Si je reviens un jour, des lettres contre le néant

     Si je reviens un jour, les lettres retrouvées de Louise Pikovsky, Stéphanie Trouillard (scénario), Thibaut Lambert (dessin). Editions des Ronds dans l’O, 112 pages, 20 euros.

    En 2010, à l’occasion d’un déménagement dans un lycée parisien du XVIe arrondissement, des lettres et des photos sont découvertes dans une armoire. Ces documents oubliés sont ceux d’une ancienne élève, Louise Pikovsky et remontent à la Seconde Guerre mondiale. Ils reflètent les échanges entre la lycéenne et une de ses professeurs. Le dernier courrier date du 22 janvier 1944. Ce jour-là, cette jeune fille, juive, est arrêtée avec toute sa famille et internée à Drancy avant d’être déportée à Auschwitz. Nul n’en reviendra.

    Le destin de Louise, brillante élève, membre d’une famille de juifs ashkénaze, avec un père d’origine ukrainienne qui avait déjà dû fuir les pogroms antisémites dans son pays natal, avait déjà donné lieu à un webdoc passionnant. Réalisé en 2017, il était dû à une journaliste de France 24, Stéphanie Trouillard (passionnée d’histoire et également spécialiste de la guerre de 14-18). C’est elle encore qui s’est attelé à la transposition de son travail en bande dessinée. Une adaptation qui permet d’élargir le souvenir de cette jeune victime de l’holocauste nazi et qui lui redonne aussi vie, de manière sensible et émouvante.

    Ici, le récit se fait chronologique, dans un grand flashback initié par le discours de l’enseignante lors de la remise des lettres de Louise à la communauté enseignante de lettres lors d’une fête du lycée. Mais au-delà des dernières semaines ayant précédé l’arrestation, relatées dans les lettres – notamment la dernière transmise avec une tragique lucidité: “Si je reviens un jour...” – c’est toute la vie de Louise et celle de sa famille qui ressurgit ainsi de l’oubli et s’incarne dans le dessin de Thibaut Lambert.

    Le jeune dessinateur s’était auparavant impliqué, en auteur seul, dans des thématiques fortes, autour de la maladie d’Alzheimer, des violences conjugales de l’amour en maison de retraite. Ici, il apporte son trait semi-réaliste simple et chaleureux à cette évocation de Louise Pikovsky, dans un style qui fait un peu songer à Irena, cette autre évocation récente de victimes de la shoah.

    Prolongement graphique de l’enquête journalistique et historique, cette nouvelle oeuvre donne l’occasion d’exhumer encore l’existence de Louise, destin individuel et familial tragique parmi des milliers d’autres. Des lettres au dessin, comme une belle manière de lutter contre l’oubli.

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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