Guillaume Canet : « Lamare, un tueur non assoiffé de sang »

           

    Guillaume Canet interprète avec beaucoup de justesse le gendarme Lamare.
    Guillaume Canet interprète avec beaucoup de justesse le gendarme Lamare.

        Guillaume Canet est parfait dans le rôle du gendarme Lamare. C’en est impressionnant de justesse. Il nous explique comment il a travaillé.

    Vous incarnez le gendarme Lamare de façon magistrale. On ne serait pas étonné que ce rôle vous rapporte un César. Qu’en pensez-vous ?

    Guillaume Canet : Je ne sais pas. Je ne joue pas pour avoir un César. C’est Cédric Anger qui a écrit le scénario. L’économie dans les mots, c’est toujours intéressant pour un acteur. Ca permet d’exprimer plus de choses qu’on ne dit pas mais qu’on joue. C’est un personnage double, très intéressant ; il est à la fois extrêmement sincère en tant que gendarme, extrêmement honnête dans sa démarche de vouloir arrêter ce tueur. (Il a toujours été décrit ainsi par tous ses collègues, quelqu’un de très déterminé, un très bon gendarme). Mais il était quelqu’un de totalement perdu dans sa vie civile.  Quand il se regarde dans sa glace en uniforme, il a un port de tête, un maintien très fier, très confiant. J’ai beaucoup observé de militaires, de gendarmes ; ils ont tous une manière de se tenir, de s’exprimer… une froideur, une rigidité et un côté sec. C’est pour ça que j’ai voulu maigrir ; j’ai perdu six kilos. Quand il est en gendarme, il a ce côté fermé. Pour moi, c’est un rôle très intéressant. Ce qui me fascinait dans le personnage, c’est qu’il est un tueur non assoiffé de sang.  C’est un tueur qui a peur de passer à l’acte.  Il est totalement en panique ; il prévient la victime qu’il va lui faire du mal. Il a raté beaucoup de ses meurtres en blessant (alors qu’il était un très bon tireur), mais il était tellement paniqué, dégoûté par l’acte. Ce qu’il en ressort c’est qu’on a presque une certaine empathie pour le personnage.  Ce qui est étrange. Et je dis ça avec beaucoup de respect pour les familles des victimes.  Ca rend forcément le personnage intéressant.

    Avez-vous rencontré Ivan Stefanovitch ?

    Non, je ne l’ai pas rencontré mais son bouquin a été une vraie source d’informations. Il a pu passer du temps avec Alain Lamare ; il a donné des descriptions qui ont nourri mon personnage, sur son attitude, sa façon de s’exprimer, ses goûts culinaires, etc.  Savoir, par exemple, que cet homme, tous les midis mangeait la même chose, le même menu… ça raconte aussi quelque chose de lui…  Il mangeait tous les jours, au même endroit, la même chose…  Le même dessert, des espèces de glaces… Cette affaire provoqua une grande dépression dans toute la gendarmerie. Quand on voit l’émotion de son supérieur gendarme… On le voit dans l’émission Faites entrer l’accusé… Passer un an et demi avec quelqu’un et se rendre compte que le coupable, c’est lui, qu’il a berné tout le monde, c’est assez déconcertant.

    Qu’est-ce qui a fait que vous vous êtes à ce point approprié le personnage de Lamare ?

    Ca a été le bouquin, le scénario, toutes les recherches de Cédric Anger, des informations qu’il a pu me donner. Mon observation de la population militaire aussi. Ce qui m’intéressait c’était de ne pas jouer le fou mais de jouer plutôt la situation. Le fait de le voir sincère, en gendarme, et la scène d’après le voir en civil dans un bar, en train de casser des œufs durs et se comporter comme il se comporte, les deux situations donnent des indications sur le trajet psychologique du type. Je n’avais pas envie de faire démonstration psychologique mais plutôt de jouer sincèrement la situation. Quand on voit quelqu’un jouer un truc de façon totalement réelle, et tout un coup, faire un truc totalement autre, on dit que la personne est totalement tarée.  Le scénario était très bien écrit et décrivait cette descente aux enfers.  Son contact avec sa femme de ménage, et sa séparation avec elle, le fait qu’elle ne vienne plus, qu’il y ait des répercussions sur l’état de l’intérieur de son appartement,  fait qu’on perçoit bien cette déchéance, cette descente aux enfers, cette panique qui l’envahit. Quand il rentre du bois gay, quand il voit tous ces homosexuels dans la nuit et qu’il rentre chez lui, il suffoque car il a en lui cette attraction et cette répulsion.  Il ne sait plus où il en est ; il est complètement perdu. Il avait ce penchant homosexuel qu’il n’assumait absolument pas.  Et pour les femmes aussi. La différence entre le fantasme qu’il peut éprouver face à ce poster qu’il a chez lui, et lui symbolise la femme parfaite et tout d’un coup, quand celle qui est devenue sa maîtresse, laisse des cheveux dans le peigne et qu’elle est là allongée à ses côtés, et qu’une mouche se pose sur elle, tout d’un coup, la prise de conscience devient réelle. (…) Quand on joue un tel rôle, on se demande comment on peut en arriver là. C’est ça qui est intéressant ; je vois toujours le travail d’acteur comme le travail d’anthropologue. C’est ça qui est excitant : jouer des personnages différents, des vies différentes. La vie d’un acteur s’enrichit grâce à tout cela.  C’est une grande chance. Ca fragilise aussi car on se perd également.  A force de jouer de nombreuses identités, on finit par en perdre la sienne.  Ce fut assez difficile pour moi de sortir de ce personnage de Lamare car Cédric a tellement réussi à créer un univers très fort, tant dans les décors que dans la lumière… J’arrivais sur le plateau, à chaque scène, il y avait à nouveau cette ambiance, ce truc, un peu à la Fincher. C’était bien car je sentais qu’on faisait un beau film, un film fort.  C’est perturbant car, quand ça s’est arrêté, le personnage m’a manqué. L’univers, l’atmosphère…

    Le fait que Cédric Anger eût appelé Franck Neuhart le personnage de Lamare, Neuhart, nom d’un personnage d’un roman d’Emmanuel Bove, ce n’est pas innocent non plus. Vous étiez au courant de ce détail bovien ?

    Oui, on en avait parlé avec Cédric.  C’est un film qui peut faire penser à une Série noire. Je sais que la scène qui me conduit dans la grande maison, avant de rencontrer la mère du personnage incarné par Ana Girardot, je pense toujours à un roman de Série noire.  Un escalier en bois, les lambris en bois… Tout un univers.

                                                              Propos recueillis par Philippe Lacoche

     

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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