Délectable “Diletta” de Tezuka

    La grande pagaille du Diletta, Osamu Tezuka, éditions FLBLB, 400 pages, 20 euros.

    Si le drôle de bâtiment visible sur la couverture a un faux air de WC géant, ce n’est pas un hasard, mais bien l’incarnation, fulgurante, d’une société du spectacle dont il serait temps de tirer la chasse.

    Connu surtout comme le père d’Astroboy ou l’auteur de l’Histoire des trois Adolf, Osamu Tezuka s’attaque ici au monde du show business et à la société consumériste, à travers deux histoires qui s’enchâssent l’une dans l’autre.

    Au départ, il y a donc la frustration d’Ishiro Monzen, producteur mégalomane, frustré par le manque de reconnaissance de ses employeurs et qui n’a pas son pareil pour dénicher les vedettes du moment. C’est le cas, pense-t-il, avec Nagisa Harumi, chanteuse à la voix d’or mais au physique particulièrement ingrat… sauf quand elle a le ventre vide. Elle se transforme alors en une sublime jeune fille. En voulant exploiter son talent – et en l’affamant – Monzen va se confronter à Yamabe, dessinateur de mangas un peu looser, mais amoureux sincère d’Harumi. A l’issue d’une bagarre entre eux, Otohiko Yamabe, coincé de longs jours sous les fondations d’un immeuble, en vient à développer une faculté inconnue : il peut désormais faire partager les visions de son cerveau aux personnes qui l’entourent. Monzen saisit vite les possibilités d’exploitation de cette force inouïe. Une manipulation collective qui ne sera pas sans dangers…

    Charge caricaturale, volontiers grotesque, dans laquelle il ne s’oublie pas (lui aussi est connu pour porter le béret, comme Yamabe et certains voient même là un ouvrage très autobiographique), ce Diletta peut apparaître un peu dilaté avec ces quelque 400 pages. Mais le dessin, simple et efficace, évite de perdre le fil. Glissant de la satire sociale (même si celle-ci a déjà une dimension un brin fantastique) à la fable métaphorique dans la deuxième partie, Tezuka garde sa cohérence d’ensemble dans cette dénonciation des dangers d’une culture lobotomisée, marchandisée à l’extrême et basée uniquement sur une manipulation des masses. Un sujet qui s’inscrit bien sûr dans son époque de la fin des années 60 (ce long manga est paru en 1968), avec ses référence récurrentes, notamment au mouvement revendicatif étudiant. Mais le message pourrait prendre aussi une allure prophétique en cette aube de XXIe siècle de plus en plus interconnectée.

    Les éditions FLBLB poursuivent en tout cas leur méritante opération de redécouverte d’oeuvres plus méconnues d’Osamu Tezuka, avec cette nouvelle parution. Une sortie, inédite en français, d’un manga qui reste, au final, lui aussi un plaisir très délectable et un ouvrage bien-aimé (définition du terme italien “diletta”).

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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