Jean-Claude Mezières raconte la genèse de Valérian

    Venu pour l’inauguration de l’exposition qui est consacrée à son travail, à la bibliothèque Louis-Aragon d’Amiens, Jean-Claude Mezières sera aux Rendez-vous de la bande dessinée d’Amiens ce samedi. En attendant, il est revenu pour nous sur la naissance de son personnage fétiche, dans le cahier spécial du Courrier picard paru ce jour sur le festival d’Amiens.

    Valérian et Laureline, les merveilleux agents spatio-temporels de Mezières et Christin ont atterri à la bibliothèque Aragon depuis fin mai (et y resteront basés jusqu’à la mi-août). Leur « papa » dessinateur, lui, sera aussi là ce samedi. Comme il était venu lors de l’inauguration, le 27 mai. Date à laquelle il avait bien voulu nous consacrer quelques instants. Histoire de revenir sur les débuts d’une des plus fabuleuses sagas de la SF française.

    Jean-Claude Mezières, Valérian est apparu en 1967, comment est-il né?
    Christin et moi étions des amis d’enfance. J’avais toujours pratiqué la bande dessinée, mais avec beaucoup de doutes. J’étais aussi copain avec Jean Giraud – Moebius. Forcément, c’était très dur pour moi! Après avoir beaucoup tergiversé, avoir travaillé dans la pub, dans l’illustration, avoir été cow-boy aux États-Unis, je suis allé voir Christin. Lui avait une approche très journalistique, mais il me laissait très libre sur ma manière de dessiner. Il me donnait des ambiances et la psychologie des personnages. Et ça, c’était très important, car cela a nourri dès le début nos personnages – dont on ne savait bien sûr pas qu’on allait faire pendant 45 ans les aventures!

     C’était assez original pour l’époque…
    Oui, c’était de la science-fiction, et il n’y en avait pas dans Pilote. Il n’y en avait d’ailleurs nulle part en France! Il y avait eu un peu avant Barbarella, mais elle n’était pas du tout connue.

    ” Ce qui compte

    c’est d’imaginer “

    Vous aviez dès le début une idée de cet univers ?
    Non, pas du tout ! Ce qui compte, c’est d’imaginer. Notre personnage de Valérian, on ne savait pas ce qu’il serait, mais on savait ce qu’il ne serait pas: pas un flic, ni un militaire, ni un gangster, ni un héros, mais un témoin. Au-delà, on ne savait pas du tout où on allait. Mais on a eu des encouragements après parution des premiers épisodes. Et puis il y avait une nana, qui était jolie en plus. Et il n’y en avait pas d’autres à l’époque! Laureline, au début n’était qu’un personnage secondaire. Ce n’est qu’à la fin du premier épisode qu’on a décidé, avec raison je trouve, de la garder !

    Graphiquement, vous êtes vous inspiré d’un modèle pour dessiner vos héros, d’un acteur, d‘une connaissance ?
    Vu la tête que je fais à Valérian, il vaut mieux que je ne dise pas qui a pu me l’inspirer! Sérieusement, si je fais de la science-fiction, c’est parce que je suis incapable de recopier des photos, de m’inspirer de la réalité. Giraud avait fait Blueberry d’après Belmondo. Mais Valérian, lui, ressemble à n’importe quoi. Et en plus, il change d’allure d’une case à l’autre ! Laureline, j’ai trouvé plus facilement les proportions – ultra-mince, un côté charmant, une chevelure très expressive et sensuelle…

    Après la première histoire, la saga décolle vite…
    La série paraissait toutes les semaines dans Pilote. Et donc, à la fin des Mauvais rêves. On s’est dit qu’il allait falloir refaire une histoire! Ce fut La Cité des eaux mouvantes. L’idée n’était pas mauvaise, avec New York sous les eaux.

    Cela change en effet tout de suite de dimension.
    Il y avait l’envie d’aller plus loin. Mais le vrai décollage, c‘est l’Empire des mille planètes. Avec le décollage dans l’espace, etc. et avec encore toute la maladresse qu’il y a dans le dessin et dans le texte. Là, on est dans l’idée de nos héros qui ne vont pas sauver la civilisation, mais qui sont là. Et nous on les suit… C’est comme quand on achète une paire de chaussures et qu’on se dit: « ah, je suis bien là-dedans ! »

     

     

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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