Jagaaan, monstrueuse pêche aux grenouilles 

     

     

     

     

     

     

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     Jagaaan (série en cours), Muneyuki Kaneshiro (scénario), Kensuke Nishida (dessin). Editions Kazé, 192 pages, 7,99 euros.

    Jeune flic de quartier à Tokyo, Shintarô Jagasaki ne semble décidément pas fait pour ce métier. Humilié jour après jour par de jeunes malfrats et même par ses collègues de commissariat, il manque clairement de confiance en lui. Sa vie privée n’est pas plus glorieuse… Fiancé à Yuriko qui ne cesse de tout décider pour eux et de lui mettre la pression, Shintarô se destine à un avenir « affreusement banal », jusqu’à la pierre tombale.

    Terriblement frustré, malgré le sourire (forcé) qu’il affiche en permanence, il s’imagine parfois, devant sa glace, régler ses problèmes à coups… de revolver. Il ne le sait pas encore mais sa vie s’apprête à basculer lors d’une banale intervention dans le métro tokyoïte où un homme d’affaires colérique perturbe les autres usagers. La rame ne tarde pas en effet à se transformer en mare de sang lorsque le perturbateur en question se transforme en monstre tueur, totalement incontrôlable. Pétrifié devant cette scène d’horreur, Shintarô perd son coéquipier décapité, quelques secondes après, il est blessé à la main, amputée de plusieurs doigts. C’est bientôt la fin pour le jeune flic, impuissant, qui voit défiler les images de sa vie devant ses yeux. Le mutant au costume rayé veut finir le travail mais contre toute attente Shintarô est sauvé par un puissant rayon provenant de sa blessure !

    Observant la scène du haut d’une barre, une étrange chouette se précipite alors sur une grenouille sortie de la dépouille du monstre pour la dévorer. Nommé Dokû, le volatile lui explique, en parfait français (!), qu’une pluie de batraciens s’est abattu sur la ville. Selon lui, ces petits parasites aux allures inoffensives ont la particularité de pénétrer le corps de leur victime puis de libérer leurs désirs enfouis (colère, soif de reconnaissance, jalousie…). Privés de leur conscience, les hôtes se détraquent et se transforment en monstres en laissant leur instinct violent prendre le dessus. Dokû propose à Shintarô un partenariat pour mener à bien la mission suivante : éliminer tous les « crapadingues » disséminés à travers le territoire. La chasse ou plutôt la pêche aux grenouilles peut débuter…

    Mieux vaut passer votre chemin si vous ne supportez pas la vue du sang. Classé dans la catégorie seinen, voire « dark » seinen, Jagaaan ne fait pas vraiment dans la dentelle. La série débute pourtant timidement avec ce personnage principal, Shintarô, ennuyeux à mourir, que l’on a envie de secouer. Mais très vite, le scénario concocté par Muneyuki Kaneshiro s’accélère pour se transformer en satire de la société nippone.

    L’auteur de la série Jeux d’enfants (Pika) qui s’est vendue à plus de 5,5 millions d’exemplaires au Japon, ou de Billion dogs, édité en France par Akata, se lâche en imaginant un récit sanglant et fantastique avec ce jeune flic de quartier, archétype de l’anti-héros, qu’il va sculpter au fil des pages.

    L’évolution physique et psychologique de Shintarô passera par de multiples épreuves de sang mais aussi des rencontres surprenantes à l’image de Sanshirô Dokuyama, cette mystérieuse chouette qui le pousse à combattre les fameux « crapadingues », symboles des dérives sociétales japonaises. Cette relation renvoie au manga d’exception Parasite d’Hitoshi Iwaaki (Glénat) avec les personnages de Shin’ichi et Migi qui partagent le même corps. Mais aussi au puissant Gantz (Delcourt/Tonkam) d’Hiroya Oku, où les héros se frottent à des extraterrestres aussi effrayants les uns que les autres. Dans un registre un peu plus lointain, l’arme de Shintarô fait penser à Cobra le célèbre pirate de l’espace (imaginé par le grand Buichi Terasawa) dont le bras cache le dévastateur psychogun.

    Et tout n’est pas noir dans Jagaaan qui ne manque pas d’humour. Un humour burlesque, en totale décalage avec les scènes de violence qui l’émaillent. Les dessins de Kensuke Nishida, révélé avec I am a hero in Nagasaki, spin-off de la fabuleuse série de Kengo Hanazawa, font merveille dans cet univers gore aux effets jubilatoires. Le jeune mangaka se montre à l’aise aussi bien dans les scènes d’action que dans les scènes plus intimistes.

    Servis par un graphisme soigné, faisant la part belle aux expressions diverses et variées, les deux premiers tomes se lisent d’une traite. On en redemande.

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