Cyril Pedrosa dans le Courrier picard : «Tout ce qui est raconté dans Autobio m’est arrivé»

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    Portrait de Cyril Pedrosa (photo Lebedinsky / Dupuis).

    Nouvelle série de BD estivale proposée dans les pages du Courrier picard, à partir du 4 août, avec Autobio, de Cyril Pedrosa, sur les écueils de l’écologie au quotidien. Occasion de rencontrer un auteur très proche de ses personnages.

    Autobio. Comme autobiographie, mais aussi biographie bio. Voire même bio tendance “bobo”. Derrière ce titre donc très « signifiant », Cyril Pedrosa livre une série pleine d’humour et d’autodérision, brocardant gentiment (mais en visant souvent juste et en touchant large) les contradictions du citoyen moderne, volontiers sensible aux causes environnementales mais pas forcément prêt à en assumer toutes les conséquences dans sa vie quotidienne, qu’il s’agisse de l’alimentation, du transport ou de l’éducation. La question est suffisamment riche pour que ces planches-gag aux tons immanquablement verdâtres, aient déjà donné naissance à deux albums, désormais réunis dans une intégrale, paru au printemps (toujours chez Fluide glacial).
    Le Courrier picard en fera partager une vingtaine de planches à ses lecteurs, à partir du 5 août. C’est aussi l’occasion de rencontrer un auteur très concerné par ses sujets…

    Cyril Pedrosa, comment est né cette série Autobio ?

    Au départ, j’avais envie de faire quelque chose autour de l’engagement militant, mais je ne trouvais pas le bon angle. Trop près du sujet, je n’arrivai pas à prendre du recul afin de réaliser des choses qui soient plus légères. Et puis Thierry Tinlot, alors rédacteur en chef de Fluide glacial, m’a proposé de faire quelque chose de contemporain pour son magazine. J’ai repensé à cette idée d’engagement, mais après en avoir parlé avec lui, j’ai glissé vers des histoires qui ne soient pas concentrées sur le militantisme politique, mais plus larges, autour de l’écologie en général. Et d’en faire, pour le coup, une chronique très autobiographique. Je crois que c’est vraiment le bon angle pour moi pour aborder ces sujets-là.

    C’est vrai que vos planches sonnent très « vrai »…

    Cyril Pedrosa, auto-portraituré dans "Autobio"
    Cyril Pedrosa, auto-portraituré dans “Autobio”

    Tout est vécu ! Les situations décrites correspondent à des choses que j’ai vraiment connues. Après, je pousse le bouchon un peu plus loin, je caricature. Dans la vraie vie, ce n’est pas aussi drôle. C’est comme quand on raconte une anecdote sur un événement que l’on a vécu et qu’on enjolive. C’est ce que j’ai essayé de faire ici.
    Mais la contrainte et la motivation initiales étaient de n’inventer aucune situation, de rendre cela plus léger, tout en conservant l’exigence de l’autobiographie.

    Votre personnage avoue à un moment qu’il a eu sa carte chez les Verts. Et vous, quel regard portez-vous sur écologie politique ?

    J’ai été écolo « encarté » plusieurs années. Au moins cinq ou six ans. Je trouve tout à fait nécessaire que ce courant politique existe. Je m’en sens personnellement très proche, même si je ne suis plus tellement militant. Disons que je trouve un peu triste la déconnexion qu’il semble y avoir entre ce que souhaitent les gens pour plus tard, ce à quoi ils aspirent, et le projet politique proposé, qui ne semble pas vraiment répondre à leurs souhaits.

    « Autobio » n’a en effet rien de militant. J’y vois plutôt une chronique avec un effet miroir… Chacun s’y reconnaîtra plus ou moins !

