Videla la muerte!

        Frédéric Couderc s’inspire des «vols de la mort» perpétrés en Argentine au cours de la dictature des années 1970. Un thriller historique palpitant.

    Ancien grand

    L’écrivain Frédéric Couderc photographié il y a quelques années au Salon du Livre de Creil; il y reviendra les 17 et  18 novembre. Photo : Philippe Lacoche.

    reporter, Frédéric Couderc (qui signera ses livres sur le 32e Salon du livre de Creil les samedi 17 et dimanche 28 novembre; il sera interviewé au cours d’une table ronde le dimanche) est aussi et surtout un talentueux écrivain. Un vrai raconteur d’histoires. En cela, il n’hésite pas à utiliser les outils fort utiles de sa précédente profession. Ses livres sont tissés d’informations, parfois de révélations qui endossent, bien sûr, les atours de la fiction mais qui, parallèlement, sondent les reins d’une réalité palpable et de l’Histoire. C’était notamment le cas dans Le jour se lève et ce n’est pas le tien (éd. Héloïse d’Ormesson, 2016, Livre de Poche, 2017) dans lequel il évoquait avec pertinence le Cuba des années 1960. Cette fois, avec Aucune pierre ne brise la nuit, c’est l’Argentine de la dictature de l’horrible Videla qui l’inspire. En particulier, les «vols de la mort». De quoi s’agit-il? Lors de la dictature (qui dura de 1976 à 1983), des milliers d’opposants furent balancés dans l’Océan Atlantique depuis des avions de la junte. Les militaires faisaient croire aux prisonniers qu’ils étaient déplacés pour raisons sanitaires dans une autre prison; ils procédaient ensuite, sur eux, à des injections, pour, disaient-ils, leur éviter les épidémies (en fait, les opposants étaient sédatisés). Puis, on les jetait vivants dans la mer et ce à haute altitude. Cette technique d’élimination était également utilisée par Pinochet, au Chili, dans le cadre de l’opération Calle Conferencia, ce à l’aide des hélicoptères Puma. Dès 1976, des corps démantibulés, déchiquetés, furent retrouvés sur les côtes de l’Uruguay. Un an plus tard, ce fut sur celles de l’Argentine.

    Pourritures de nazis

    Le roman de Frédéric Couderc débute en 1998. Dans un musée du Havre, Ariane, femme d’un diplomate français (qui officia notamment à Buenos Aires) et Gabriel (un Argentin qui vit en Normandie depuis vingt ans et qui a quitté son pays à cause de la dictature) se croisent face à un tableau figuratif argentin. Coup de foudre. Des souvenirs remontent. Ariane pense à sa fille Clara qu’elle a adoptée en Argentine grâce à son mari. Des enquêtes sur les disparus des vols de la mort font ressurgir des secrets. Clara serait-elle la fille d’une de ces disparues qui aurait accouché en prison? Son mari, le savait-il? Ariane avance dans son enquête, épaulée par Gabriel qui, lui aussi, enquête sur la disparition de son premier amour, victime des sinistres vols de la mort. Ce roman prend souvent les allures d’un thriller haletant dans lequel apparaissent les fantômes des tortionnaires de la guerre d’Algérie, de l’OAS, de Maurice Papon, et les anciens nazis, pourritures blondes devenues grisonnantes qui continuaient de faire bronzer leurs vieux corps putrides en Amérique du Sud.

    Parfois, le nombre important de personnages incitera le lecteur à beaucoup de concentration; il n’empêche que cet ouvrage captive et informe sur une période de l’histoire de l’Argentine encore trop méconnue. Une réussite. PHILIPPE LACOCHE

    Aucune pierre ne brise la nuit, Frédéric Couderc; éd. Héloïse d’Ormesson; 319 p.; 19 €. Frédéric Couderc sera au Salon du livre de Creil les 17 et 18 novembre.

     

     

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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