Procès Mavré pour assassinat et tentative d’assassinat

    4 janvier

    Jean-Luc Mavré nie l’intention homicide

    Jean-Luc Mavré a tué sa femme Suzanne d’un coup de fusil et tiré sur quatre policiers le 8 juillet 2015. «C’était pas volontaire», a-t-il déclaré au premier jour de son procès.

    Quand la présidente Karas demande à Jean-Luc Mavré, 48ans, s’il reconnaît les faits qui lui sont reprochés, hier matin, il n’hésite pas: «Non. Volontairement, non. C’était pas volontaire, c’était un coup de folie.» La présidente insiste: «Vous avez tiré dans le ventre, c’est une zone vitale?» Le chasseur aguerri rétorque: «D’accord, j’ai tiré dans le ventre, mais je n’ai pas visé.» Et sur les policiers, par la fenêtre, après avoir rechargé le semi-automatique Baikal? «J’étais dans un état second. Et puis je n’ai pas visé la tête, mais vaguement dans leur direction.» Ce mardi viendra le temps de l’examen des faits, du témoignage des policiers et de l’audition de l’appel au 17 de Suzanne, depuis sa maison du 8, rue Derain (Vallée Saint-Ladre).

    Jean-Luc Mavré

    Deux destins marinés dans l’alcool

    Car la veille, la cour s’est longuement penchée sur la personnalité de l’accusé et de sa victime: deux destins marinés dans l’alcool qui se sont croisés en 2002, lors d’une cure de désintoxication, dans un établissement de Rouen.

    Mavré est un enfant de l’Oise, élevé d’abord à Gouvieux, ensuite à Villers-sous-Saint-Leu, près de Chantilly. Son père est alcoolique et n’a de cesse de le rabaisser. Son seul confident est son oncle maternel, qui se suicide alors que le neveu n’a que 15 ans.

    Un an plus tard, Jean-Luc Mavré date précisément sa «première cuite: le 30 juin 1984. Depuis, j’ai toujours été alcoolique.» Et violent, ajoutera-t-on, comme l’a démontré l’audition de sa première femme, encore terrorisée à la barre, au point de refuser de donner son adresse, «parce qu’il sortira bien un jour».

    Suivront des années d’errance, sans jamais voir ni assister son seul enfant, qu’il a croisé hier en salle d’audience pour la première fois depuis 22 ans.

    «Il en a fait, des cures et des cures…» soupire la mère de Jean-Luc, qui se souvient qu’en «septembre 2014, ils s’étaient séparés. J’avais même aidé Jean-Luc à prendre un studio à Boves. Mais elle l’a rappelé et en avril 2015, il est retourné chez elle. Je lui avais dit que c’était une mauvaise idée.»

    Les trois mois jusqu’au bain de sang tiendront de l’«escalade de la violence», selon la psychiatre, qui décrit une «relation d’emprise: ni avec toi, ni sans toi». Car il est indéniable que Suzanne buvait aussi massivement, et qu’elle était capable de reprendre Jean-Luc, même après une sortie de détention pour violences conjugales.

    Au psychologue, il a confié: «On ne faisait plus l’amour depuis un an. Je commençais à la détester. Elle avait pris 20 kilos, elle ne se maquillait plus, elle ne s’habillait plus…» Et l’expert de conclure: «C’est comme s’il avait transféré sa mauvaise image de lui-même sur sa femme». L’avocat général Tailhardat sursaute: «Donc, en tirant sur elle, il se tirait sur lui-même?» Le psychologue recule: «Non, je n’irais pas jusque-là. Surtout pas

    5 janvier

    Mavré face à ses incohérences

    L’arme du crime

    La cour a vécu un moment émouvant, mercredi 4 janvier à midi, quand elle a écouté dans un silence religieux l’appel au secours de Suzanne Mavré à police secours, le 8 juillet 2015 à 20h21. « Fais pas ça, Jean-Luc », l’entend-on implorer alors qu’une musique d’attente guillerette contraste cruellement avec le drame qui se noue. La voix d’un homme énervé lui répond: « Tu l’as voulue ta merde, tu l’as voulue, tu m’as fait chier toute la journée». Elle répète en boucle: « Fais pas ça ». Il menace: «Je vais faire comme Coulibaly. Tu vas voir ta gueule, tu l’as voulu».

