Black Joke, pari gagnant

    Black Joke, Rintaro Koike (scénario), Masayuki Taguchi (dessin). Éditions Ankama, 194 pages, 6,95 euros.
    Amateurs de jeux de casino, de bimbos aux atouts indéniables et de combats sanglants, Black Joke est pour vous. Ayez néanmoins le cœur bien accroché car son auteur, Rintaro Koike, a véritablement lâché les ballons en imaginant, dans un futur proche, un Japon devenu le 51e état des États-Unis.
    L’histoire se déroule sur une île artificielle nommée Neon Island dans la baie de Tokyo. Un territoire où les jeux d’argent et la prostitution sont parfaitement légaux, contrairement au reste du pays. Très juteux, l’endroit attire de nombreuses mafias (italienne, chinoise, japonaise, russe, etc.) en perpétuelle guerre les unes contre les autres…

    Jeux de pouvoir, intimidation et tentatives de déstabilisation sont monnaie courante dans ce  maelström où l’on suit plus particulièrement Kiyoshi Kira, 28 ans,  et son acolyte Doji Kodama, 29 ans, qui travaillent au sein de l’hôtel Onsen. L’un comme manager, l’autre comme agent de sécurité. Les deux hommes, anciens camarades de l’armée, sont chargés de protéger le business de leur boss Todome, propriétaire de l’hôtel en question. Séducteur dans l’âme et avide de sexe, Kira est la tête pensante ; moins bavard, Kodoma présente, lui, un physique de déménageur, et maîtrise des techniques meurtrières de combat à mains nues…

    Complémentaires ils forment un duo diablement efficace surtout quand il s’agit d’éliminer les menaces de toute sorte. Car dans ce milieu, chaque territoire fait l’objet d’une féroce convoitise. Policiers véreux, tueurs à gages thaïlandais, fausse croupière infiltrée, à la solde de la mafia russe…, Kira et Kodoma sont mis à dure épreuve. Heureusement, ils bénéficient d’alliés puissants à l’image de Runover, mafiosi napolitain paraplégique sans pitié ou Akari Kuroki, ninja-tueuse, déguisée en inoffensive lolita. Autant dire que l’on ne s’ennuie un instant en lisant ou relisant les deux premiers tomes qui vous sautent aux yeux, comme une belle paire d’as dans un jeu de poker.

    Certes, il n’y a pas vraiment d’intrigue de fond (si ce n’est un début de romance entre Kodoma et Kuroki) ce qui peut surprendre au premier abord. Pour autant, les histoires courtes présentées sont plaisantes et faciles à suivre. Rintaro Koike fait naitre une multitude de personnages, pour la plupart infréquentables, et prend un malin plaisir, quasi jouissif,  à les martyriser.

    La série Black Joke n’est pourtant pas complètement tordue ni 100% sadique. Entre les combats saignants (n’est-ce pas Kuroki et Kodoma…) on a droit à une bonne dose d’humour, noir évidemment. Le mangaka semble aussi être incollable sur les armes en tout genre. Kalachnikov, Mauser C96, PSG-1…, Black Joke ressemble parfois à l’inventaire d’une armurerie et on ne peut s’empêcher de penser, par moments, à Pineapple army de Kazuya Kudo ou Gunsmith Cats de Ken-ichi Sonoda.

    Sur le plan graphique, Masayuki Taguchi réalise un très beau travail. Il faut dire que le dessinateur du cultissime Battle Royale n’a plus vraiment rien à prouver. Il tire le manga vers le haut avec une précision du trait et un souci du détail bluffants. A titre d’exemple, dans le tome 1, on reconnaît parfaitement la place Saint-Pierre et l’obélisque du Vatican. Du grand art. D’autres belles surprises sont ainsi disséminées au fil des pages (cinq tomes ont pour le moment été édité par Ankama contre neuf sortis au Japon).
    En esthète de l’ultra-violence surréaliste et d’un érotisme assumé, Taguchi crée un objet graphique assez unique, aussi réussi que Battle Royale. “Bingo !” ou plutôt “Blackjack !” serait-on tenté d’écrire pour cette série destinée toutefois à un public averti et à ne pas mettre donc entre toutes les (bonnes) mains.

    Par Bakhti Zouad

    Commentez ou exprimez-vous grâce aux emojis !
    0
    J'AIMEJ'AIME
    0
    J'ADOREJ'ADORE
    0
    HahaHaha
    0
    WOUAHWOUAH
    0
    SUPER !SUPER !
    0
    TRISTETRISTE
    0
    GrrrrGrrrr
    Merci !

    Tags:

    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

    • Voir les commentaires

    Your email address will not be published. Required fields are marked *

    comment *

    • name *

    • email *

    • website *

    Vous aimerez également peut-être

    Bécassine honorée à Paris, son créateur oublié à Amiens

    A 110 ans, Bécassine se porte bien. “Née” le 2 février 1905 dans le ...

    Les coulisses de Michel Drucker sur les planches

    Michel Drucker présentera son one-man-show à l’Auditorium d’Amiens, le 12 février prochain. L’une des ...

    Planète Ekhöllywood

    Ekhö, monde miroir, tome 3: Hollywood boulevard, Christophe Arleston (scénario), Alessandro Barbucci (dessin). Editions ...

    Les pruniers, la tulipe de Hollande et la chamelle de Nora

     Lady Lys, avec son accent birkinien so british, est décidément très distrayante. Comme elle ...

    Tous au salon du livre de Deauville!

    Le salon livres musiques de Deauville aura lieu du 7 au 9 mai. La ...

    L’heure du crime

    La très bonne émission quotidienne de Jacques Pradel permet de revivre de grandes affaires ...