Damien Cuvillier en phase de décollage

     

    Damien Cuvillier en phase 
de décollage réussi 
Le tome 2 de sa série « La guerre secrète de l’espace » est paru en juin. 
Avant d’autres projets…

    Damien Cuvillier est un bon exemple de réussite de la « couveuse d’auteurs » d’Amiens. Après un atelier d’écriture avec l’association On a marché sur la bulle, puis en 2006 l’obtention du prix régional de BD amateur au festival d’Amiens, il collabore à plusieurs projets collectifs (Cicatrices de guerre(s), Les artistes s’engagent contre le Sida, Contes inuits en bande dessinée etc.). En 2010, c’est son premier envol – avec le tome 1 de La Guerre secrète de l’espace (chez Delcourt, scénarisé par un autre Amiénois, Régis Hautière) – et Les Sauveteurs en mer (Vents d’Ouest, avec « Gégé », alias Gérard Cousseau). Cette année 2012 s’annonce aussi riche. Rencontre.

    Le tome 2 de la Guerre secrète de l’espace est paru en juin. Toujours côté russe. On y croise des grands personnages, comme Gagarine, Kennedy…

    Notre parti pris est de les représenter le moins possible, cependant. Au départ, Delcourt avait proposé à Régis Hautière de faire un triptyque sur la mission Apollo 11, mais cela aurait été l’histoire de trois hommes dans une capsule ! Nous avons préféré montrer la course à l’espace de façon plus ample. Si cela reste historique, c’est à travers un personnage fictionnel. Donc on aperçoit Gagarine ou Kennedy comme des personnages secondaires. On n’est pas des historiens, notre but c’est avant tout de raconter des histoires…

    Ce personnage fictionnel, votre héros, fidèle communiste russe d’apparence et agent de la CIA en fait, sera présent dans tous les albums ?

    Oui, c’est vraiment lui qui fait le lien entre tous les personnages, c’est le fil rouge de l’histoire et c’est ça qui est intéressant.

    En parlant d’histoires, l’anecdote des chiens-espions avec une caméra greffée dans l’œil, sur la base de Baïkonour, c’est vrai ?

    Oui. Il y avait énormément de chiens errants à Baïkonour. Et les Américains s’en sont servis. Mais, il y a d’autres choses sur ces chiens. Laïka par exemple, le fameux premier animal à être allé dans l’espace, c’était aussi un chien errant. Et on lui a donné un nom, parce que son test a marché, contrairement aux précédents !

    “Notre objectif était de faire
    un thriller d’espionnage

    traitant de la conquête spatiale”

    Avec ce tome 2, on est plus encore dans le récit d’aventures…

    Oui, c’est vrai que premier tome avait un côté peut-être un peu plus didactique. Mais il y avait beaucoup d’éléments à amener. Notre objectif était de faire en sorte que tout le monde puisse le lire, comme un thriller d’espionnage traitant de la conquête spatiale, même des gens qui n’y  connaissent rien – et c’était mon cas aussi !

    C’est donc un album à l’ambiance assez variée et, pour un dessinateur, avec différents univers : les grands espaces russes, des scènes plus intimistes, les séquences dans l’espace, qu’as tu préféré dessiner ?

    Les scènes dans l’espace étaient vraiment intéressantes à animer. Ce qui m’a attiré aussi dans cette histoire, c’est de  montrer le côté “bricolage” de toutes ces opérations sensées être à la pointe de la technologie. Par exemple, la scène où Gagarine est dans l’espace et où le cordon du module n’arrive pas à se détacher – c’est historique aussi – c’est vraiment  une partie que j’ai beaucoup aimé dessiner.

    La suite de la saga se déroulera désormais aux États-Unis ?

    En fait, le premier album s’ouvrait sur l’alunissage d’Apollo 11 et le dernier s’achèvera sur la même séquence, en boucle. il devrait y avoir deux tomes côté américain.

    En basculant de Baïkonour à Cap Canaveral, vous ne manquerez pas de documentation cette fois. Est-ce une facilité ou une difficulté pour un dessinateur ?

    Les deux. Sur le premier tome, il n’y avait en effet que très peu de documentation. On avait les emplacements des  bâtiments, mais j’ai dû inventer beaucoup de chose. Côté américain, il y a une foultitude des documents, mais c’est aussi un piège. Car, en dédicaces,  des lecteurs spécialistes pouraient venir en pinaillant sur la forme d’un boulon ou la taille d’une porte. J’essaie quand même de ne pas être esclave de la documentation.

    ” Des spécialistes m’ont dit avoir été heureux de redécouvrir des choses à travers notre vision d’auteurs”

    Comment l’album a-t-il été accueilli dans le milieu des fans de la conquête spatiale ?

    Plutôt bien. Ainsi, au festival du Bourget, des spécialistes m’ont dit avoir été heureux de découvrir des anecdotes en images, ou de redécouvrir des éléments qu’ils connaissaient, comme la vision de Gagarine dans l’espace, à travers notre vision d’auteurs.

