Assises de l’Oise. Procès de Daniel Lebeau pour le meutre de sa maîtresse

    23 janvier 2017

    Jugé pour le meurtre de son ex-maîtresse

    À partir de ce lundi matin, jusqu’à jeudi soir, la cour d’assises de l’Oise juge Daniel Lebeau pour le meurtre de Brigitte Batteux, 48 ans, le 15 septembre 2012 à Ully-Saint-Georges, entre Beauvais et Creil. La victime était partie faire du vélo. Son corps est retrouvé en contrebas de la route départementale 86. On pense dans un premier temps à un accident, mais deux médecins légistes orientent au contraire les enquêteurs vers la piste accidentelle.

    La présidente Hélène Tortel a rudement bien mené cette ausience, partant du périphérique (la personnalité) pour aboutir aux faits. La technique de l’entonnoir…

    En juin 2013, deux personnes sont placées en garde à vue : un ancien amant de Brigitte et sa compagne. Cet homme, c’est Daniel Lebeau, 58 ans, habitant de Cauvigny. Il a notamment été responsable de la voirie à la mairie de Villiers-le-Bel (Val-d’Oise), ce qui lui a valu en juin dernier une comparution devant le tribunal correctionnel de Beauvais pour corruption passive et abus de confiance. Il en est sorti purement et simplement relaxé.

    Il comparaîtra ce lundi après trois ans et demi de détention provisoire.
    24 janvier

    L’accusé était un homme à femmes

    Le restaurant que Lebeau et sa maîtresse avaient ouvert à Groslay (Val d’Oise).

    Au premier jour de son procès pour meurtre, hier, Daniel Lebeau, 58 ans, a nié toute intention homicide. Il a reconnu s’être disputé avec sa maîtresse Brigitte alors qu’ils faisaient du VTT, à Ully, à 20 km au sud de Beauvais. « Elle m’a empoigné, je l’ai repoussée, elle est tombée sur la tête. C’est un accident. Je n’ai jamais voulu la tuer » , a-t-il indiqué à la présidente Tortel.

    Daniel et Brigitte, ce fut d’abord un coup de foudre, fin 2010. Elle mettra six mois à quitter son conjoint. Lui est mis à la porte par sa femme, qu’il trompe depuis au moins onze ans. Avec ses conquêtes, ce père de famille se montre grand seigneur : voyages, bons restaurants, jolis cadeaux.
    UN RAPPORT SEXUEL PAR JOUR
    « Je suis timide mais j’ai eu des opportunités et je n’ai pas fait demi-tour » , résume-t-il modestement, tout en avouant un rythme respectable « d’un rapport sexuel par jour » .
    Côté face, il est un père « très attentif, aimant » d’après sa fille. Au travail, parti de la base, il a gravi les échelons par son labeur et sa réussite aux concours.
    De Brigitte, il indique : « Elle aimait la vie, le sport, la fête, l’amour » . En octobre 2011, ils achètent un restaurant un Groslay (Val-d’Oise) ; il apporte l’argent, elle donne sa force de travail. L’amour et les affaires font rarement bon ménage : elle rend son tablier en juin 2011. Chacun retourne chez son conjoint mais en cachette, ils continuent à coucher ensemble.
    Lebeau, pas gêné, demande à sa femme, pas gênante, de tenir le resto et reprend ses cinq-à-sept avec Laurence, sa collègue. « Je pensais qu’il n’y avait que sa femme et moi, se souvient-elle. Trois, c’était trop. »
    Le 15 septembre 2012, Brigitte, 48 ans alors, part de chez Philippe, son compagnon « officiel », pour faire un tour en forêt. On retrouvera son cadavre dans un bas-côté, son vélo et son casque un peu plus loin. Les médecins légistes – dont le témoignage, mercredi, sera crucial – excluent la thèse de l’accident. Ils évoquent des chocs violents sur le crâne.
    Daniel Lebeau ne sera interpellé qu’en juin 2013. Depuis cette date, il est emprisonné. Il soutient que la dispute a éclaté parce que Brigitte lui réclamait de l’argent. Les enquêteurs soupçonnent que Lebeau ait craint que Brigitte ne dévoilât ses indélicatesses au sein du service voirie de la mairie de Villiers, mais en juin 2015, ce volet de l’affaire débouchera sur une relaxe…
    25 janvier

    Le système Lebeau décortiqué

    Deux enfants, une femme, deux maîtresses, deux métiers : la vie compliquée de Daniel Lebeau a fini en drame. Elle a été étudiée de près hier. 

