Georges Mandard, poète, ne sera jamais charcutier

    L’excellent Gérard Pussey propose un petit livre hilarant et très réussi, constitué de saynètes désopilantes dans un univers d’andouilles.

    Rêve et cauchemars de Georges Mandard, petit livre de Gérard Pussey, est une œuvre exquise. Un vrai régal. Neveu de René Fallet – qui l’a initié à l’écriture et l’a entraîné en virée du côté de chez Prévert, Brassens et Audiard – Gérard Pussey fut pendant vingt ans critique littéraire à Elle; il est aujourd’hui journaliste à Service littéraire (journal de l’excellent François Cérésa) et à Causeur (où sévit notamment le talentueux Jérôme Leroy).

    «Il sent le vieux gant»

    Pussey est un homme de goût. Comment ne pas l’être quand on a l’élégance et la culture de qualifier de sotie le genre de son opus. Qui sait encore ce qu’est la sotie? Peu usitée, elle n’est autre qu’une farce satirique, fort prisée au XVe siècle. Le regretté Jean-Jacques Brochier, rédacteur en chef du Magazine littéraire, avait utilisé ce genre pour l’un de ses ouvrages. Fallet, Cérésa, Leroy, Brochier, nous voici donc en bonne compagnie. Nous le sommes également dans le livre de Gérard Pussey qui nous narre par le menu les aventures de Georges Mandard, fils d’Antoinette et Prosper Mandard, charcutiers à Melun-lès-Melons, d’Aglaé Mandard, leur fille, d’Armand, second mari d’Aglaé, de Petit-Bobo, fils d’Armand et d’Aglaé, donc neveu de Georges, de Micheline Rodureau, vendeuse en charcuterie. On y croise également Jean-Paul Sartre, en «philosophe dépressif», Simone de Beauvoir, en «écrivaine féministe», Guillaume Apollinaire, Arthur Rimbaud, etc.

    Comme il est indiqué dans le prière d’insérer, Pussey utilise les ressorts narratifs propres aux récits de jeunesse pour traiter d’un thème grave: le refus de la passation de pouvoir et de l’héritage. Pour ce faire, il se goinfre de toutes les libertés, joue avec le temps, avec la chronologie, flirte avec l’absurde.

    L’histoire? Prospère et Antoinette Mandard se désolent car leur fils Georges ne veut absolument pas reprendre la charcuterie paternelle. Leur progéniture est un poète, un dandy; il méprise la viande, l’andouille, le saucisson. Il tente de fuir sa destinée toute tracée au sang du boudin noir. Il envisage même de se faire adopter par des parents écrivains. Il s’en ouvre au directeur de l’orphelinat. Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir se présentent. Il plaît à Sartre qui, de joie, allume une Boyard. Simone grimace. «Je n’en veux pas, il sent le vieux gant», crie-t-elle.

    Voici un exemple des saynètes hilarantes qui tapissent ce livre croustillant, gouleyant, savoureux, superbement illustré par Philippe Dumas (qui a écrit et illustré de nombreux livres et qui a reçu le Grand Prix de Littérature de la Ville de Paris). Jetez-vous sur l’objet, vous ne le regretterez pas!

    PHILIPPE LACOCHE

    «

    Gérard Pussey est notamment l'auteur de "L'Homme d'intérieur", Prix Roger-Nimier.

    », Gérard Pussey, dessins

    de Philippe Dumas. Le Castor astral. 128 p.; 15 euros.

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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