La mise en abyme balzacienne s’approfondit

    Abymes, tome 2, Valérie Mangin, Loïc Malnati, éditions Dupuis, Coll. Aire libre, 48 pages, 15,50 euros.

    Le premier tome de cette nouvelle trilogie “conceptuelle” pilotée par Valérie Mangin m’avait un peu déçu. Par rapport aux attentes soulevées par le projet et par le potentiel de la scénariste, qui avait habitué à plus de folie et d’ampleur dans ses séries galactico-antiques. Ici, l’histoire se tenait, mais finissait sur une note plutôt banale… Ou semblait le faire. Ce deuxième tome, sorti heureusement très rapidement après son prédécesseur – laissant ainsi encore bien à l’esprit le premier épisode – commence à mieux faire appréhender la structure, effectivement en “abymes” et très imbriquée du récit.

    On retrouve donc la Normandie, Bayeux, et Balzac. Mais cette fois à travers le film “maudit” que tourne Henri-Georges Clouzot (le réalisateur du célèbre Corbeau)… Film imaginaire sur la vie de l’écrivain telle que l’avait décrite Valérie Mangin dans le tome 1 !

    Une nouvelle fois, la folie guette et l’oeuvre du créateur se trouve étrangement piratée. Après le roman vrai de la vie de l’écrivain se dévoilant à son insu dans une gazette, ce sont des séquences qu’il n’a jamais tourné que le cinéaste découvre dans les bobines de rushes de son film… Des scènes qui dévoilent, là encore, sa propre intimité orageuse et dérangeante avec son actrice et compagne, Suzy Delair.

    Une mise à nu perturbante, et d’autant plus qu’en s’approchant de la période contemporaine, l’intrigue met en scène des personnes encore bien connues (Clouzot, donc, mais aussi Bernard Blier), et bien maltraitées ici. Plongé dans l’Histoire (le rapport à la collaboration, le spectre du Dr Petiot), mais à la limite du fantastique, le récit est accentué par le trait aux contours un peu gras et troublés de Loïc Malnati. Les couleurs sombres restituant bien l’ambiance austère et encore bien grise de l’après-guerre.

    Le mécanisme subtil, déjà présent dans le premier tome, s’enrichit donc ici d’un niveau supplémentaire. Et cela fonctionne.

    De quoi en tout cas attendre avec une impatience grandissante l’ultime volet de la série… Toujours à Bayeux, mais mettant cette fois en scène Valérie Mangin elle-même !

    Commentez ou exprimez-vous grâce aux emojis !
    0
    J'AIMEJ'AIME
    0
    J'ADOREJ'ADORE
    0
    HahaHaha
    0
    WOUAHWOUAH
    0
    SUPER !SUPER !
    0
    TRISTETRISTE
    0
    GrrrrGrrrr
    Merci !

    Tags:

    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

    • Voir les commentaires

    Your email address will not be published. Required fields are marked *

    comment *

    • name *

    • email *

    • website *

    Vous aimerez également peut-être

    “Jo” est mort, le festival de la BD d’Amiens en deuil

    C’est avec tristesse et émotion que l’on a appris la nouvelle, en cette fin ...

    Les éditions polystyrène en forme(s)

    Les éditions Polystyrène, une jeune maison d’édition associative, chez qui forme et fond sont ...

    Les éditions de la Gouttière dessinent bien la crise

    La crise, quelle crise ? collectif, éditions de la Gouttière, 64 pages, 12,70 euros. ...

    N. de Stephen King, aussi effrayant en BD

      N., de Stephen King, par Marc Guggenheim au scénario et Alex Maleev au dessin. 112 ...

    Saint-Quentin fait de la prévention aux risques par la BD

    La prévention par la bande dessinée à Saint-Quentin. Saint-Quentin ambitionne d’ouvrir prochainement une “cité ...

    Grand “Reportages”

    Reportages, Joe Sacco, éditions Futuropolis, 200 pages, 25 euros. Grand nom du “bd-journalisme”, qu’il ...