Chères élites, James (scénario), François Ravard (dessin). Editions Fluide glacial, 56 pages, 14,50 euros.

    Le récent “Notre-Damethon” des grandes fortunes ayant suivi l’incendie de la cathédrale Notre-Dame les a remis sous les projecteurs. Ces “chères élites”. Elles sont pourtant sensibilisées à l’avenir de la planète, saluant un SDF pour son combat contre le réchauffement climatique ou incitant son petit garçon à se goinfrer “par respect pour les pauvres”.

    Mais ces “hyper-riches” sont sensibles aussi: adeptes du travail manuel (enfin, surtout celui des domestiques que l’on regarde tel un spectacle), nostalgiques d’un destin de tourneur-fraiseur alors que ce “foutu déterminisme social” vous contraint de reprendre l’entreprise familiale après être passé par les grandes écoles et un cabinet d’audit. Et les retrouvailles avec un vieil ami devenu chômeur font culpabiliser (surtout d’avoir pu être ami avec un looser)… Dans cette autre dimension, une visite au musée peut inciter non pas à acheter un tableau… mais carrément le bâtiment et faire s’interroger sur la passion pour le ménage chez son employée de maison.

    Le dossier de presse nous apprend que pour intégrer le club fermé des 0,01% des “hyper-riches”, il convient d’avoir au moins un revenu mensuel de 700 000 euros et un patrimoine de plus de 30 millions d’euros. Si ce n’est pas le cas, et pour s’en rapprocher, il est moins onéreux de lire cet album, compilation de planches publiées depuis 2015 dans Fluide Glacial, enrichie de quelques inédits.

    Alternant des dessins pleine page à la sempé et des planches gags, James alterne entre l’ironie amusée et l’humour grinçant, voire le ton pamphlétaire comme dans la dernière double planche, lorsqu’il fait répondre à un trader ruiné sur le point de se suicider: “Vous êtes toxiques, vous avez ruiné des gens, des pays, sans vergogne… On ne vous aime pas, on ne veut pas de vous“.

    Le dessin doux, faisant songer un peu à Sempé (notamment dans les illustrations pleine page) de François Ravard (auteur, dernièrement avec Rabaté de la 5e roue du tracteur) accentue accentue joliment le décalage. Entre le fond du propos et son évocation dessinée. Illustration du décalage accentué de cette caste de plus en plus hors sol et détachée du reste de la société. `Un album vraiment réjouissant, à picorer, et qui déclenche un sourire voire un franc rire salvateur. Et cela, ça n’a pas de prix.

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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