’écrire un Conte du chat perché. Rien n’est plus rare que de savoir parler aux enfants. M. Marcel Aymé le fait admirablement», écrivait le poète communiste, chrétien et militant wallon Charles Plisnier. Pourtant, les adultes ont tant à apprendre de ces contes bien perchés. Un bain de jouvence pour adultes rêveurs. PHILIPPE LACOCHE

    Les contes du chat perché, Marcel Aymé; Folio; 416 p.; 7,70 €.

     

     

    Commentez ou exprimez-vous grâce aux emojis !
    0
    J'AIMEJ'AIME
    0
    J'ADOREJ'ADORE
    0
    HahaHaha
    0
    WOUAHWOUAH
    0
    SUPER !SUPER !
    0
    TRISTETRISTE
    0
    GrrrrGrrrr
    Merci !

    Tags:

    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

    • Voir les commentaires

    Your email address will not be published. Required fields are marked *

    comment *

    • name *

    • email *

    • website *

    Vous aimerez également peut-être

    Le coup de coeur du Marquis…

    La poésie sous toutes les coutures   «Vivre en poète, c’est se sentir comme ...

    Modiano dans le quartier

    Les lecteurs qui n’auraient entendu parler de Patrick Modiano que depuis l’attribution de son ...

    A la recherche du foulard perdu

          Ce matin-là, je m’étais levé très tôt. Cinq heures trente du ...

    Le marquis à l’Académie et le prix des bulles

    L’amitié mène à tout; même à l’Académie française. Ainsi, le dernier jour de ce ...

    La Résistance à hauteur d’homme

     Pierre-Yves Canu, Picard d’adoption, fut un grand résistant d’une modestie exemplaire. Je resterai abeille. ...

    Georges Mandard, poète, ne sera jamais charcutier

    L’excellent Gérard Pussey propose un petit livre hilarant et très réussi, constitué de saynètes ...