    “Mais quel sens donnez-vous au mot respect ! » Dominique, qui partagea 30 ans durant la vie de Daniel Lebeau, parle depuis deux heures devant la cour d’assises quand M e Ricard, partie civile, traduit l’impatience de toute la salle.
    Dominique, cette femme de 53 ans abîmée par la vie, n’en peut plus de pleurer. Elle vient de répéter qu’il y avait « du respect » dans son couple. Mais n’avait-elle pas évoqué un « conjoint fidèle » en août 2013 alors que les gendarmes lui avaient révélé – « avec force détails sur ses pratiques sexuelles », se souvient-elle – les nombreuses infidélités du père de ses deux enfants ?
    Elle ne veut pas accabler « son » Daniel, connu alors qu’elle n’avait que 16 ans, qu’elle contribuera à hisser du niveau de balayeur à celui de chef de la voirie, à la mairie de Villiers-le-Bel.
    Elle trouve encore le moyen de se morigéner : « Avec le recul, je me dis que je ne me suis peut-être pas assez occupée de Daniel (…). Je ne faisais rien pour lui tendre la main ».
    Des violences ? « Non, jamais ! » La présidente Tortel insiste : « Oui, une gifle monumentale, il y a vingt ans, parce que j’avais eu une aventure » . La cour exhume son carnet intime, saisi par les gendarmes. Il y est question de « violences conjugales » , de « coquarts», de « claques », d’ « humiliations ». « J’ai inventé , répond-elle, j’étais dans une tristesse phénoménale » . Brigitte Batteux, aussi, s’est plainte à ses amis des violences de Daniel. Elle n’est plus là pour démentir…
    trait bien éloigné de l’image de Droopy que cet homme dégage du box. C’est un menteur, d’abord, qui jongle entre deux ou trois femmes sans se trahir.
    Sa femme est hospitalisée. Il ne vient pas une fois lui rendre visite et en profite pour emmener sa maîtresse Laurence dans leur appartement de Morzine. La relation avec Dominique connaît une éclipse, menaçant leurs vacances ? Qu’importe : il fait racheter le billet d’avion par Brigitte. Quand Brigitte refuse de trimer plus longtemps dans le restaurant que Lebeau a ouvert à Groslay, Dominique est priée de s’y coller afin de maintenir le chiffre. Et si elle se rebelle, elle a droit à ces douceurs : « Ta gueule ! Quelle connasse ! Cocue ! » Du « respect» , dit-elle…
    26 janvier

    Les experts laminent la thèse de Lebeau

    Daniel Lebeau a peiné, hier, à soutenir sa thèse de l’échauffourée fatale. 

    Le casque que portait Brigitte pour partir en randonnée amoureuse le dernier samedi matin de sa vie.

    Deux gendarmes, un accidentologue, un géologue et deux légistes : le chemin de croix de Daniel Lebeau comptait six stations, hier, devant la cour d’assises de l’Oise. Tous ces hommes de l’art ont mis en pièces la thèse minimaliste de l’homme de 58 ans accusé du meurtre de Brigitte, sa maîtresse, lors d’une balade à VTT, à Ully-Saint-Georges le 15 septembre 2012. « Pas crédible », « pas vraisemblable », «incompatible », « improbable » : ce n’est plus un compte rendu d’audience, c’est un dictionnaire des synonymes.

