Benoît Delépine n’a peur de rien

    Benoît, bien sage, à la brasserie de L'Univers, à Saint-Quentin. En face de lui, Lou-Mary : il a l'air heureux de la regarder. Benoît : un homme de goût.
    Benoît Delépine devant la brasserie Le Carillon, à Saint-Quentin.

     

     

    Belle petite bière : ça lui botte!

    De retour dans l’Aisne chez ses parents, pour le réveillon, le cinéaste, journaliste, comédien et auteur, effectue une manière de pèlerinage à Saint-Quentin.

     

    Benoît Delépine devant la verrière du bar de nuit La Grange, rue de Vermand, à Saint-Quentibn. On peut voir cette magnifique verrière - aussi belle que les filles que nous avons croisées à La Grange - dans le film "Louis-Michel".

    C’est la veille de Noël. Benoît Delépine est de retour à Saint-Quentin pour réveillonner avec sa famille, à Holnon. À la brasserie de L’Univers, il a des souvenirs. Comme dans les autres bars de Saint-Quentin. Et quand on quitte la brasserie, c’est à La Grange, un bar américain du 35, rue de Vermand, qu’il veut qu’on prolonge l’interview. Là-bas aussi, il a des souvenirs, le Benoît.Les hôtesses et Jean-Pierre (l’un des fondateurs de l’établissement) l’accueillent à bras ouverts. Ici, il est chez lui. Il pose devant la verrière juste au-dessus du bar, verrière que l’on voit dans son film Louise-Michel. Holnon, le bastion familial n’est pas loin. Son père agriculteur, fut longtemps maire de la commune. A la tête d’une exploitation de 40 hectares, souriait en disant que ses vrais patrons étaient le Crédit agricole et Bonduelle. Sa mère: femme au foyer. Un frère, Christophe, aujourd’hui praticien à SOS médecins, à Lille. Une sœur, Isabelle: qui a fondé un poney club à Holnon. Scolarité à l’école d’Holnon: «L’école à l’ancienne. De très bons enseignants.» Ses parents l’inscrivent au collège Saint-Jean, à Saint-Quentin. Il subit sa première humiliation scolaire. Le professeur lui colle zéro à la dictée car il n’a pas utilisé une copie double mais avait collé deux feuilles simples avec du scotch. Le début de sa vie «créative», Benoît le situe à l’âge de 13 ans. Cela consiste à bien rigoler avec ses copains, surtout avec Didier Bédu, aujourd’hui patron d’une boîte de calvados en Normandie. «On a fait le CELSA (N.D.L.R.: école de journalisme, à Paris) ensemble», dit-il. Ses notes baissent. Il sèche les cours, va beaucoup au cinéma, passe du temps dans les bars. «Grâce à Raymond Défossé (N.D.L.R.: qui œuvra longtemps pour le Festival Groland), surveillant général, mes parents n’étaient pas au courant de mes escapades. Quand il faisait l’appel il m’oubliait volontairement.» C’est avec Raymond qu’il crée le petit journal Polit au sein du lycée. Il finit par obtenir son bac D avec 10,21 de moyenne. Ses parents l’incitent à faire des études de commerce.En1976, il effectue la préparation HEC, au lycée Henri-Martin, à Saint-Quentin. Il ne se présente pas aux contrôles, et rate en beauté. Puis il file à Sup de Co, à Lille: «J’étais largué; je ne me sentais pas bien avec les autres élèves.» Après Sup de Co, il lance le journal Fac Off, destiné aux étudiants. Faillite. Plus un sou.En1982, il monte à Paris pour tenter de trouver un travail rémunérateur. Il passe le concours du CELSA, intègre l’école et ne cesse de faire «des coups de bluff». Il se fait passer pour un journaliste d’Actuel pour parvenir à entrer en contact avec le patron d’une agence de pub. Ravi, le mec l’invite à son bureau de la rue du Louvre. Sur place, Delépine lui avoue qu’il n’est pas journaliste et dit au boss qu’il «fait de la merde».Fasciné par tant de culot, le patron l’embauche, pour le virer un mois plus tard. Il fait ensuite la connaissance de Thierry Ardisson. «Je trouvais une idée à la con par jour pour ses projets, dont le lancement du journal Création», dont il devient, à 25 ans, le rédacteur en chef, ce grâce à Christian Blachas, patron d’un groupe de presse. «Je faisais chier le milieu de la pub; Blachas me laissait tout passer.» Et puis, un jour, à la suite de critiques très virulentes à l’endroit du groupe Havas, le journal est mis au pilon. Se retrouve à la rue. Intègre les Nuls à Canal +, en commençant par faire une série de courts-métrages en compagnie de son ami Christophe Salengro, de Lille, qui deviendra le célèbre président Salengro, de Groland. Avec lui, il inventera l’univers de ce dernier. Et il est pris comme pigiste aux Arènes de l’info, écrit des textes pour les marionnettes. Il s’engueule avec eux, a l’idée des Guignols qui est retenue par Canal +. Avec Bruno Gacciot et Jean-François Halin, il écrit des sketches. L’émission cartonne. Delépine est sur le rail du succès. 1997: il écrit le film Michael Kael contre la World News Company. Échec commercial total. «J’étais au fond du trou.» Il se raccroche à Groland, décide d’aller vivre près d’Angoulême, et finit par remonter la pente. Au sein de Groland, qu’il fait la connaissance de Gustave Kervern. Ils s’entendront comme larrons en foire et réaliseront des films magnifiques, insolents, bombes politiques (Avida, 2006, Louise-Michel, 2008, et Mammuth, 2010). Dans le prochain, Le Grand Soir, qui sortira en 11avril prochain, on y retrouvera Benoît Poelvoorde dans le rôle du plus grand punk à chien d’Europe.Brigitte Fontaine y joue, dit-il, un rôle complètement délirant.On va encore se régaler grâce à l’enfant d’Holnon.

