Gilles Perret et son film « La Sociale » au ciné Saint-Leu

    Le cinéaste et documentariste a présenté ce film essentiel sur l’histoire de notre belle institution, tant malmenée, ces derniers temps, par les options libérales de la droite et des gauche.

    Il y a 70 ans, les ordonnances promulguant les champs d’application de la Sécurité sociale étaient votées par le Gouvernement provisoire de la République. Un vieux rêve séculaire émanant des peuples à vouloir vivre sans l’angoisse du lendemain voyait enfin le jour. Le principal bâtisseur de cet édifice des plus humanistes qui soit se nommait Ambroise Croizat. Qui le connait aujourd’hui? Selon Gilles Perret, « soixante-dix ans plus tard, il est temps de raconter cette belle histoire de «  la sécu ». D’où elle vient, comment elle a pu devenir possible, quels sont ses principes de base, qui en sont ses bâtisseurs et qu’est-elle devenue au fil des décennies ? » Au final, se dresseront en parallèle le portrait d’un homme, l’histoire d’une longue lutte vers la dignité et le portrait d’une institution incarnée par ses acteurs du quotidien. Le réalisateur Gilles Perret répond à nos questions.

    Votre film, La Sociale, est sorti le 9 novembre dernier. Il recueille un excellent accueil tant auprès de la critique que du public. Comment expliquez-vous cela ?

    C’est un film qui est assez humain, touchant, émouvant. De plus, l’histoire de la Sécurité sociale est fort méconnue ; la Sécu n’est pas arrivée là par hasard. Il a fallu se battre pour l’installer car tout le monde était contre. Donc, les gens ont envie de se replonger dans cette histoire-là mais avec une forme cinématographique. Résultat : le bouche à oreille marche bien ; il y a ainsi du monde dans les salles. La Sécurité sociale nous concerne tous, de la naissance à la mort. La santé pour tous, la famille, la retraite jusqu’à la fin de notre vie… Il est donc normal que les gens s’intéressent à cette histoire. C’est dommage qu’elle ne soit pas enseignée dans les écoles.

    Votre film est un vrai documentaire. Comment l’avez-vous conçu ? De quoi est-il composé ?

    C’est un mélange de témoignages humains et de documents d’archives. Interviennent également des sociologues, des historiens, des spécialistes de la question. Ce n’est pas seulement un film d’histoire ; il met également en perspective cette histoire-là par rapport à ce qu’on vit aujourd’hui ; à ce que représente aujourd’hui la Sécurité sociale dans notre société.

    Vous rendez hommage à cette magnifique personnalité qu’était Ambroise Croizat, l’un des fondateurs de la Sécurité sociale et du système des retraites en France, secrétaire général de la Fédération des travailleurs de la métallurgie CGT, ministre du Travail et de la Sécurité sociale de 1945 à 1947, militant communiste.

    C’était l’occasion dans ce film de réhabilité ce personnage qu’était Ambroise Croizat, sachant qu’il a été injustement rayé de l’histoire. Car c’est bien sous la pression des mouvements de gauche, communiste socialiste et de la CGT que le général de Gaulle a dû céder et accepter la création de la Sécurité sociale. C’est une belle histoire de lutte, de combats, une belle histoire humaine. Mon but était donc d’en faire un film de façon à ce que le public soit touché par les acteurs de cette histoire, par les gens de cette époque.

    L’avènement de François Fillon et la politique menée par la fausse gauche (Hollande-Valls), sociale-démocrate qui promeut une politique libérale, ne favorisent-ils pas le succès de votre film ?

    Si, je pense que la plupart des gens ont compris que la Sécurité sociale rendait service tout au long de notre vie et qu’elle été sacrément efficace. La déclaration de François Fillon a effectivement bousculé les esprits ; ça a questionné et ça a incité les gens venir voir ce film. Si l’on parle de la médecine de ville, cinquante pour cent du budget de la santé serait confié aux complémentaires santé. Sachant que la complémentaire santé – les mutuelles – ça coûte beaucoup plus cher en frais de fonctionnement. Et c’est beaucoup plus inégalitaire. Car on en matière de mutuelles, on se paie ce qu’on est capable de se payer. Alors que pour la Sécu, on cotise en proportion de notre salaire. Ca veut qu’avec la décision de François Fillon, on va engendrer plus de pauvreté. Les gens auront encore plus de mal à avoir accès aux soins. Il y aura donc diminution de l’espérance de vie chez les plus pauvres.

    Comment analysez-vous l’action du gouvernement Hollande-Valls sur la Sécurité sociale ? Quelle est votre analyse ?

    Une vraie politique ambitieuse en matière de santé, eût été de confier plus de prérogatives à la Sécurité sociale car ça coûte moins cher, c’est plus efficace et c’est plus égalitaire. Alors que les gouvernements de gauche comme de droite n’ont fait que diminuer les remboursements; ils ont fait en sorte de faire de cette Sécu, une grosse machine administrative qu’il fallait rentabiliser. On a complètement oublié la dimension politique et ça on peut leur reprocher.  Pourtant les questions de santé et de retraites devaient être des questions prioritaires.

    Ne pensez-vous pas que la gauche avait tout de même les leviers et les outils pour agir en ce sens ?

    Si, lorsque la gauche est arrivée au pouvoir, elle avait tout en main pour redonner de la force à la Sécurité sociale.

    Et ils ne l’ont pas fait.

    Non. Et ce n’est pas le seul domaine dans lequel ils n’ont rien fait. Le problème des socialistes, c’est qu’ils veulent montrer qu’eux aussi, sont de bons gestionnaires. Ils veulent être plus royalistes que le roi ; ils appliquent docilement les directives européennes là et des critères de gestion là où on pourrait appliquer d’autres critères qui, même sur le plan gestionnaire, seraient beaucoup plus efficaces.

    D’où les sentiments de presque amour de Pierre Gattaz à l’endroit de cette gauche-là.

    Bien sûr. Cette gauche n’a fait que des cadeaux au patronat (CICE); elle a allégé les charges. Ce sera autant qui ne sera pas reversé aux salariés.

    Irez-vous voter aux primaires de la Gauche et qui soutiendrez-vous ?

    Non, je en crois pas que j’irai voter aux primaires de la Gauche.  D’autant qu’ils vont se battre jusque début février. Pour l’instant, je n’ai pas pris de décision. Que de temps perdu et de perte d’énergie pendant que les autres sont déjà en action !… Ca va se terminer en pugilat du Parti

    Gilles Perret est realisateur et documentariste engagé.

    socialiste ; il ne faudra pas compter sur moi pour ça…

    Et aux présidentielles, savez-vous pour qui vous aller voter ?

    Non, pas encore. C’est assez compliqué. On verra.

    N’avez-vous pas l’impression que les politiques – quels qu’ils soient – de l’Etablisment, ne veulent plus d’état ? Ou en tout cas, beaucoup moins d’état ?

    Oui, exactement ; ils sont les fruits de trente année de politique néo-libérale. Ils ont oublié l’action publique, le bien commun ; du coup, les pontes du Parti socialiste sont complètement dans cette logique-là. Ce qui m’affole toujours de voir que les faibles sont de plus affaiblis ; or, normalement, l’état est là pour les protéger.

    Propos recueillis par

                                                  PHILIPPE LACOCHE

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