    En effet, ce n’est pas un bouquin prosélyte. L’idée n’est pas de convaincre qui que ce soit, c’est plutôt de montrer que ces convictions – auxquelles je crois beaucoup – sont complexes à mettre en oeuvre, qu’elles amènent parfois à être en pleine contradiction avec ses idéaux. En fait, certains auteurs arrivent très bien à porter un regard acide sur les autres, tout en étant très amusants.
    Moi, je ne sais pas faire cela. Je suis beaucoup plus à l’aise lorsque je me moque de moi-même. Disons que j’essaie, à partir de mes propres contradictions, que les lecteurs s’y reconnaissent un peu.

    Cette autodérision, vous l’avez aussi aussi cultivé dans Atelier Mastodonte (éd.Dupuis), ces petits strips passant dans Spirou, sur un studio d’auteurs de bande dessinée, qui comprend Lewis Trondheim, Tebo, Alfred, vous-même, etc. Avec, là aussi, mise en scène caricaturale.

    Cyril Pedrosa dans "l'Atelier Mastodonte", dessiné ici par Alfred.
    Cyril Pedrosa dans “l’Atelier Mastodonte”, dessiné ici par Alfred.

    Extrêmement caricaturale, oui ! Mais il y a une grosse différence avec Autobio. Dans l’Atelier Mastodonte, nous n’avons aucune obligation de vérité. On passe son temps à inventer des situations, des événements loufoques. On se transforme, on devient des personnages et on se met en scène. C’est beaucoup plus libre, ça peut aller beaucoup plus loin dans l’absurde, dans la folie pure. C’est la différence entre l’autobiographie et l’autofiction.

    Avec tout ça, on va peut être vous trouver un peu auto… centré ?

    Je n’ai pas fait Autobio pour « parler de moi », mais parce que je trouve souvent, quand je lis des choses sur les thématiques de l’environnement, que le traitement est caricatural, que les problématiques ne sont bien comprises. Je pensais qu’en connaissant mieux le sujet, on pourrait être peut-être plus pertinent. Et cela n’empêche pas d’en rire !

    Un autre album récent de vous, Portugal, a été très remarqué. Il navigue encore entre autofiction et autobiographie, mais là, ce n’est plus de l’humour.

    Portugal est un sujet qui me touche de très près. Il est question de filiation, de liens aux origines, etc. Du coup, je suis allé piocher dans ce que je connaissais le mieux : mon histoire familiale. Mais je ne voulais pas froisser et je voulais pouvoir inventer. Donc le personnage ne porte pas mon nom. Cela permet de passer de la fiction à des éléments plus autobiographiques, sans que le lecteur s’en aperçoive.

    Vous faites partie de l’équipe du magazine numérique Professeur Cyclope. Pour vous, c’est une nouvelle opportunité, la voie de l’avenir ?

    Pedrosa dans "Professeur Cyclope"
    Pedrosa version “Professeur Cyclope”

    C’est ça et plus que ça. Avec Gwen de Bonneval, Fabien Vehlmann, Hervé Tanquerelle, nous avions très envie de travailler sur un projet de magazine, car cela manquait un peu. Il n’y avait pas d’espace de création dans le style de bandes dessinées que nous voulions faire.
    Et puis on s’est rendu compte qu’il y avait pleins d’auteurs – nous les premiers – qui avaient envie de faire des choses avec le numérique, parce qu’il permet de raconter des histoires de façon assez différente. il manquait cruellement d’un espace éditorial pour cela. Professeur Cyclope est vraiment né d’une vraie envie de création.

    Et, sur un plan plus personnel, avez-vous un projet de nouvel album ?

    Oui, nous travaillons avec José-Louis Bocquet sur un projet, qui devrait sortir dans un an à peu près, autour des chasseurs-cueilleurs. Il s’agira d’un récit contemporain, avec de nombreux personnages qui ont chacun des destins séparés mais une détresse partagée. Le format devrait être entre Trois ombres et Portugal, autour de 300 pages. Et sinon, je passe beaucoup de temps sur Professeur Cyclope.

     

     

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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