    « Coulibaly, j’ai dit ça comme ça », commente Jean-Luc Mavré depuis le box où il répond de l’assassinat de Suzanne, d’un coup de fusil impitoyable à 60 centimètres de distance, et d’une tentative d’assassinat sur quatre policiers.

    Ce dialogue ne colle pas avec la version, développée par l’accusé depuis mardi, d’une femme agressive qui aurait poussé à bout son mari. L’avocat général Dominique Tailhardat l’interroge: « On sent bien qu’elle est terrorisée, n’est-ce pas ?» Mavré objecte: « Oui, mais on s’était disputés avant, entre 18 et 20 heures ». M. Tailhardat bondit: « Comment vous en souvenez-vous; vous nous avez dit hier que vous ne vous souveniez de rien, que vous aviez un trou noir !» Mavré bredouille: « Euh, c’est ce que je devine…»

    51 ecchymoses sur le corps de la quinquagénaire

    La maison du crime, rue Derain à Amiens.

    Me Diboundje, partie civile, met les pieds dans le plat: « Entre 14 et 18 heures, alors, comment vous a-t-elle fait chier, selon vos mots ?» L’accusé de 48 ans baisse la tête: « Je ne sais pas, j’ai dit ça comme ça… »

    Il est plus virulent quand il s’agit, en une défense suicidaire qui ne facilite pas la lourde tâche de Me Claire Gricourt, de mettre quasiment sur le compte de la victime la responsabilité du carnage. « Quand on l’a interpellé, il a dit ‘Elle l’a bien mérité, elle m’a traité de pédé’ », se souvient un policier». Ce mercredi encore, il nie toute violence avant le coup de feu, quand bien même le médecin légiste liste 51 ecchymoses sur le corps de la quinquagénaire: «Je ne l’avais pas frappée, elle était tombée dans l’escalier quinze jours plus tôt. Elle avait des bleus et elle a voulu me faire porter le chapeau. Moi, je n’avais rien fait. Pourquoi qu’elle a appelé la police? »

    « Et vous ne pouviez pas sortir plutôt que de prendre votre fusil », intervient Me Bibard. Mavré ne se démonte pas: « À 8 heures du soir, je ne pouvais pas. En plus, j’étais en chaussons…»

    Sa thèse du «coup de folie» sous l’emprise de l’alcool vacille également quand on découvre qu’en début de garde à vue, il a déclaré n’avoir bu « que de l’eau » avant d’évoquer une consommation de whisky et de bière, une bonne heure plus tard, après s’être entretenu avec son avocat.

    Jeudi 5 janvier, sera notamment auditionné l’expert en balistique, dont le témoignage s’annonce important dès lors que l’accusé nie l’intention homicide. Le verdict est attendu le lendemain vendredi.

    6 janvier

    «Seul Dieu pourra me juger»

    Jean-Luc Mavré a persisté à nier l’intention homicide, hier, mais a néanmoins estimé que son geste méritait «perpète». Le verdict est attendu ce vendredi.

    Me Gricourt.

    Qu’elle semble seule, Me Claire Gricourt, face à six chevronnés avocats de la partie civile et un expérimenté avocat général. À chaque fois que l’un ou l’autre pousse Jean-Luc Mavré dans ses retranchements, les réponses de l’homme accusé de l’assassinat de sa femme et de tentative d’assassinat sur quatre policiers, le 8 juillet 2015, rue Derain à Amiens, brillent par leur flou ou leur maladresse, quand il ne conclut pas de sentences définitives: «Seul Dieu pourra me juger» ou «Je ne me suis pas suicidé avant le procès mais après, qui vivra verra».

    Au point qu’à l’heure de plaider, Me Berriah, avocate de famille endeuillée, se lamente: «Quelle déception! Quel goût d’inachevé! Vos réponses, c’est le strict minimum syndical».

    «C’est un animal et la place d’un animal, c’est en cage»

    «Je ne voulais pas tuer», répète en boucle Jean-Luc Mascré, 48 ans, tout comme il psalmodie que Suzanne – couverte de 51ecchymoses! – n’avait aucune raison d’appeler la police.

