Catherine Meurisse, échanges en toute légèreté

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    Catherine Meurisse et Alexandra Oury

    Belle rencontre, ce jeudi soir, dans l’enceinte de la Maison de la Culture d’Amiens. Et lieu bien trouvé pour un échange qui a fortement porté sur l’art, littéraire et pictural, mais aussi un peu théâtral. Catherine Meurisse était déjà venu à Amiens, lors des Rendez-vous de la bande dessinée 2013. Elle aurait dû faire l’objet d’une exposition en juin dernier. Mais le massacre (et pas “l’attentat” comme elle s’en étonne dans La Légèreté) du 7 janvier a tout bouleversé. Finalement, l’expo aura bien lieu cette année, mais sans la dessinatrice, qui sera ce week-end des 4 et 5 juin… sur les planches (“en amateur dans une pièce avec une bande de copains” note-t-elle modestement). D’où cette rencontre anticipée, ce 19 mai à la Maison de la Culture, pour une rencontre en forme de conversation, agréable et enrichissante, entre la dessinatrice et la journaliste Alexandra Oury.

    Une rencontre particulière. Pour la première fois, en effet, Catherine Meurisse revenait sur sa “vie d’avant” (le 7 janvier). Ses albums précédents faisant l’essentiel de l’exposition amiénoise. Mais en ce printemps, elle est aussi fortement ramenée vers cet attentat à Charlie, avec la sortie de la Légèreté, album qui visait justement à synthétiser l’année passée pour mieux arriver à la dépasser. Une bizarre concordance de temps qui n’a cependant pas nui à la qualité de l’échange…

    Souriante, drôle, Catherine Meurisse est donc revenu sur son premier album, Mes hommes de lettres (préfacé par Cavanna), plongée dans quelques grands classiques de la littérature française passés au mixer de son humour décalé. Mais aussi sur les deux suivants, creusant toujours une veine artistique. Dans Le Pont des arts (qui, symboliquement relie le Musée du Louvre à l’académie française, quai Conti), elle associait encore des écrivains qui évoquaient des peintres ; dans Moderne Olympia (passé, lui définitivement rive Droite, au Musée d’Orsay), elle rejouait West Side Story et la querelle d’Hernani entre anciens et modernes à travers les personnages des tableaux du musée, devenus figurants de leurs propres oeuvres.

    Manifestant une grande culture (sans pédanterie) et son amour pour les musées et l’histoire de l’art, elle a fait part de son inclination pour Proust, Flaubert ou George Sand. Elle est aussi revenue sur sa technique – héritage de son travail de dessinatrice de presse – zappant le story-board mais multipliant les croquis, notant les influences de Brétecher, Sempé ou Reiser et relativisant avec humour l’importance de la bande dessinée par rapport à la peinture (la première ayant, quand même, avant tout vocation à… être lue avant d’être imaginée dans des musées).

    Aborder La légèreté amena un peu de gravité à la soirée, avec une émotion retenue. Catherine Meurisse parla encore fort bien de ce réflexe vital qui la poussa à se raccrocher à l’art, avec la recherche de la beauté comme “antidote de l’horreur“.
    Désormais, elle pense se replonger – non sans bizarrerie non plus – vers des projets pensés “avant“. Son prochain album sera sur son enfance à la campagne, de nouveau sur un fil autobiographique donc, mais traité sans doute autrement qu’il n’était envisagé au départ. La plume laissant place au crayon, au pastel, à “plus de douceur et de lenteur“.
    Cette même recherche du temps retrouvé qui va se traduire, comme son ami Luz, par un arrêt du dessin de presse.
    Mais sans doute pas de cette volonté de dédramatiser les choses, qui nimbe tous ses albums.

    Une belle rencontre, donc, qui a fait, pour ceux qui y assistaient, une bonne introduction à l’exposition à voir lors du festival à la bibliothèque universitaire mais aussi, pour une douzaines de planches de Moderne Olympia au Musée de Picardie.

     

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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