Attention : chef-d’œuvre !

    Benoît Duteurte signe là son roman le plus audacieux.
    Benoît Duteurte signe là son roman le plus audacieux.

    Avec « Livre pour adultes », Benoît Duteurtre propose le livre le plus touchant de la rentrée.

    Attention: chef-d’œuvre! L’emphase ne fait pas forcément plaisir à un auteur; il ne lui rend pas forcément service non plus. Mais que dire d’autre? Livre pour adultes, de Benoît Duteurtre, est, sans conteste, l’un des meilleurs, si ce n’est le meilleur roman de cette rentrée littéraire. S’agit-il d’un roman, au fait? Pas si sûr. Une sorte d’habile mélange entre récits totalement autobiographiques, courtes nouvelles, pures petites fictions pleines de charmes et de bravoure. Ce livre est délicieux, même s’il est grave, inquiet, interrogateur, existentiel. Mais toujours plein de vie, de résilience, d’espoir, tissé d’une belle et bonne chair littéraire. «Ce livre est inspiré par la mort de ma mère, qui croyait à la joie de vivre. J’y dépeins aussi les transformations d’un village de montagne, quelques vieilles dames extraordinaires et les péripéties d’une journaliste dans la société contemporaine. Beaucoup de femmes dans ces histoires; beaucoup de questions sur la naissance et sur le déclin», écrit Benoît Duteurtre en quatrième de couverture. «La disparition de nos proches souligne cette double réalité de l’âge adulte: tandis que nous courons à l’abîme, le monde où nous avons grandi s’efface lui aussi.»

    Quoi de plus littéraire que ce texte? Quoi de plus doucement mélancolique? Il contient une manière d’abandon, de lâcher prise qui tutoie la sérénité. Tout Duteurtre est là: à la fois nostalgique de ce qui n’est plus, d’un monde d’antan que nous sommes de plus en plus nombreux à regretter en ces périodes de brutes bestiales et de société de consommation abrutissante. Et, en même temps, Benoît est terriblement actuel par ses révoltes, ses coups de gueule, ses amusements. Son regard est celui de l’un des plus grands écrivains français. Lisez-le vite; il fait du bien.

    «Fou de musique» est une nouvelle qui met en scène un avocat mélomane et un saxophoniste (allemand) SDF. L’avocat, bobo, vote, of course, à gauche. Mais le SDF teuton ne joue pas assez bien à son goût. Et il finit par lui casser les pieds. Alors, comme tout bon bobo hurleur de «Vive la sociale!» (quand elle concerne les autres), il mettra tout en œuvre pour le faire décaniller. La chute, que nous n’aurons pas l’indélicatesse de dévoiler, est à la fois terrible et sublime. On se régalera aussi de «Voyage au bout du voyage» où l’écrivain s’en prend à l’indéfendable nouvelle société mondialisée. On comprendra que, Duteurtre, est souvent une sorte de Houellebecq en moins dépressif. Ils aspirent à un monde ancien; ce sont eux les vrais révolutionnaires. Pas ces petits salopards de la prétendue modernité et de l’ultralibéralisme. Exemple, page 228, ce passage d’une noirceur rassérénante: «(…) j’ai compris, au fil du temps, que la souffrance et la mort l’emportent toujours in fine. L’adulte sait qu’il court à sa perte et que le monde court à sa perte, lui aussi. Il peut s’enfermer dans le ressassement de la catastrophe à venir, ou tâcher de saisir une lueur d’espoir. Il sait néanmoins que tout cela finira mal.» Imparable Benoît Duteurtre.

    PHILIPPE LACOCHE

    Livre pour adulte, Benoît Duteurtre ; Gallimard ; 239 p. ; 19,50 €.

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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