Buffalo Runner ou la longue nuit du western

    buffalo runner_couvBuffalo Runner, Tiburce Ogier. Editions Rue de Sèvres, 80 pages, 17 euros.

    Tiburce Ogier signe son retour (et son arrivée chez Rue de Sèvres) avec un western singulier et marquant.

    En 1896, la conquête de l’ouest s’est achevée, mais pas le rêve californien. Ni la pacification totale du territoire. Une famille d’émigrants partie de la Nouvelle Orléans pour s’établir sur la Côte Ouest se fait ainsi attaquer par des peones mexicains et des indiens Chiricahuas. Ed Fisher, un vieux “buffalo runner”, parvient à sauver du massacre la jeune fille de la famille, Mary, déjà agressée et violée. Tous deux vont alors passer la nuit dans une masure abandonnée, se préparant à l’attaque du reste de la bande d’indiens le lendemain. Pour ne pas dormir et en fabricant ses munitions, Ed Fisher va alors conter sa vie à la jeune Mary. Une longue existence qui croise et accompagne l’histoire du Far West, dans toute sa brutalité…

    Fils d’émigrants allemands devenus fermiers au Texas, Fisher fut, lui aussi victimes des indiens. Kidnappé par les commanches, il est racheté par des comancheros, puis confié à des fermiers qui le battent. S’étant enfui dès qu’il l’a pu, il commence à devenir cow-boy saisonnier, s’engage du côté sudiste dans la Guerre de sécession, puis ne sachant “plus rien faire d’autres que manier un fusil“, il devient “buffalo runner”, un tueur de bisons. Echouant à se ranger, avec une vie de fermier auprès d’une jeune femme aimée, il replongera dans la violence, retournera tirer des bisons, deviendra l’homme de main d’un marquis français venu chercher fortune dans l’ouest, croisera Teddy Roosevelt, futur président des Etats-Unis, avant qu’un nouveau drame ne le renvoie sur la route.
    Au bout de la nuit, aux côtés de Mary, la bataille avec les indiens lui réservera une dernière surprise…

    A travers ce long récit en flash-back d’Edmund Fisher, Tiburce Ogier repasse en revue une bonne partie de l’histoire de l’ouest américain, et de ses coulisses obscures, avec son anti-héros malheureux qui s’inscrit bien dans la lignée des westerns crépusculaires portés à l’écran par Sam Peckinpah ou Arthur Penn. Une époque brutale, d’une mélancolie tragique, lestée à la fin d’un petit parfum fantastique.

    Connu pour ses séries d’héroïc-fantasy telles les Chevaliers d’émeraude ou Gorn, Tiburec Ogier apporte ici son style graphique semi-réaliste caractéristique, un découpage très cinématographique et une belle et originale mise en couleurs directe. Des qualités qui éclatent encore plus dans l’édition de luxe, grand format. Un traitement singulier et personnel, qui parvient bien à unir le drame intimiste et la grande saga. Implacable et visant aussi juste que son “buffalo runner”. Une belle manière de revisiter le genre du western.

    buffalo_runner_planche

     

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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