Procès de David Fournier devant les assises de la Somme pour assassinat à Saint-Valery

    28 juin 2019

    David Fournier nie avoir voulu tuer

    En garde à vue, l’accusé reconnaissait son intention de tuer le conjoint de sa femme.

    saint-val2

    Plus c’est frais, plus c’est vrai: l’adage pourrait sérieusement compliquer la tâche de la défense de David Fournier, 47 ans, qui risque la perpétuité pour tentative d’assassinat. En effet, dès sa première audition de garde à vue, cet habitant de Saint-Blimont fut clair. «Spontanément, il nous a dit qu’il était venu tuer Frédéric», se souvient le gendarme qui l’a entendu le 21 septembre 2017, et décrit par ailleurs un homme «calme, poli, courtois». Maintenant, Fournier conteste: «On s’est chamaillés. J’ai accroché la gâchette et le coup est parti». Au même instant, heureusement, le nouveau compagnon d’Angélique, l’ex-femme de David, avait détourné le canon de fusil sur sa gauche.

    C’est un homme au bout du rouleau qui se présente au camping de Walric, ce funeste matin du 21 septembre. Depuis un an, il est séparé de celle qui a partagé sa vie pendant trente ans, mère de ses deux enfants. Il est dépressif, sa maison de Lanchères est en vente. De plus, il a perdu en 2014 le travail qu’il occupait depuis quatorze ans dans la même usine.

    Angélique s’est installée avec leur fils de 10 ans dans le logement de fonction de Frédéric, son nouveau conjoint, gardien de camping. David Fournier arrive, braque sa femme. Elle se saisit de l’arme de chasse et tire dans le plafond pour la désarmer. David Fournier entreprend de la ligoter, ainsi que son petit garçon, avec une rallonge électrique. Frédéric arrive, ressort; David Fournier le suit et le pointe. Après le coup de feu, une bagarre éclate: Frédéric a le réflexe de se coucher sur l’arme. C’est ainsi que les gendarmes le retrouveront tandis que David Fournier est accoudé à une voiture.

    «Il nous attendait, se souvient le même gendarme. Il a dit c’est moi, arrêtez-moi, mettez-moi les menottes puis donnez-moi votre arme, je vais me suicider». Un autre militaire confirme: «Il était debout, bras croisés. Comme soulagé…»

    1er juillet 2019

    Comment une séparation a viré à la guerre de clans

    Pour passer de la séparation à un procès pour tentative d’assassinat, il suffit de beaucoup de rancoeur, un zeste de paranoïa et de bien mauvais conseilleurs.

    LES FAITS

    Le 21 septembre 2017, David Fournier, 47 ans, fait irruption au nouveau domicile de son ex-femme, à Saint-Valery-sur-Somme. Il la menace ainsi que leur fils âgé de 10 ans.

    Il se tourne alors vers le nouveau compagnon de son ex-femme, le braque avec un fusil de chasse. Un coup part qui frôle l’oreille de la victime.

    Fournier comparaît pour tentative d’assassinat. Verdict mercredi.

    ******

    Depuis vendredi, les jurés de la Somme vérifient la faiblesse d’un témoignage humain, dès lors que son auteur est lié à l’une des parties. Dans le procès Fournier, c’est encore pire car on a affaire à deux clans, hermétiquement séparés dans la salle de cour d’assises. On comprend mieux comment une séparation entre une femme à bout de force et un homme dépressif, forcément douloureuse après 25 ans de vie commune et deux enfants, a tourné à la guerre de tranchées.

    «Les on-dit ont fait le malheur»

    Entre septembre 2016 et septembre 2017, l’épouse liste une dégradation de voiture, l’envoi de textos menaçants ou pornographiques, sa vaisselle de famille brisée, une violence sur son fils. Le mari, lui, évoque des lumières dans la nuit, des cailloux jetés sur ses fenêtres, son parc à canard ouvert, son téléphone volé, des objets bougés dans sa maison et même un sabotage de sa voiture. « C’est vrai, ils ont desserré ses quatre culbuteurs», atteste le garagiste… qui est aussi son cousin. « Qui ça, ils?», soupire la présidente Ledru. « Du côté de sa femme», affirme-t-il. « Vous l’avez vu?», insiste la magistrate. « Non mais tout le monde le sait.» Le reste est à l’avenant. Des sœurs qui n’ont pas de mots assez durs pour l’ex-épouse, aux voisins, trop sourds pour entendre la présidente à trois mètres mais à l’ouïe assez fine pour saisir les insultes soi-disant proférées par Angélique qui « porte bien mal son nom». Une vague cousine tranche: « C’est sûr, on le poussait au suicide». Qui est-«on»? Suivez son regard…

    Et si les plus sages étaient les victimes elles-mêmes? «Les on-dit ont fait le malheur. Beaucoup de gens se sont mêlés de ce qui ne les regardait pas», analyse Frédéric, l’homme qui a vu la mort de près (que l’intention homicide soit retenue ou pas mercredi). « Sur ces deux familles, combien ont levé le petit doigt quand David allait mal, quand on allait mal?», pleure Angélique qui se tourne vers son ancien «amoureux»: «J’ai peur de toi mais tu n’as rien à faire là. Tes enfants sont malheureux. Ils ont besoin de toi».

    2 juillet

    Un accusé entre la négation et le déni

    David Fournier saura ce mercredi à quelle peine il est condamné. Il est accusé de tentative d’assassinat sur le nouveau compagnon de son ex-femme.

