Une Dernière rose qui ne manque pas de piquant

     La dernière rose de l’été, Lucas Harari. Editions Sarbacane, 192 pages, 29 euros.

    Un jeune Parisien aspirant-écrivain, Léo, se voit proposer par un cousin éloigné d’aller garder sa maison de vacances sur la Côte. Lui qui en est réduit à travailler dans un lavomatic saisit avec joie l’occasion d’une telle échappée en bord de mer, propice sans doute à l’inspiration littéraire.

    Sur place, si la maison du cousin est un peu décrépite et en chantier, elle borde une belle villa d’architecte. Voyeur, Léo va d’abord observer son étrange couple de voisins – mari et femme, père et fille ? – un homme âgé et une toute jeune femme blonde et séduisante.

    Malgré sa timidité, il va à la suite d’un concours de circonstances se rapprocher de cette dernière, la belle Rose, et plonger avec elle dans une histoire de plus en plus trouble et angoissante, ponctuée de disparitions d’adolescents.

    Lucas Harari avait fait une entrée remarquée dans le monde de la bande dessinée avec son premier album, l’Aimant, voilà trois ans. Un étrange thriller fascinant orchestré autour des thermes de Vals, le majestueux bâtiment de l’architecte suisse Peter Zumthor. Il confirme ici tout son talent prometteur.

    On retrouve l’attrait de l’auteur pour l’architecture, avec le soin apporté aux décors et au dessin des deux villas où se concentre une bonne partie de l’action. Mais c’est tout le récit, cette fois, intrigue hitchcockienne qui s’inscrit dans une construction parfaitement maîtrisée. Une histoire dont le coeur semble se trouver dans les premières paroles de la chanson homonyme de Nana Mouskouri: “Si demain tu cueilles une rose / Dont le coeur est déjà fané / Dis toi bien que cette rose / Est la dernière de l’été…”

    Volontaire ou non, la référence donne le ton volontairement désuet de l’album. Dans ce polar intimiste aux faux airs d’amours d’été, l’ambiance solaire, portée par un style ligne claire et des couleurs acidulées, masque des faux-semblants et d’intrigants mystères.https://youtu.be/fFNTO5CIS44

    Et Lucas Harari parvient fort bien à créer une atmosphère doucement inquiétante, qui enveloppe progressivement les personnages comme le lecteur. La fin rompt un peu le charme, mais conserve l’ambiguïté des différents niveaux de lecture possible d’une intrigue suavement rétro et délicieusement attirante.

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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