    PHILIPPE LACOCHE

     

    Un crâne et un tibia dans la fosse commune

    «Mes dimanches d’enfance? C’était un peu la torpeur d’Holnon.» Parmi les bons souvenirs, Benoît Delépine se souvient du Petit Rapporteur qu’il regardait au côté de son père, agriculteur, et de toute sa famille. «Après je me suis fichu de Jacques Martin, aux Guignols, mais c’était pour moi une façon de tuer le père. Car au Petit Rapporteur, il y avait des gens intéressants: Desproges, Prévost, Collaro… Je ne vois pas d’émissions qui correspondante à ça à la télé d’aujourd’hui. C’était l’humour français avec, derrière: Hara-Kiri, Charlie-Hebdo. Pour moi, ce fut une façon de découvrir un autre rire…» Petit, il se plie à la messe obligatoire du dimanche matin. Puis, ce sont les parties de football derrière l’église d’Holnon, dans une pâture. Ses jeux? «On essayait de recréer ce qu’on voyait à la télé.» Il parvient même à réaliser un mini musée de paléontologie avec les fossiles qu’il trouve dans les champs. «Dans une fosse commune du cimetière, on avait récupéré un crâne et un tibia. Quand mes parents les ont trouvés, on s’est fait engueuler.» Un autre jour, il tombe sur une cache d’armes (fusil, flingue, baïonnette) qu’il avait essayées dans la grange. Une balle avait fini par traverser une poutre. Il aimait aussi tirer sur les oiseaux avec sa carabine à plomb: «Et dire qu’aujourd’hui, je fais partie de la Ligue de protection des oiseaux! »

     

    Bio-express

    30 août 1958 : naissance à Saint-Quentin, «sous le signe du 8».

    1975 : grâce à Raymond Défossé, il fonde, au lycée Saint-Jean, à Saint-Quentin, le journal Polite.

    1980 : à Lille, il publie Fac Off, journal étudiant diffusé à 20000 exemplaires dans les restoU.

    1983: devient rédacteur en chef de Création, journal de design et de pub.

    1988 : rentre aux Guignols (Les Arènes de l’info), sur Canal +.

    1992 : création de Groland.

    2003 : premier film avec Gustave Kervern, Aaltra.

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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