    Mais les expertises tiennent du rouleau compresseur. Mercredi, la légiste avait décrit comment la cartouche de 12 avait, à 60 centimètres de distance, selon les termes de Me Berriah, fait dans le ventre de Suzanne «un trou avec de la bouillie dedans»: rate, pancréas, rein, estomac, foie et aorte touchés, elle n’avait aucune chance de survie.

    Hier, le balisticien a renchéri: «Quand on est chasseur (comme Mavré), on ne peut pas ignorer les conséquences. D’ailleurs, avec du 12, on ne tirerait jamais un lapin à un mètre: il n’en resterait que les pattes. Non, on le laisserait s’enfuir».

    Les policiers aussi furent tirés comme des lapins, après qu’ils eurent vu Suzanne s’effondrer, à la fenêtre de son coquet pavillon de la vallée Saint-Ladre. Hier, on a entendu un gaillard de la brigade anticriminalité, 18 ans de service, s’effondrer en larmes, incapable de poursuivre son témoignage tant les images du guet-apens le hantent. Il n’a pas pu reprendre son métier depuis: «Vous êtes en vie mais vous avez tout perdu», glisse la présidente Karas.

    Plus tôt, on avait croisé son collègue, qui porte sous la peau 97 plombs en souvenir du 8 juillet. Il témoigne: «Je peux vous dire que quand il a tiré, il savait très bien ce qu’il faisait».

    Toujours, Mavré, l’homme sans ami que personne n’aimait à part Suzanne, rejette la faute sur l’autre: son père, l’alcool, sa femme, la police… «Si la police n’était pas venue, il ne se serait rien passé», est-il encore capable de se plaindre.

    Me Pascal Bibard, hier soir, a fini par le crucifier: «C’est un animal et la place d’un animal, c’est en cage».

    Oui, Me Gricourt sera bien seule…

    7 janvier

    Vingt-quatre ans pour Jean-Luc Mavré

    L’homme de 48 ans est déclaré coupable d’avoir tué sa femme et tenté de tuer deux policiers.

    Hier après-midi, Jean-Luc Mavré a été reconnu coupable du meurtre de sa femme Suzanne en juillet 2015, rue Derain, dans la vallée Saint-Ladre; coupable également de tentative de meurtre sur les deux policiers qu’il a criblés de plombs alors qu’ils portaient secours à la victime, et de violences volontaires sur leurs deux collègues sortis indemnes de cette intervention. Sa peine de 24 années de réclusion est assortie d’une période de sûreté des deux tiers, soit seize ans. Il ne pourra solliciter une libération conditionnelle qu’en juillet 2031.

    Le matin, l’avocat général Dominique Tailhardat avait requis trente ans, sans soutenir l’accusation de préméditation, qui transforme le meurtre en assassinat. Ce qui ne l’a pas empêché d’apostropher l’accusé, retranché derrière l’excuse de son alcoolisme: «Vous êtes le seul responsable! Dans ma carrière, je n’ai jamais renvoyé l’alcool devant une cour d’assises. Le fait de boire, c’est un acte volontaire!»

    «J’ai vraiment un problème»

    Selon le ministère public, il y a bien eu une «dispute violente» dans le couple le 8 juillet, entre 18 et 20 heures. Suzanne a pu blesser par la parole mais elle a ensuite été frappée par Jean-Luc, car «le cadavre que l’on a autopsié est celui d’une femme battue».

    En face, pour ses premières assises, Me Claire Gricourt a bien défendu ce que l’on nomme pudiquement «un client difficile». Elle n’a pas suivi Mavré dans son absurde entêtement à nier l’intention homicide sur une femme qu’il a abattue à 60 cm de distance. Sans effet de manche (mais sans trembler), elle a surtout donné une autre image de l’accusé, celui qu’elle rencontre en maison d’arrêt: «Pas l’homme sournois et manipulateur qu’on vous a décrit mais plutôt introverti et maladroit».

    Mavré restera un mystère: il a comparu hier matin le crâne rasé. Ses derniers mots, au moins, ont ébauché une autocritique: «Pardon de ma lâcheté et de mon égoïsme. J’ai vraiment un problème. Je m’en suis rendu compte cette nuit».

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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