Cartier-Bresson, l’homme libre et la photo de la prisonnière

    cariter-bresson_couvCartier-Bresson, Allemagne 1945, Jean-David Morvan (scénario), Sylvain Savoia (dessin). Editions Dupuis, Aire Libre / Magnum photos, 140 pages, 19 euros.

    Après la réussite d’un premier album consacré à Capa et à sa photo du débarquement de 1944 en Normandie, Dupuis et Magnum poursuivent leur collaboration visant à rappeler quelques photos et photographes mythiques du XXe siècle. Cette fois, il s’agit d’Henri Cartier-Bresson et d’une autre photo liée au second conflit mondial, celle de la dénonciation d’une collabo au camp de Dessau, en Allemagne, en 1945.

    Mais le récit débute l’année suivante, alors que Cartier-Bresson s’apprête à partir pour l’Amérique et que Robert Capa conseille au futur cofondateur de l’agence Magnum de se dire plus photojournaliste que photographe surréaliste, car ce sera la “clef de sa liberté”. Cette liberté, Cartier-Bresson se la remémore depuis ses débuts dans la photo, tout jeune en Afrique, au Mexique, dans le Paris du Front populaire. Et jusqu’à la guerre, où il dût enterrer son Leica et subir de longs mois d’enfermement comme prisonnier de guerre dans un stalag. Après plusieurs tentatives, il parvient à s’évader, retrouve son appareil et se remet à immortaliser les intellectuels parisiens tout en s’investissant dans la résistance. C’est d’ailleurs pour le mouvement des prisonniers de guerre qu’il entreprend le film Le Retour, pour lequel il va se retrouver à Dessau, en mai 1945 et ou il capturera ce cliché d’une femme en frappant une autre qu’elle a reconnu comme ayant été une informatrice des nazis…

    Moins connue que l’emblématique GI’s d’Omaha Beach, cette photo de Dessau s’impose plus difficilement (ce n’est d’ailleurs pas forcément l’image la plus célèbre de Cartier-Bresson), tout comme le récit qui a amené ce cliché.

    De fait, ici, le photographe prend largement le pas sur sa photo, qui n’est qu’une parmi d’autres évoquées dans l’album. Pour l’aspect visuel, il faudra aller voir le beau portfolio et le dossier de 40 pages qui complète l’album. Il en résulte un ouvrage un peu décalé par rapport à l’objectif initial de la série, qui visait (du moins c’est ce que l’on avait compris) à raconter une “photo culte”. Et le choix d’élargir la focale temporelle, pour revenir cinq ans en arrière, banalise encore un peu plus le projet, qui se rapproche d’une mini-biographie de Cartier-Bresson pendant la Seconde Guerre mondiale. Le dessin de Savoia est également très illustratif, au service du récit, mais sans grande personnalité. Bref, une deuxième approche de la photo par la BD pas inintéressante et instructive, au demeurant, mais moins dans l’instantané vibrant de l’Histoire.

    Cartier-Bresson_allemagne 1945_planche

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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