Adieu Klavdia, bonjour Mylène !

    Adieu Kharkov_couvAdieu Kharkov, Mylène Demongeot (scénario), Catel et Claire Bouilhac (dessin). Coll. Aire libre, éditions Dupuis, 224 pages, 22 euros.

    Une histoire de femme et même de femmes. Et de deux femmes: l’actrice Mylène Demongeot et sa mère, Klavdia, pour un récit biographique qui traverse le siècle.

    En 1985, atteinte d’un cancer, la mère de Mylène Demongeot, sous la sollicitude de sa fille, lui raconte le récit de sa vie. Une enfance difficile à Kharkov, en Ukraine, entre les tumultes de la révolution russe, un père volage et parfois violent et une mère peu aimante. C’est là qu’elle va se forger un caractère de fer et une détermination farouche à se sortir de sa condition misérable. Avec sa soeur Sis, elle va réussir à partir pour Shanghaï, puis l’Indochine et la France, se servant de sa beauté et des hommes pour parvenir à ses fins. En parallèle, c’est aussi la vie de Mylène Demongeot qui se découvre, de 1985 à un retour à Kharkov en 2010, mais aussi à travers de flash-backs sur son enfance (elle non plus pas si facile), sa carrière au cinéma, ses difficultés familiales et dans son couple avec l’amour de sa vie, Marc Simenon, son amour pour les animaux…

    Mylène Demongeot, répondant à une promesse faite à sa mère mourante avait déjà raconté la vie de cette dernière, en 1990 dans Les Lilas de Kharkov. Ici, en complicité avec elle, les deux dessinatrices Catel et Claire Bouilhac ajoutent un second niveau biographique, en intégrant la vie de l’actrice et en remettant en perspective ces deux destins assez extraordinaires de femmes dans les tumultes du XXe siècle. Reconnue pour ses biographies de femmes illustres et engagées (de Kiki de Montparnasse à Olympe de Gouges), Catel se charge de la vie de Mylène Demongeot, tandis que Claire Bouilhac (auteure notamment, avec Jake Raynal, de Francis le blaireau) s’attache à la partie plus historique, de la vie de la mère de l’actrice. Avec finesse, et des styles graphiques qui se complètent et se rapprochent – tout en conservant une différence judicieuse – ce gros roman graphique rend bien hommage aux deux personnages.

    Sans hagiographie (le profil de Klavdia étant même plutôt antipathique dans sa volonté de reconnaissance sociale et sa dureté… surtout, sans doute, pour un homme), le récit illustre et décrit bien deux formes d’émancipation féminine – sans être forcément féministe. Et s’il rappelle la belle personne sereine qu’est Mylène Demongeot (à la popularité plus oubliée mais moins controversée que celle de son alter ego Brigitte Bardot), Adieu Kharkov fait découvrir, avec la vie de sa mère, une vraie destinée de cinéma romanesque. Un bel ouvrage, complété par un petit dossier chronologique et une chaleureuse préface de Pierre Richard, qui a participé aux retrouvailles entre l’actrice et l’Ukraine.

    Adieu Kharkov_planche

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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