Vrigny-au-Mont sous le soleil d’octobre

           

    Jean Detrémont, près de la tombe de Roger Vrigny, à Wiry-au-Mont, dans la Somme.

    Je pense souvent à l’écrivain Roger Vrigny. Né en mai 1920, à Paris, Prix Femina en 1963, Grand prix du roman de littérature de l’Académie française en 1989, auteur de romans (dont les inoubliables Le Bonhomme d’Ampère, 1988, et Le Garçon d’orage, 1994, tous deux chez Gallimard), de nouvelles et de scénarios, il était l’archétype même de l’homme littéraire. De l’âme littéraire. J’essaie de me souvenir de notre première rencontre. Était-ce à Abbeville ou à Paris? En tout cas, cela se déroulait dans les années 1990, sous les auspices du regretté Robert Mallet, qui, lui aussi, fut mon ami. Une amitié indestructible liait Vrigny et Mallet. Le premier fit son entrée dans le monde des lettres sous la houlette du second. Est-ce que le créateur des Rives incertaines (Gallimard, 1993) se souvint de l’aide qu’il avait, en des temps anciens, apportée à Roger quand, en 1987 il souhaita lire mon premier roman Rock d’Issy, et m’encouragea à poursuivre mon travail de plumitif débutant? Je ne le saurai jamais. Il en profita pour me faire la même remarque que m’avait faite, quelques mois plus tôt, Michel Déon: «Je ne comprends pas grand-chose au rock, mais il y a quelque chose dans votre texte.» Parfois, il ne faut pas grand-chose pour continuer. Ou pas. Il me recommanda chez Gallimard, mais ce fut finalement au Dilettante que je publiais mon premier recueil de nouvelles, Cité Roosevelt, en 1993. Ce livre minuscule lui plut tant qu’il en parla, d’emblée, à son copain Vrigny. Celui-ci, emballé, m’invita en mercredi après-midi, dans son émission Lettres ouvertes, sur France Culture. Entre-temps, Robert Mallet m’avait soutenu bec et ongles au Prix du livre de Picardie où il présidait le jury. Les années passèrent; les livres aussi. Roger Vrigny ne manquait jamais une occasion pour m’inviter dans son émission. Je me rappelle aussi que je l’avais interviewé dans son adorable maison picarde de Wiry-au-Mont, par une matinée ensoleillée de printemps. Quelques années plus tard, le 16 août 1997, il décéda à Lille. Il y a peu, en compagnie de la Marquise, je décidais d’aller sur la tombe de Roger, à Wiry-au-Mont où il avait choisi d’être enterré tombe de Roger. Il nous fut impossible de mener à bien cette manière de pèlerinage sans la présence de Jean Detrémont, poète et saxophoniste qui fut un proche des deux écrivains. Nous l’appelâmes pour lui faire part de notre projet. Il en fut ravi. Et étonné: «Incroyable, c’est justement le jour de mon anniversaire!» fit-il. Il faisait terriblement beau; Wiry-au-Mont somnolait. Juste le bruit de la brise tiède dans le feuillage des haies de hêtres pourpres. Nous passâmes devant la petite maison du romancier; «la maison de ch’poète!» comme disaient les habitants du village. Puis nous nous recueillîmes sur la tombe de Roger. Une tombe sobre de marbre gris; elle brillait sous le soleil anormal d’octobre. Elle nous renvoyait des éclats de lumière crue comme si Roger, facétieux, eût voulu nous dire bonjour.

    Dimanche 21 octobre 2018.

     

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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