Voyages autour des planètes de mes jeunes années

    Un papillon de nuit roux. Photos : Philippe Lacoche.

    À la faveur des chroniques du Jardinier confiné que mes rédacteurs en chef m’avaient commandées il y a peu, sont ressortis de moi quelques gestes, instincts, pratiques, mœurs et goûts que je croyais enfouis à tout jamais dans la boue lourde et sombre des années mortes. Le but de cette pratique journalistique? Livrer quotidiennement un court texte narrant mes exploits de jardinier en ces temps d’inactivité forcée. Au début, tout se passa fort bien; je racontais que j’étais en train de bêcher mon potager; j’expliquais comment je binais, avec quelles techniques je rangeais mon bois, et autres petits détails de ma vie de cloîtré à l’intérêt tout à fait relatif. Puis, lassé par les efforts déployés pour l’entretien du potager, je me suis mis à observer. Là, un oiseau qui se posait; ici, un vent fort qui faisait ployer le forthysia. Jusqu’au jour où je découvris une famille d’escargots. Une mère que je surnommai Babette, et deux petits que je supposai qu’ils fussent ses enfants. Là, mes pratiques étranges revinrent au galop. Afin de mieux les observer, je plaçai les gastéropodes dans un bocal que je recouvris d’un film plastique dans lequel, équipé d’une aiguille, je fis des trous d’aération. Con comme une buse, je ne trouvai rien de mieux à faire que de raconter mes méfaits dans l’une de mes chroniques quotidiennes du Jardinier confiné. Bien mal m’en prit: des amis me firent des remarques acerbes, arguant que j’étais un bourreau d’emprisonner ces pauvres bestioles; une consœur de journal m’envoya un mail, gentil et rigolo certes, pour m’inciter à relâcher Babette et sa portée. Ce que je fis trois jours plus tard, sous les caméras de France 3 Picardie et de représentants de la presse nationale, généraliste et animalière, le tout, comme c’est dorénavant mon habitude, au son de «L’Internationale» et de «La Marseillaise», interprétés par l’Harmonie de Tergnier (Aisne). Tout ça pour vous dire qu’aujourd’hui, il faut faire attention à ce que l’on fait aux bêtes. Séquestration de gastéropodes dans un bocal de Pesto Baresa, cela eût pu me coûter cher. D’où ma volonté de médiatiser la libération des pauvres bêtes dans mon jardin de fou furieux. Ces pratiques, je les tiens, of course, de l’enfance. À Tergnier (comme partout ailleurs), c’était courant; nous organisions même des courses d’escargots. (Je ne suis pas encore allé jusque-là, mais cela n’est pas exclu.) Ma dernière en date remonte à quinze jours: alors que je retournais la terre d’un massif, je tombe sur une jolie chrysalide. Flash de l’enfance; la glaise du talus de la cité Roosevelt où nous faisions des cabanes avec Joël Mahut, Jean-Claude Guénet, Alain Lanzeray, Fougeron, Van Missen, etc. La bestiole est vivante: elle se tortille alors que je la saisis avec une infinie délicatesse. Une fois de plus, je ne peux m’en empêcher; c’est comme un vice. Je prends un bocal, que je remplis d’un peu de terre de bruyère, d’herbe et j’y place la chrysalide. À l’abri des regards, légèrement sournois, je pose la prison de verre sur le buffet. Et j’oublie. Hier, j’ai découvert que s’y trouvait un papillon de nuit. Entre deux averses, j’ai procédé à l’envol du bel insecte roux. Cette fois, j’ai opté pour la discrétion. Je compte sur vous, lectrices: ne le dites à personne. Surtout pas à Brigitte Bardot ou à la SPA. J’ai encore envie d’effectuer quelques voyages spatiaux autour des planètes de mes jeunes années.

    Dimanche 21 juin 2020.

    Avec ses dessins singuliers sur les ailes, le papillon me fait penser à une tête. Ou à un masque.
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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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