    03David Fournier était un homme simple – «frustre» dit la psychiatre – qui avait trouvé son équilibre «entre le travail, la famille et la chasse», résume le psychologue, entendu par la cour d’assises. En 2013, il perd son travail. En 2016, sa femme s’en va. Il lui reste son fusil de chasse, avec lequel il est accusé d’avoir tenté, le 21 septembre 2017 à Saint-Valery, de tuer le nouveau compagnon de son épouse; «cet autre qui a sa femme, un CDI et de l’argent: tout ce que lui n’a plus».

    Dans le box, l’homme massif aux cheveux noirs, âgé de 47 ans, traîne comme un boulet sa première audition de garde à vue, lorsqu’il a reconnu être venu à Saint-Valery pour tuer son rival.

    Il ressasse…

    Son interrogatoire, ce mardi, n’a guère arrangé ses affaires. Il nie maintenant l’intention homicide: «Je voulais le tuer mais je suis trop lâche. On chahutait. Lui, il a tiré sur le canon. Mon doigt, il a glissé sur la gâchette. C’est un accident». Chahuter: le verbe est particulièrement mal choisi quand la victime affirme au contraire que Fournier l’a pointé et que s’il n’avait pas détourné le canon du calibre 12 semi-automatique, les plombs ne seraient pas passés à quelques centimètres de son oreille gauche. «À cette distance, sa tête explosait», résume Me Demarcq, pour la partie civile.

    Il y aura, ce mercredi, jour de verdict, débat sur la préméditation et l’intention de tuer. Le plus gênant, pour la défense de Fournier, est cette impression qu’il n’a pas beaucoup évolué en deux ans et demi. «Qui est responsable» de ce drame?, l’interroge la présidente. «Les deux parties» répond-il. Il en vient à se demander si, quand sa femme le poussait à soigner sa dépression, elle n’était pas animée d’une intention maligne: «Me faire enfermer pour garder la maison».

    Il ressasse son infortune conjugale: «L’année avant, elle était avec un autre, un gendarme. C’est ma belle-sœur qui me l’a dit ». Ses enfants? « Ils ont couvert leur mère pour qu’ils (NDLR: la femme et l’amant) se voient. Des fois, elle laissait mon fils tout seul pour aller dans les champs avec lui (NDLR: toujours l’amant). Je le sais. Ma sœur, elle les a même poursuivis».

    Me Demarcq se tourne vers la famille de l’accusé: «Arrêtez de mettre de l’huile sur le feu. Si vous ne le faites pas pour elle, faites le pour lui».

    3 juillet

    Sept ans pour David Fournier

    La préméditation n’a pas été retenue. C’est donc pour tentative de meurtre que David Fournier a été condamné à sept ans de détention, ce mercredi.

    Une victoire pour la défense mais pas une défaite pour le ministère public: c’est toute la mesure du verdict rendu ce mercredi par la cour d’assises de la Somme à l’encontre de David Fournier, 47 ans, reconnu coupable de tentative de meurtre sur le nouveau conjoint de sa femme, le 21septembre 2017 à Saint-Valery-sur-Somme. Il avait tiré au fusil de chasse mais la victime avait réussi in extremis à détourner le canon.

    L’avocate générale Ségolène Attolou avait requis dix ans et soutenu qu’il y avait bien préméditation, donc tentative d’assassinat: «La préméditation, c’est le dessein formé avant l’action; il faut que la volonté préexiste. Ça fait même un moment que ça lui trotte dans la tête». Elle en veut pour preuve les nombreuses menaces proférées par l’accusé dans les semaines précédant le drame. «Je vais le buter», avait-il annoncé à sa fille, son fils, son beau-frère, sa belle-sœur, un collègue de travail… Et puis il y a ces onze kilomètres entre Saint-Blimont et Saint-Valery-sur-Somme, un fusil chargé à l’arrière de la voiture.

    «Cette maladie qui vous bouffe»

    «Bien sûr que Frédéric était l’unique objet de son ressentiment! Bien sûr qu’il a dit qu’il allait le faire! Mais d’expérience, c’est loin d’être le gage d’un passage à l’acte, contre Me Stéphane Daquo. D’ailleurs, s’il est si organisé, pourquoi entre-t-il dans la maison pour tomber sur sa femme et son fils? Il n’a qu’à attendre son rival dans la voiture. Il n’a qu’à planquer, comme à la hutte.»

    Le parquet et la défense se rejoignent quant à la personnalité de David Fournier. «Il est décrit comme gentil. Il n’est pas foncièrement dangereux mais, ce jour-là, il croit qu’il a tout perdu», convient Mme Attolou.

    «Depuis qu’il a perdu son travail en 2013, c’est un homme malade de dépression, cette maladie qui vous bouffe, retrace Me Daquo. Sa vie banale, entre sa famille, le travail et sa maison, le rendait heureux. En 2013, la mécanique se grippe ». Lorsque sa femme le quitte en 2016, «il se retrouve au bout de sa vie: seul dans un lit trop grand, seul au petit-déjeuner avec trois chaises vides autour de la table».

    Et l’avocat de citer l’ex-épouse: «Sa place n’est pas en prison». «Oui, conclut Me Daquo, il faut envisager à très court terme que celui-ci nous rejoigne ». Selon les remises de peine, cette heure pourrait sonner fin 2020.

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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