Jean-Louis Crimon a 42 ans de retard

           

    Jean-Louis Crimon, écrivain, journaliste. Ici, sur le fauteuil rouge dans l'entrée du Courrier picard.
    Jean-Louis Crimon, écrivain, journaliste. Ici, sur le fauteuil rouge dans l’entrée du Courrier picard.

    Jean-Louis Crimon, écrivain et ancien journaliste à France Culture, est venu me dire bonjour au journal. Nous nous sommes assis, non loin de l’accueil, sur les deux fauteuils en plastique rouge. Il regardait autour de lui ; il devait se dire qu’il avait changé, ce journal où il fit ses débuts de journaliste au cœur des seventies, égayant les colonnes de sa prose curieuse, littéraire, poétique, de ses enquêtes singulières. Quel âge avait-il le Jean-Louis, à l’époque ? Jeune. Nous l’étions tous, jeunes. Les cheveux longs. C’était avant que le rouleau compresseur du capitalisme n’écrase les idéaux. Il fallait changer le monde. C’est le monde qui nous a changés. Mes cheveux, à moi, se font rares. Il me reste la littérature dont je me goinfre en écoutant pousser ma barbe. Il m’en a appris une bonne, Jean-Louis. Il vient de s’inscrire en master de philosophie afin de rendre son mémoire sur la philosophie et la photographie, ce qu’il aurait dû faire il y a quarante-deux ans. « Je le soutiendrai en juin 2016 », explique-t-il, joyeux. Il a promis de m’inviter. J’irais l’encourager avec une banderole sur laquelle j’écrirai « Crimon avant-centre » ; une façon de rendre hommage à son très beau roman Verlaine avant-centre publié en 2001 au Castor astral. Hervé Jovelin, lui, c’est chez Ravet-Anceau qu’il a publié son dernier polar, Amiens, une nuit. Il nous convie à suivre les pérégrinations de son personnage fétiche, Matéo Ambiani, dit le Colibri. Il signait récemment son roman à la librairie du Labyrinthe, dans le quartier Saint-Leu, à Amiens. Je m’y suis rendu par une espèce de petite soirée toute imbibée d’une lumière qui, déjà, sentait l’automne à plein nez. Il y avait un peu de monde, deux cubitainers de vin (rouge et blanc), du Coca-Cola. Philippe Leleu, le libraire, avait dressé une table dans la rue du Dom. J’ai parlé avec le photographe Sylvain Bouture qui vient de sortir un beau livre sur 14-18 aux éditions du Labyrinthe, préfacé par Philippe. Qu’ai-je fait, ensuite ? Je suis certainement retourné au journal, me suis mis devant mon ordinateur pour terminer des travaux de mise en page, comme l’avaient fait avant moi, les illustres anciens que Jean-Louis Crimon, jeune journaliste aux cheveux longs, a dû croiser, un jour, une nuit. Des jours, des nuits. Il y avait encore des odeurs de plomb à l’imprimerie. Les journalistes et les ouvriers du livre se retrouvaient dans un bistrot qui se trouvait à l’angle de la rue de la République et de la rue Alphonse-Paillat. Il n’y avait pas encore d’ordinateur ni de téléphone portable. Et moi, que faisais-je en 1973, quand Jean-Louis oubliait de rendre son mémoire ? J’avais les cheveux longs et bouclés, une manière de Louis XIV ternois, un peu ridicule. (J’ai toujours la photo sur mon permis de conduire ; je la montre à mes copines quand je veux les faire rire.) Ce jour-là, à Saint-Leu, le soir sentait déjà l’automne. Il ne me restait plus qu’à écouter pousser ma barbe.

                                                            Dimanche 13 septembre 2015.

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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