Valère Staraselski: exact et vrai

    L’écrivain réédite deux recueils de nouvelles en un livre. Littéraire et profond.

     

    Valère Staraselski, écrivain, journaliste. Photographié en mai 2012 au Salon d’Arras. Photo : Philippe Lacoche.

    Tenter de dire la vérité: depuis son premier roman, Dans la folie d’une colère très juste, publié en 1990 chez Messidor, puis réédité à L’Harmattan six ans plus tard, Valère Staraselski ne cesse de le faire, de romans en essais (plusieurs livres sur Louis Aragon, dont il est un spécialiste reconnu – Aragon, l’inclassable, L’Harmattan, 1997), de nouvelles (Le Hammam, Scanéditions, 1993) en chroniques (Garder son âme, éditions Bérénice, 2003).

    «L’état contemplatif

    des personnages, l’univers pastoral

    et bucolique y sont décrits avec élégance, panache et poésie.»

    «La littérature n’est pas la transcription d’une histoire, la littérature est une tentative sans cesse recommencée de dire la vérité», écrit-il en quatrième de couverture de son présent recueil de nouvelles La Revanche de Michel-Ange, suivi de Vivre intensément repose. Le besoin d’une vérité et d’une exactitude absolues, on le retrouve dans son dernier livre, constitué de nouvelles déjà publiées chez le même éditeur en deux recueils différents, à deux époques différentes (1999 et 2007). Epuisés, ces opus ressortent mais revus et réécrits.

    «Le Gant», la première nouvelle, relate la rencontre entre le narrateur, Paul, et une jeune femme, Geneviève Boisgallais, non loin de Chantilly. Dans ce texte, on se croirait chez Nerval mais aussi dans Le Grand Meaulnes d’Alain-Fournier. Il y a pire comme comparaisons… L’état contemplatif des personnages, l’univers pastoral et bucolique y sont décrits avec élégance, panache et poésie. Dans ce texte, Paul commet une minuscule erreur devant la jeune fille, en confondant le Limousin et l’Auvergne, bévue qui le plonge dans un mal-être indicible, et incompréhensible. Même scénario dans la nouvelle «Les Arènes de Nîmes», où un personnage commet une erreur sur le lieu de la mort de sainte Blandine. «Ces personnages sont comme moi, très attachés à l’exactitude! Surtout dans un monde où tant de fausse monnaie circule. Quand je me trompe, je rougis», confie l’auteur. Alors qu’il se dit non croyant, la religion et ses symboles forts traversent ce recueil délicat et très littéraire. On est en droit de se demander pourquoi. «Dans les années quatre-vingt-dix, l’espérance en un monde nouveau, rendue possible par la révolution bolchévique d’octobre 1917 s’est clôturée avec la fin de l’Union soviétique», explique-t-il. «Et ce sont les religions qui, pour les damnés de la terre, ont très souvent remplacé l’idéal révolutionnaire. Pour moi, qui suis de culture judéo-chrétienne, j’ai retrouvé dans les Evangiles un peu de cet idéal révolutionnaire qui m’anime toujours.» Valère Staraselki aurait-il besoin du doute existentiel pour accéder à cette vérité qui lui est si chère?

    Philippe Lacoche

    La Revanche de Michel-Ange, suivi de Vivre intensément repose, Valère Staraselski; La passe du vent; 278 p.; 15 €.

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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