Alain Kokor entre la mer et le merveilleux

    Après son très beau Supplément d’âme, en juin, Alain Kokor sort en cet automne – avec cette fois Loïc Dauvillier au scénario – Mon copain secret, un album jeunesse tendre et drôle, édité par les éditions de la Gouttière d’Amiens, il dédicace en ce moment dans la Somme. Rencontre, ce jeudi 22 novembre dans les locaux d’On a marché sur la bulle. Avec une surprise à la fin de l’entretien…

    Alain Kokor, dessinateur de l'album "Mon copain secret", co-réalisé avec Loïc Dauvillier. hier à Amiens.

    Alain Kokor, comment est né l’idée de ce deuxième album, Mon copain secret, aux éditions de la Gouttière, avec Loïc Dauvillier ?
    Il est né d’une très belle rencontre… à Amiens ! Lors des Rendez-vous de la Bande dessinée d’Amiens. Loïc appréciait mon travail, mais comme je travaille seul, il se posait la question d’une collaboration. Je lui ai dit que je n’avais aucune opposition de principe, que ça dépendait du scénario. Quand il m’a proposé Petite souris, grosse bêtise, j’ai dit oui tout de suite. Et ça s’est très bien passé. C’était en 2009. Il m’avait envoyé dès cette époque-là le scénario de Mon copain secret. Mais j’ai enchaîné sur Supplément d’âme. Et donc, ensuite, c’est avec plaisir que j’ai repris le travail avec lui. Et le travail avec les éditions de la Gouttière, avec leur suivi, les expos, l’accompagnement de l’album, j’espère que ça se poursuivra !

    Comment avez-vous trouvé le personnage de Manon, l’héroïne de Mon copain secret ?
    Les indications de Loïc portait sur une petite fille d’une dizaine d’années.  C’est moi qui en fait une petite brune.

    Et le personnage de son père, immense et un peu inquiétant ?
    En fait, au départ, quand Loïc m’avait parlé d’une petite fille et de son “copain secret”, je m’étais imaginé un petit animal, une souris, un insecte. Lorsqu’il m’a dit que c’était un éléphant, ça m’a surpris et ça m’a fait marrer. Et donc, j’ai pensé traiter aussi le père avec cette idée d’une grosse masse. Cela reflète aussi le point de vue de l’enfant, sa vision déformée qui lui fait voir les adultes très grands. Donc, dans l’album, c’est vrai pour le père, mais aussi pour des dames ou son professeur à l’école.

     

    “Cette idée de technique
    est née d’une séance
    de dédicaces”

     

    Ces deux albums se remarquent par la technique, assez originale, que vous utilisez…
    Oui, Supplément d’âme a été le premier que j’ai fait au crayon, sans encrage. En fait, cette idée de technique est née d’une séance de dédicaces. Une fois, j’avais oublié mes pinceaux et aucun collègue n’a pu m’en prêter un. Donc, j’ai fait des dédicaces au crayon, rehaussé d’un jus de couleur. Et je me suis dit : “Tiens, cela serait intéressant d’utiliser cette technique pour un album.” Et comme ça collait bien avec le style de Supplément d’âme… Et qu’il y avait dans l’album pas mal de scènes de foule pas faciles à encrer ! Attention, j’aime beaucoup aussi l’encrage, le noir et blanc, j’ai beaucoup étudié le style de mes grands maîtres, Morris ou Giraud/Moebius…

    Plus précisément, comment procédez-vous pour les couleurs, pour avoir ce côté vaporeux, onirique ?
    En fait, j’utilise des mouchoirs en papier imbibés de couleur et je frotte. Pour les bulles, je les fais sur un qualque séparé. J’avais déjà travaillé en couleurs directes, mais ce n’est pas évident à garder les espaces pour le texte.

    Et comme ça, cela vous fait des planches originales qui ressemblent à des tableaux… c’est mieux pour les vendre ?
    Non ! Je n’ai pas pensé à cet aspect-là (rires), c’était juste parce que c’était plus pratique pour moi.

     

    Supplément d’âme est parti
    d’un jour où je m’étais assis
    au bord d’un bassin, au port du Havre”

     

    Comment s’est fait votre arrivée, avec Supplément d’âme, chez Futuropolis ?
    En fait, la personne qui me suivait chez Vents d’Ouest, Alain David, est passé chez Futuropolis. Donc, cela a aidé. Ensuite, il a fallu bien sûr défendre le projet et j’ai eu un bon accueil, alors que cet univers n’était pas forcément évident. Et je suis vraiment content. Il est paru en juin. Depuis, j’ai fait plusieurs festivals où il a eu un bon accueil, et des libraires l’ont défendu aussi.

    Accueil mérité, je trouve… D’où vous est venu l’idée de Supplément d’âme ?
    Pour l’anecdote, c’est parti d’une petite chose. Un jour, je me suis assis au bord d’un bassin, au Havre, et par terre il y avait des capsule de bière, des vieilles toutes rouillées et d’autres plus récentes. J’ai pensé que, peut-être, quelqu’un venait s’assoir là régulièrement pour boire sa bière. J’avais aussi l’idée de ces rêves récurrents, que d’autres personnes se partagent…

    Pourquoi le choix de Dublin comme décor de cette histoire, d’autant que vous ne jouez pas vraiment sur les clichés de l’ambiance irlandaise…
    Tous mes albums se situent au bord de la mer. Je suis du Havre. Je suis né en face du port. Jusqu’à 14 ans, je voyais les rotations du France, j’ai grandi en voyant le port, le départ des transatlantiques, le déplacement des porte-containers, etc. Et donc, cette ambiance m’est indispensable. Mais, jusque là, j’avais été un peu fainéant concernant la documentation. Cette fois, il me fallait un port, j’étais déjà allé à Dublin. J’ai donc décidé d’y retourner pour faire les repérages, prendre des photos. Le lieu où le personnage vient s’assoir existe vraiment, comme le petit pont et les immeubles d’où les employés le regardent. Il y avait d’ailleurs quelque chose de magique. Car, pour dessiner, je venais m’assoir au même endroit où je situe mon personnage, je l’ai fait plusieurs jours de suite. Et les gens dans les immeubles ont dû aussi me voir, peut-être prendre le pari que je reviendrai chaque jour !

    Avez-vous un nouveau projet et où se déroulera-t-il ?
    Il se passera au Havre, en bord de mer toujours. Et j’ai une petit émotion à dessiner ainsi ma ville. Si dans Supplément d’âme, on parle un peu d’un homme oiseau, là, il s’agira d’un homme-poisson, qui évoquera ses liens avec New York. En relation bien sûr avec les lignes transatlantiques Le Havre – New York. Je n’ai pas eu envie de faire un livre historique, mais ça parlera de cette époque…

    Et c’est prévu pour quand ?
    Je présente le dossier, toujours chez Futuropolis, en décembre. Il faudra compter une bonne année de travail. Donc, pour 2014.

     

    Copyright Alain Kokor / Courrier picard
    Imaginaire, peut être, mais avec des lectures bien concrètes, l'éléphant de Mon copain secret, ce jeudi 22 novembre. (Dessin original Alain Kokor, intégration On a marché sur la bulle Amiens).

     

     

     

     

     

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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