Jean-Claude Michaux, mi-bête, jamais tiède

    Jean-Claude Michaux propose «Alphabêtes», des poèmes consacrés aux animaux. C’est succulent!

    On connaissait Henri; il est nécessaire de connaître Jean-Claude. Cela relèverait presque de l’utilité publique. Ancien enseignant, comédien, et surtout heureux retraité lettré sensible et fraternel, J

    Jean-Claude Michaux.
    Jean-Claude Michaux.

    ean-Claude Michaux avait publié, il y a peu, un premier court recueil de brefs poèmes, Courir le coquillage, prometteur, frais et audacieux. Le voilà qui récidive avec autant de bonheur en nous donnant à lire Alphabêtes, une vingtaine de poèmes où il décrit et «portraitise» avec une pétillante subjectivité nos amis les animaux. Dans le bestiaire de Jean-Claude Michaux – l’arche de Liomer, comme d’autres bretteurs, moins pacifistes, créèrent la botte de Nevers –: l’araignée, le boa, le caïman, le chat, le chien, l’escargot, la fourmi, le gnou, la grenouille, le hibou, le coucou, le kangourou, le koala, le loup, le moustique, l’ours, les oies, le poisson rouge, la poule, les poux, les puces, la souris, la vache, le taureau le yack-zébu. Ne cherchez pas là d’absconses et rêches recherches qui vont à la pêche à la nouveauté comme d’autres vous cherchent des poux dans la tête. Michaux a l’élégance de faire simple, juste et bon; jamais il n’assomme, jamais il ne prend de haut, jamais il ne professe ou intellectualise. Ce garçon-là a le verbe gai; l’intelligence à portée de verres. On est chez Prévert, chez Cendrars, chez Desnos. Pas chez les professeurs du «isme» qui se poussent du col dans les chapelles austères des savantes universités. Jean-Claude Michaux appelle un chat un chat, un gnou un gnou, fut-il bi comme soixante-neuf cornemuses bretonnes. On s’amuse souvent; on rit beaucoup. On savoure ces mots légers comme des bulles, comme les gaz tourbeux de tanches romantiques. Il n’oublie pas l’émotion. Exemple quand il confie à propos du chat: «Il cultiva la paresse rêveuse et le ronron quelque peu distant. L’an dernier, un peu avant Pâques, il s’allongea pour la sieste sur un massif de fleurs et ne réveilla pas.» Rires encore, du boa: «Il m’invite parfois à partager cette rencontre, à entrer en contact comme il dit. Jamais, j’ai bien trop peur! Avec les serpents je manque de sang-froid.» Ou à propos du caïman: «Comme s’ils pressentaient aussi leur destin: finir sac au bras d’une vieille élégante!». Et au sujet du taureau: «Dans une arène/ Madrilène/ Les cris font relâche/ Qui oserait sombre bravache/ Souhaiter encore/ La mort aux vaches.» Réveillez la bête qui est en vous; lisez Jean-Claude Michaux!

    PHILIPPE LACOCHE

    Alphabêtes, Jean-Claude Michaux; La Vague verte; 47 p.

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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