Assises de la Somme : procès de Michel Boufflers pour le meurtre de son conjoint

    20 juin 2019

    C’était un amour… mais je l’ai tué

    Michel Boufflers comparaît depuis hier pour avoir causé la mort de son ami Claude en mai 2017 à Albert.

    “Il me manque, c’était un amour » : Michel Boufflers, 52 ans, semble sincère quand il parle de Claude, l’homme de six ans son cadet qui partageait sa vie depuis 2005 et dont il a involontairement causé la mort en le frappant, le 30 mai 2017. Au moins deux coups auraient été portés vers 18 heures. Vers minuit, Boufflers transporte le corps de la maison, place d’Hédouville, vers un porche tout proche, celui de la Maison des Associations, rue Thiers. Il l’affuble d’une casquette, de lunettes de soleil, d’un sac à dos avec une bouteille de pastis vide et glisse une canette de bière dans une main. Claude Eloy sera retrouvé vers 8 heures le lendemain. « C’est son teint qui m’a interpellé », se souvient le passant qui a donné l’alerte.

    Alcoolisation foetale

    Michel Boufflers souffre d’un handicap psychologique. Après une scolarité en IME, il est reconnu adulte handicapé depuis 1991, placé sous curatelle en 1994. Il a travaillé douze ans en milieu protégé. Les experts lui reconnaissent une altération de la responsabilité. Sa meilleure défense, c’est son enfance : né certainement avec un syndrome d’alcoolisation fœtale, il est placé à cinq ans chez ses grands-parents paternels. Son père, alcoolique et violent, tente de le récupérer en agressant la grand-mère. Celle-ci est décrite comme aimante mais surprotectrice.

    Pour le reste, le portrait n’est guère flatteur. Condamné à plusieurs reprises pour des vols et des violences, il est décrit par son beau-frère comme « brave gars et monstre à la fois ». Tout le monde dit que c’est l’alcool, qui coulait à flot dans la maison de la place d’Hédouville, qui le transformait en homme violent, autant avec ses curatrices et ses amis qu’avec son compagnon. « Quand on boit un petit coup on est un peu foufou » relativise Christophe, le beau-frère, qui fut hébergé quatre ans dans les lieux. Il ajoute : « C’est vrai qu’il avait le dessus sur Claude, qui était petit, frêle, timide. Il le frappait régulièrement. Le lendemain, il s’excusait ».

    « Il était très jaloux. Si Claude mettait trop de temps à faire les courses, il l’appelait aussitôt », ajoute Evelyne, sœur adoptive de Michel, qui met aussi en avant l’alcoolisation massive des deux hommes (Claude avait 3,6 grammes d’alcool dans le sang à sa mort). Michel Boufflers encourt vingt ans de réclusion, dix si les jurés tiennent compte de l’altération du discernement.

    21 juin 2019

    Boufflers a tenté d’échapper à sa responsabilité

    Michel Boufflers a transporté le corps de Claude Éloy le 30 mai 2017 pour tenter de cacher qu’il était à l’origine de la mort de son compagnon.

    La deuxième journée du procès de Michel Boufflers, 52 ans, pour avoir causé la mort de son compagnon Claude Éloy, le 30 mai 2017 à Albert, a été consacrée aux faits, ce vendredi, après un faux départ. À 9 heures, en effet, tant l’escorte de l’administration pénitentiaire que l’avocate de la défense, Me Amélie Dathy, alertent la présidente Patricia Ledru.

    Incompréhension, somnolence, élocution ralentie: l’accusé semble incapable de comparaître. Un médecin est requis, l’audience est suspendue jusqu’à 13 h 30. On apprend alors que davantage que sa prise de calmants, c’est le diabète de Michel Boufflers qui est en cause. Mal alimenté depuis le début du procès, jeudi, il a fait une crise d’hypoglycémie.

    Soirée télé avec un cadavre

    On en vient alors à cette soirée du 30 mai 17 dans la maison de la place d’Hédouville. L’accusé en est le seul témoin. Sa version, c’est qu’entre 21 et 22 heures, une dispute a éclaté lorsqu’il a voulu empêcher son compagnon de sortir acheter de l’alcool, alors qu’ils avaient déjà vidé une bouteille de pastis. Claude Éloy, 44 ans, aurait été secoué puis aurait reçu deux gifles, dont une l’a violemment projeté au sol.

    Si, à cet instant précis, Boufflers avait appelé les secours, il serait certes coupable de «violences sur conjoint ayant entraîné la mort», mais on n’assisterait pas au même procès.

    Car la réalité, c’est que Boufflers a considéré qu’Éloy était mort, après avoir cherché en vain son pouls. Pendant plus de deux heures, il regarde la télé, dans le canapé, à côté du mort, à qui il envoie un SMS: «La porte est ouverte, je t’ai préparé du café». Puis il descend le corps dans un porche de la rue Thiers et procède à une mise en scène, coiffant le cadavre d’une casquette, posant des lunettes de soleil, glissant une canette dans une main. À 5 heures, il appelle la mère de la victime pour partager son inquiétude de voir découcher Claude.

    Une litanie d’ecchymoses

    Le 31 mai, les gendarmes découvrent d’ailleurs la maman dans le salon de Boufflers, après l’annonce de la découverte du corps. Michel Boufflers ne sera placé en garde à vue que le 13 juin et avouera «un accident» à sa troisième audition. Entre-temps, il aura assisté, éploré, aux obsèques de Claude Éloy.

    Ce scénario renvoie la déplorable image d’un manipulateur, centré sur son propre salut. Me Amélie Dathy le sait bien, qui n’a de cesse de rappeler la débilité légère – reconnue par le psychiatre – de son client.

    L’avocate a dû aussi faire face au témoignage du médecin légiste, ce vendredi. Certes, le docteur confirme que la mort est due à un hématome sous dural, compatible avec la version de Boufflers. Mais elle a décrit une litanie d’ecchymoses récentes, et une fracture au niveau de la pomme d’Adam, qui évoquent un peu plus que deux gifles…

    Le verdict sera rendu lundi soir.

    24 juin 2019

    Boufflers condamné à huit ans de réclusion

    Michel Boufflers, 52 ans, n’a pas voulu tuer son compagnon, Claude Éloy, 44 ans, le 30 mai 2017 à Albert (Somme). Les jurés de la cour d’assises l’ont reconnu dans leur verdict, en le condamnant ce lundi à 8 ans de réclusion criminelle pour violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Boufflers, défendu par Me Amélie Dathy, risquait beaucoup, l’avocat général ayant requis 12 ans de prison.

    L’homme a par ailleurs été reconnu coupable de non-assistance à personne en danger et modification d’une scène de crime. Cette partie du dossier aura pesé lourd dans les déboires judiciaires de l’accusé. Parce que cette affaire trouve son origine dans une banale dispute sur fond d’alcool.

    Deux coups ont été portés, mais qui seront fatals pour la victime. Le quinquagénaire, persuadé du décès de son compagnon, n’avait pas alerté les secours. Il était resté plus de deux heures à regarder la télé à côté du cadavre. Puis il avait tenté une mise en scène pour se dédouaner de l’homicide: il avait déplacé le corps jusqu’à la place d’Hédouville, prenant soin de glisser une canette dans la main du défunt.

    Les jurés ont retenu l’altération du discernement de l’accusé, ce dernier souffrant d’un handicap psychologique. Si bien que Boufflers n’encourait plus 20 ans de réclusion criminelle, mais 10. Il est finalement ressorti du palais de justice d’Amiens avec 8 ans de prison à purger.

    GAUTIER LECARDONNEL

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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