Avec Chico & Rita : Cuba, si !

    CHICO & RITA de Javier Mariscal et Fernando Trueba, ed. Denoël Graphic, 224 pages, 23 euros.

    Une histoire d’amour et de musique. C’est une sorte de version romancée caliente et sexy de ce qui aurait pu être la vie des protagonistes du Buena Vista Social Club, le film de Wim Wenders (qu’on jurerait croqué en page 201) qui se dévoile dans Chico & Rita. En version animée (visible en cette fin juillet au ciné Saint-Leu d’Amiens) et en version graphique, tout aussi enlevée et rythmée, qui en conserve tout le swing et le romantisme échevelé.

    Une histoire d’amour qui se déploie sur une bonne moitié du XXe siècle, parsemée d’embûches, de déchirements, rendue compliquée autant par les turbulences géopolitiques entre Cuba et les USA que par le caractère volcanique de ses deux protagonistes. Mais, comme la ballade composée un soir par Chico pour sa belle, elle traversera, intacte, les années.

    Tout commence par un regard échangé, en 1948 à La Havane. Chico, jeune pianiste croise Rita, chanteuse à la voix de rêve. La musique les a fait se rejoindre et une passion brûlante les unit bientôt. Mais les aléas de l’existence vont les séparer. De New York à Paris, de Cuba à Las Vegas, entre drame de la jalousie, ambitions contrariées et règlements de comptes mafieux, ils vont se retrouver et se reperdre de vue, avant que 47 ans après leur première rencontre, les deux vieux amants ne se retrouvent pour de bon, dans un motel perdu du Nevada.

    Centrée sur ses deux personnages, l’histoire, si elle parcourt un monde en plein tumulte, ne s’intéresse pas vraiment à ce contexte, même si elle évoque en passant le racisme ou l’immigration. A l’image de ses héros qui traverseront leur époque sans la maîtriser.

    L’intrigue s’avère donc un peu légère – surtout pour un album de plus de 200 pages – mais elle est compensée par la force du dessin et la présence constante de la musique (afro-cubaine, pour la partie havanaise, et jazz pour le versant américain) – on doit notamment à Fernando Trueba des documentaires comme Calle 54 ou Blanco y negra, qui explorent justement la scène musicale latino. Le trait semi-réaliste de Javier Mariscal, aux contours fort marqués et une mise en couleur en aplats très contrastés et colorés, se font vite envoûtants, restituant aussi bien les atmosphères du Cuba pré et post-révolutionnaire, que l’ambiance new-yorkaise d’avant-guerre. Un vrai beau roman graphique in The (Havana) mood of love

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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