    « Je n’ai pas tué Mme Batteux, je ne l’ai pas frappée, je l’ai juste poussée et elle est tombée en arrière », affirme-t-il pourtant, comme lors de sa garde à vue, en juillet 2013, après avoir joué les innocents pendant neuf mois. « J’ai porté son corps jusqu’à la glissière de sécurité mais elle a glissé en contrebas. Je me suis sauvé », ajoute celui qu’un litige financier opposait à la victime.
    « Ce qui est bizarre, c’est que l’on a retrouvé le corps dans une trouée à huit mètres de la chaussée et le vélo quatre mètres plus loin, le casque posé en équilibre sur la selle », pointe un gendarme. « On a testé quatorze casques au crash test », témoigne un accidentologue, pour qui les fissures sur le casque de Brigitte ne peuvent résulter que d’« un choc de l’arrière vers l’avant ». « M. Lebeau, n’auriez-vous pas cassé le casque pour rendre cohérente la thèse de l’accident ? », suggère la partie civile.
    Le pire, pour Lebeau, est à venir : les légistes expliquent que les « six plaies et quatre lésions traumatiques » retrouvées sur Brigitte, 49 ans, sont incompatibles avec une chute, même sur une pierre, mais correspondent plutôt avec l’utilisation « d’un objet contondant ».
    Plus glaçant, enfin : le docteur affirme que Brigitte Batteux – dont le cadavre n’a été découvert que 24 heures plus tard – a survécu « au moins un quart d’heure. C’est le minimum. Mais on peut ne décéder d’une hémorragie sous-durale que des heures après le traumatisme ». « Si les secours avaient été appelés, pouvait-on la sauver ? », ose demander l’avocate générale. Le médecin n’hésite pas : « Quinze minutes, ça permet de faire quelque chose, même si les cicatrices peuvent être très graves ».
    « J’aurais peut-être dû appeler les secours », consent à lâcher Lebeau. On ne sait toujours pas pourquoi, ni comment Brigitte est morte. Depuis hier, on se demande aussi à quel point elle a souffert…
    Le verdict est attendu ce jeudi.
    27 janvier

    Vingt ans pour Daniel Lebeau

    Lebeau est reconnu coupable du meurtre de sa maîtresse.  

    L’avocate générale Isabelle Verissimo.

    La cour d’assises de l’Oise a mis moins de deux heures, hier après-midi, pour reconnaître Daniel Lebeau, 58 ans, coupable du meurtre de sa maîtresse Brigitte Batteux lors d’une fatale randonnée à VTT, le 15 septembre 2012 à Ully-Saint-Georges. La peine – vingt ans de réclusion – suit les réquisitions du ministère public, sauf qu’elle ne prévoit ni période de sûreté, ni suivi sociojudiciaire. L’accusé a accueilli ce verdict comme il a traversé son procès, petit homme tassé dans le box, tête basse, si loin du « macho » qu’ont décrit les témoins.

    Le matin, quand l’avocate générale Isabelle Verissimo requiert vingt ans, elle fait d’abord assaut de pédagogie pour distinguer les violences mortelles, le meurtre et l’assassinat. Son cours magistral emprunte les mots du quotidien et trie ce qu’elle ne soutiendra pas – la préméditation – de ce qu’elle soutiendra : l’intention homicide. Elle relit lentement l’origine du décès diagnostiquée unanimement par le collège d’experts : « Des chocs violents et répétés du crâne sur une surface dure ou des coups répétés avec un objet contondant ». C’est un démenti formel à la thèse accidentelle soutenue jusqu’au bout, contre vents, marées et son propre intérêt par Daniel Lebeau…

    LE MONOSPACE ET LA FERRARI

    « Il ne roule que pour lui », insiste-t-elle, évoquant comme Me Ricard, partie civile, ces « femmes interchangeables » dont l’accusé aura usé et abusé toute sa vie, remplaçant l’une par l’autre dans son lit ou derrière le comptoir de son restaurant.
    En défense, Me Frédéric Gabet ne cache pas aux jurés qu’il défend « un sale type ». Lucidement, il ne bataille pas sur le champ des faits. Il s’emploie plutôt à rééquilibrer les plateaux de la balance, en combattant l’idée selon laquelle Brigitte aurait été tuée parce qu’elle s’apprêtait à dénoncer les malversations de son amant au sein de la mairie de Villiers-le-Bel. L’avocat veut placer le crime dans son théâtre naturel : la passion.
    Les derniers mots de Lebeau ne disent rien d’autre : « J’avais un amour très fort pour Brigitte. J’étais très heureux de partir à vélo avec elle ce matin-là. Je n’ai jamais voulu lui faire du mal. Il est arrivé ce qu’il est arrivé. Ensuite, j’ai fait preuve de lâcheté, j’ai fait n’importe quoi. Je regrette le mal que j’ai fait à Brigitte et à ses enfants. À tous les gens dans cette salle… »
    « Ce qu’il est arrivé » : il manque des pièces au Cluedo. On n’en saura pas davantage : ni comment, ni pourquoi… Au moins, on a approché le cœur du volcan : une relation pathogène entre deux amants sur le retour. Un copain de Lebeau lui avait dit : « Tu vois, ta femme, c’est un monospace ; avec Brigitte, tu as une Ferrari ». Lebeau avait répondu : «Oui, mais je ne sais pas conduire une Ferrari ». D’où la sortie de route.
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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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