Grande(s) Histoire(s)

    Ils ont fait l’Histoire: Vercingétorix, Eric Adam, Didier Convard (scénario), Fred Vignaux (dessin), Stéphane Bourdin (supervision historique). Editions Glénat / Fayard, 56 pages, 14,50 euros.
    Ils ont fait l’Histoire : Philippe Le Bel, Mathieu Gabella (scénario), Christophe Regnault (dessin), Etienne Anheim, Valérie Theis (supervision historique), 56 pages, 14,50 euros.

    L’Ecole des Annales et ses études sur la “longue période”, privilégiant les évolutions de fond de la société à l’académisme de l’Histoire institutionnelle des “grands hommes” n’est pas à l’ordre du jour ici. Cette nouvelle collection lancée par Glénat avec Fayard s’inscrirait plus dans la vision de la célèbre “Histoire de France en bande dessinée” lancée par les Editions Larousse dans les années 70 (et ré-éditée par le journal Le Monde en 2008). Mais ici, l’ambition ne s’arrête pas aux frontières de l’Hexagone, même si les deux premiers albums (voire les 4 premiers) sont consacrés à des figures françaises (ou assimilées à l’Histoire de France).

    C’est donc ici, avant tout, une galerie de portraits de “grands personnages ayant marqué l”Histoire” que proposent les deux éditeurs. Même si ce prisme individuel vise à permettre de “saisir une époque“. Pour appuyer le sérieux historiographique de l’entreprise (à la différence des images d’Epinal qui, souvent, parsemaient l’Histoire de France en BD), ils se sont adjoint la caution d’historiens spécialistes de la période.

    Pas révolutionnaire, mais très classique, voire néo-classique, donc. Avec ses limites, ce retour à une histoire “biographique des grands hommes”, sans doute dans l’air du temps, peut déboucher sur des bonheurs divers. Démonstration avec les deux premiers tomes, sortis en parallèle ce mois-ci.

    Pour Vercingétorix, Adam et Convard, après un prologue fictionnel, suivent une ligne classiquement chronologique et claire, repassant les grands moments de la vie du chef arverne: le désir de vengeance après la mort sur le bûcher de son terre, ses tentatives d’union des différentes tribus gauloises, Gergovie, Alésia, la mort à Rome… Le dessin réaliste de Fred Vignaux mettant en scène tout ça avec dynamisme et donnant à l’album un petit côté péplum pas désagréable.

    En charge d’adapter la vie de Philippe Le Bel, Gabella et Regnault avaient la tâche plus difficile. L’histoire de ce monarque féodal, “roi maudit”, resté dans l’histoire surtout pour sa guerre – instrumentalisée – contre les Templiers, n’a pas le panache et l’ampleur de la saga du chef gaulois. Nettement plus géopolitique et porté sur les intrigues de palais, ce second album s’avère, assez logiquement, plus bavard et statique. Le dessin de Regnault, plus rond et moins “classiquement” réaliste étant aussi, pour cet exercice, un handicap supplémentaire. Plus que le combat contre les Templiers – quasi zappé ici – les auteurs développent plus le conflit entre Philippe Le Bel et le pape Boniface VIII, la guerre contre les cités flamandes ou les constantes manipulations monétaires de la couronne, jusqu’à la mort du souverain, dans une forêt près de Pont-Sainte-Maxence, dans l’Oise !

    Bonus intéressant, chaque album se termine par un dossier historique qui contextualise l’histoire évoquée dans les planches précédentes et par un “making-of”, original, où les auteurs évoquent leur démarche.

    Bref, à défaut d’en renouveler l’approche historique, ces albums bien édités, peuvent séduire un public intéressé par la vulgarisation historique.

    Les deux prochains tomes, annoncés pour le mois de juin, porteront sur Jaurès et Charlemagne. Devraient suivre Napoléon, Soliman le magnifique, Saint-Louis, Churchill…

     

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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