Charley’s War a pris ses quartiers au musée de Meaux

    Charley’s War (La Grande Guerre de Charlie) a donc fait son entrée au musée. Pour la première fois en France, au Musée de la Grande Guerre à Meaux. Visite guidée avec Pat Mills, le scénariste, jeudi.

    Charley-afficheAlors que le tome 7 de la traduction française (éditée grâce à la passion de Laurent Lerner sous forme de beaux albums, grand format, cartonnés) vient de sortir, Charley’s War entre au musée. Pour la première fois en France, une vingtaine de planches originales du dessinateur Joe Colqhoun sont exposées, depuis le milieu de la semaine, au Musée de la Grande Guerre, à Meaux.

    Une “première” qui touche le scénariste de la série, Pat Mills, présent jeudi 16 octobre, lors de la journée presse. Comme il s’en explique dans la présentation des épisodes du tome 7, “diverses tentatives pour faire exposer des planches originales de Charley’s War dans des musées britanniques consacrés à la guerre (ont eu lieu), dont l’Imperial War Museum, mais jusqu’ici sans succès”. Il s’avouait donc très “excité” à l’idée de cette expo temporaire à Meaux. Hommage au travail réalisé par le dessinateur Joe Colquhoun, décédé en 2007 et qui, dans Charlie, dans une approche au départ moins “artistique” ou “auteurisante”, se révèle comme un pendant de Tardi, par le soin apporté au réalisme de ses descriptions de la guerre, basées sur une forte documentation. Tardi lui rend d’ailleurs hommage dans la préface à l’édition du tome 7, soulignant que “le dessin de Joe Colquhoun nous raconte la guerre d’en bas, celle des pauvres, celle qui me va droit au coeur. Il la montre, documentation copieuse à l’appui“.

    Michel Rouger, directeur du musée de Meaux
    Michel Rouger, directeur du musée de Meaux

    Pour une telle entrée dans l’espace muséal d’une série qui est avant tout une série populaire parue dans des petits magazines britanniques (Battle), Meaux était il est vrai plutôt indiqué. Le musée, ouvert en 2012 et bâti à côté du monumental monument américain hommage à la bataille de la Marne, a en effet été construit autour et grâce à l’imposante collection de Jean-Pierre Verney, le référent et ami de Jacques Tardi en matière d’objets et d’infos sur la Grande Guerre.  Et l’équipe autour du directeur, Michel Rouger, se montrée ouverte à l’égard de la bande dessinée (comme avait pu l’être l’Historial de la Grande Guerre de Péronne, dans la Somme, en organisant coup sur coup en 2009 une grande expo Tardi puis une exposition sur la BD autour de 14-18): la collection présente aussi des exemplaires de périodiques de BD d’époque et a bénéficié d’un dessin original de Tardi pour une fresque introductive, et a dans sa boutique un rayon BD conséquent.

    L’autre opportunité à cette intégration de la BD dans cet univers – au-delà, bien sûr, de l’anniversaire du centenaire – est l’exposition temporaire Join Now, consacrée à l’arrivée en France des premiers contingents du corps expéditionnaire britannique, dès l’été 1914 (et non pas seulement en 1916, comme la Bataille de la Somme l’a fait entrer dans l’histoire).

    Les planches disséminées dans les collections

    La bonne idée, ici, c’est d’avoir dispersé les planches au sein même de la collection permanente, dans la scénographie sobre du musée et le parcours des salles thématiques, au milieu de plus de 6000 pièces (uniformes, armes, photos, artisanat des tranchées, etc. soit à peine 15% des oeuvres présentes dans les réserves !). Les 17 planches originales se distinguent, sur les murs, par leur encadrement vert olive et une double présentation systématique : la planche originale grand format, la version en traduction française et un texte d’accompagnement replaçant le dessin dans son contexte.

    Ainsi, les planches, de format type A3, sont intégrées aux thématiques des différentes alvéoles et renvoient, en miroir, un regard intéressant entre la réalité des objets historiques exposés et leur interprétation par le dessinateur.

    C’est l’occasion de voir, de près, la finesse d’exécution de Colquhoun, son talent à maîtriser les ombres et les noirs et à dynamiser les planches. C’est aussi, pour ceux qui suivent la série traduite, de découvrir aussi des planches “inédites”, qui seront publiées dans les trois prochains tomes à paraître. Notamment une planche magnifique (dans l’espace dévolu aux armes nouvelles et au gaz) avec un stupéfiant et superbe dessin mettant en scène un cavalier (et son cheval masqué) devant un reste de château, dans une posture quasi médiévale. Comme une expression de la barbarie archaïque de la Grande Guerre, entre casse-têtes de tranchées et technologies du XXe siècle.

    Visible pendant deux mois et demi, l’exposition s’accompagne d’une double actualité éditoriale: la sortie d’un grand portfolio d’une dizaine de planches originales, déjà disponible, et la parution, début novembre, d’un livre-somme sur “La grande guerre dans la BD, un siècle d’histoires”, de Luc Révillon, historien spécialisé du 9e art. Après le porftolio réalisé en partenariat avec Delirium et le magazine Guerres & Histoire, l’ouvrage, est co-réalisé avec Beaux Arts Magazine. Un livre sur lequel on reviendra prochainement plus en détails. En attendant, on peut accompagner Pat Mills, en photos, dans sa visite inaugurale…

    Charley’s War, une représentation anglaise de la Grande Guerre, jusqu’au 30 décembre, au Musée de la Grande Guerre du Pays de Meaux, rue Lazare Ponticelli. Ouvert tous les jours sauf le mardi de 10 heures à 17h30
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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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