cavale-du-Dr-Destouches_couvLa cavale du Dr Destouches, Christophe Malavoy (scénario), Gaëtan et Paul Brizzi (dessin). Editions Futuropolis, 96 pages, 17 euros.

    Vieux, aigri, malade, dans son pavillon de Meudon, Louis-Ferdinand Céline fait entendre sa voix et donne sa version d’un épisode parmi les moins glorieux de sa vie, sa “cavale” jusqu’à Sigmaringen, au printemps 1944 (épisode qu’il évoqua dans ses romans D’un Château l’autre, Nord et Rigodon).

    C’est la débâcle pour les collaborationnistes à Paris. Le Dr Destouches se sait menacé de représailles, malgré l’aide qu’il apporte à ses voisins du dessous, qui hébergent des résistants. Avec sa femme Lucette et son chat Bébert, il décide de quitter Paris et d’aller récupérer l’or laissé à une amie, avant-guerre, au Danemark. C’est le début d’un voyage erratique, effectué avec l’acteur Robert Le Vigan, qui va les amener à Baden-Baden, puis Sigmaringen, vers la frontière suisse où sont réunis les derniers responsables de l’Etat français  autour de Pétain. Sous surveillance allemande, Céline assiste à  la décomposition d’un monde au abois…

    Reconnu comme l’un des écrivains les plus novateurs de la littérature française du XXe siècle, Louis-Ferdinand Céline conserve tout un aspect sulfureux, notamment à cause de ses immondes pamphlets antisémites. Et il fallait donc oser s’attaquer à une approche biographique de l’auteur, surtout dans la période la plus trouble de la Seconde Guerre mondiale.

    Christophe Malavoy souhaitait en faire un film d’animation. N’ayant pas réussi à finaliser son projet, il l’a transformé en roman graphique, mis en images par les frères Brizzi (connus comme dessinateurs pour les studios Disney). Dans une ambiance grisâtre et crépusculaire, comme dans un crayonné amélioré, cette fuite prend une dimension grotesque et vire même parfois à la fable burlesque. Le tout commenté par le discours éructant, gouailleur, si particulier de Céline dans les dialogues comme dans les textes Réaliste, le trait se fait alors outrancier, caricatural (notamment pour l’acteur Robert Le Vigan).

    Ce petit monde de pétainistes et de collabos n’en sort pas grandi, ni réhabilité d’aucune façon. Céline non plus. Il se révèle toujours aussi désabusé et misanthrope, mais plus complexe et humain. “La condition humaine, c’est la souffrance, n’est-ce pas ? … Je n’aime pas la souffrance, ni pour moi, ni pour les autres“, comme les auteurs lui font dire, comme en résumé de ce que l’on vient de vivre, dans la dernière planche, répondant à une interview, avec en avant-plan la tombe de son “fidèle compagnon”, le chat Bébert.

    Pitoyable danseur (“tout pour la danse, rien que pour la danse” comme le proclame la première case) au milieu d’une farce macabre et d’une part d’humanité médiocre et risible.

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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