    L’une des réussites de la série tient aussi, je trouve, aux couvertures, faites par Manchu. Comment s’est fait ce choix ?

    C’était une idée de notre éditeur, car Manchu fait beaucoup de couvertures pour la série Histoire secrète, pour Hauteville House, etc. Et notre série s’inscrit dans cette même collection. Son travail est extraordinaire. Bon, c’est vrai que c’est un peu frustrant pour moi de ne pas faire la couv’. Mais travailler avec un artiste comme Manchu est très gratifiant. Et puis, c’est moi qui ai fait le design de la couverture, j’ai fait les personnages sur calque, qu’il a repris.

    Ce second tome a eu un peu de retard…

    Pour une fois, ce n’est pas de la faute du dessinateur ! J’ai commencé l’album en aout 2010, une fois fini le travail sur les Sauveteurs en mer, et terminé en juin 2011. Pourquoi alors un retard d’un an ? En fait, pour la petite histoire, sur le premier tome, on avait galéré à trouver un coloriste. Jusqu’au dernier moment où Régis à trouvé un coloriste  de la région, qui a fait un travail d’enfer. On a donc décide de le reprendre pour le second tome. Mais là, j’ai commencé à envoyer des pages au coloriste, sans recevoir de nouvelles. En janvier 2011, Delcourt nous  demande des planches pour présenter aux commerciaux. Le coloriste nous envoie deux pages, pas très bonnes. Les mois passent et rien. Je termine en juin 2011. Et rien ne bouge. Au final, la sortie envisagée fin 2011 est donc repoussée à janvier. Début 2012, le coloriste se réveille et les planches commencent à tomber… Et je ne les trouve pas très bonnes. Bon, cela joue sur des détails (la couleur d’un ciel, d’un train, etc), mais accumulé, pour moi, ça fait  beaucoup. Et c’est comme ça que l’album est sorti début juin. Ceci étant, mes premiers retours avec les lecteurs sont plutôt bons…

    “J’entame un projet chez Grand angle,
    avec Gérard Cousseau, qui est un peu
    “un village français”, mais en Bretagne”

    Sur quoi travailles tu désormais ?

    J’entame un projet chez Bamboo / Grand Angle, qui s’appelle pour l’instant Les souliers rouges, avec Gérard Cousseau. Nous étions partis pour faire un seul gros album, mais l’éditeur a été enthousiasmé et a préféré que nous en fassions deux, qui sortirons à quelques mois de distance. C’est un peu « Un village français » mais en Bretagne. Cela raconter la vie, romancée, du beau-père de Gérard. Ce sera dans un style semi-réaliste et en couleurs directes (là, je ne pourrai pas en vouloir au coloriste !), à l’aquarelle. La technique est un peu plus longue,  mais on travaille vraiment sur les ambiances. A la base, quand j’ai commencé à travailler sur la Guerre secrète, j’aurai aimé le faire en  couleurs directes, mais pour des raisons de temps, l’éditeur a opté pour du dessin en noir et blanc et faire ensuite un travail de colorisation. C’est aussi une démarche intéressante, d’ailleurs. Pour moi, c’était la première fois que je confiais mon travail à quelqu’un d’autre. et je trouvais ça bien d’avoir la  vision extérieure sur son travail. Reste que, pour moi, l’aquarelle apporte plus d’émotion. Quand tu fais un accident, tu dois rattraper le coup. Sur photoshop, cela peut apparaître un peu trop facile. Et les résultats, aujourd’hui, sont bluffants, en terme de texture, etc. Ainsi, sur le prochain album de Régis Hautière et Hardoc, ce dernier a fait un travail vraiment impressionnant avec photoshop… mais ça demande autant de temps qu’une mise en couleurs traditionnelle pour obtenir un tel travail.

    Le tome 3 de la Guerre secrète est prévu pour quand ?

    Pas pour tout de suite ! Régis est sur beaucoup de projets. Et moi, j’ai Les Souliers rouges… Mais Delcourt nous pousse à faire assez rapidement quand même le tome 3. Je ne voudrai pas perdre les lecteurs par une distance trop longue entre les albums.

    Pas de tome 2 de prévu pour les Sauveteurs en mer ?

    Pas pour l’instant, du fait qu’on est tous les deux sur Les Souliers rouges.

    Tu as un projet plus « régional », pour la rentrée, je crois…

    Oui, je vais faire un livret sur le fleuve Somme, avec la bibliothèque départementale et le conseil général, qui sera distribué gratuitement lors des Rendez-vous du fleuve, les 8 et 9 septembre. Et je ferai des illustrations en direct pendant le week-end. En parallèle, je travaille aussi à un sur le fleuve, avec mon frère Stéphane. Et toujours avec lui, nous avons un gros projet autour des mythologies régionales.

    Il y a aussi le projet d’album collectif des éditions de la Gouttière sur la crise ?

    J’y participe, avec un scénario de Kris. Là, faut que je finisse les story-boards.

    Tu n’es plus Amiénois désormais ?

    En effet, je réside à Abbeville depuis un an. Mais j’habite toujours le long de la Somme. J’ai remonté le fleuve !

     

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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