La presse et le Festival d’Angoulême c’est reparti comme en 14

    Le 41e festival international d’Angoulême débute ce jeudi. Avec les habituelles polémiques et un peu moins d’accompagnement dans la presse.

    Le marronnier est un rendez-vous rituel de la presse. S’agissant de la BD, c’est fin janvier que les feuilles tombent, à l’occasion du festival international d’Angoulême. Pour cette 41e édition, c’est encore le cas. Mais avec moins de faste que ces précédentes années, peut-être.

    Traitement divers au quotidien

    Pour les quotidiens, c’est toujours Libération qui se montre le plus riche et fidèle avec le 9e art, sortant sa désormais édition spécial “tout en BD”. Cette année, on peut apprécier, déjà le dessin de Willem en Une, clin d’oeil plus politique au dessin de l’affiche que le président de l’année a dessiné pour le festival. A l’intérieur, notamment, des illustrations grand format de Marcelino Truong sur la guerre en Centrafrique, Nicole Garcia joliment croquée par Berberian pour le portrait de dernière page, deux planches drôles et éclairantes sur le vote de la constitution en Egypte par le dessinateur du cru Mohammed Shennawy et du correspondant de Libé sur place, Marwan Chahine. Très bons dessins, aussi, de Vuillemin (sur le conflit social à la République du Centre), Chloé Cruchaudet (sur l’opéra composé en 1943 dans le camp nazi de Terezin, Catel (pour un article sur les femmes battues), Frederik Peeters (avec Obama en homme-orchestre clownesque) ou Killofer traitant du projet européen de réforme bancaire. Seule petite faute de goût, Jul qui dessine… son propre personnage de Montebourg pour sa série télé (que certains apprécient) “Silex et the city”.
    Et le cahier Livres est totalement consacré à la BD, avec des sujets toujours pointus – mais peut-être un peu plus “grand public” cette année – notamment sur les derniers albums de Blutch, Lisa Mandel, Opus de Satoshi Kon ou Mauvais genre de Chloé Cruchaudet.

    Bel effort aussi dans l’Humanité, qui consacre trois pages à la BD et Angoulême, avec une accroche en Une sur Tardi, mais à l’intérieur un entretien avec Jacques Ferrandez, un sujet sur les Temps mauvais de Carlos Gimenez, évocation de la période de la guerre d’Espagne et aussi Chloé Cruchaudet. Le Grand Prix BD 2014 de l’ACBD – qui a reçu le dit prix ce jeudi – est l’un des auteurs les plus évoqués cette année, tout comme la thématique de la Guerre 14-18. C’est le cas dans la Croix, toujours sobre, mais avec un bel article, bien informé et riche sur “la BD au coeur des tranchées” de Yaël Eckert qui, au-delà de l’incontournable Tardi évoque aussi La Grande guerre de Charlie, La lecture des ruines de David B., Notre Mère la guerre de Kris et interroge le journaliste spécialisé Patrick Gaumer sur les BD que pouvaient lire les poilus à l’époque. Sobre aussi, Le Monde, qui se contente d’une page dans son cahier Livres, mettant en avant les nouveaux livres de Gipi et Blutch (très intéressants, en effet, sur lesquels on reviendra bientôt ici).
    Aujourd’hui en France, fidèle à sa ligne très “grand public”, aborde la question sous l’angle économique du secteur de la BD et de l’élargissement de ses publics (mais annonce la présence de Jack Palmer dans son magazine à paraître ce vendredi). Quant au Figaro, qui avait dégainé en avance sur l’événement samedi, il a fait l’impasse…

    PAs trop de neuf dans les news

    Côté magazines, ça ronronne un peu. Les Inrocks (qui avaient habitué à mieux) se contentent d’une interview de Tardi et Télérama d’un long sujet sur Willem (le président intrônisé l’an passé). L’Express angle sur Mafalda et la “BD (qui) fait son coming out”… largement centré sur Mauvais genre, encore. Et le Nouvel Obs se contente d’interroger quelques écrivains sur leurs goûts en matière de bande dessinée.

    Les magazines spécialisés y mettent le prix

    Plus consistants, logiquement, sont les magazines spécialisés. CaseMate sort son habituel hors série sur Angoulême, avec Tardi en couv’ (toujours agréable, varié et intéressant… mais dont on saisit toujours aussi mal en quoi il se différencie d’un numéro habituel !), dBD profite de l’occasion pour proposer une enquête amusante – et riche d’informations – sur la raison d’être (ou pas justement) des prix de bande dessinée (sans surprise, le plus côté reste le Fauve d’Angoulême, devant le prix de l’ACBD et celui des libraires de Canal BD). Et KaBoom, le bimestriel édité par l’équipe de Chronic’art  (qui a pris 90 centimes d’euros de hausse en un an, soit dit en passant) sort un numéro très calé sur l’actu du festival, mais fouillé, avec un gros dossier sur la guerre et des entretiens ou sujets avec… Tardi et Willem, les deux incontournables de l’année (mais aussi Gus Bofa, Gipi).

    Beau Arts magazine

    Mais l’offre la plus originale et intéressante se trouve dans Arts Magazine, qui sort un hors série sur “Art & BD”, dévoilant entre autre les premières BD… datant du Moyen âge, Picasso, Dali ou Balthus faisant de la bande dessinée, la problématique des expos de planches, etc. Les articles sont, parfois, un brin rébarbatifs et hermétiques, mais l’iconographie est d’une richesse impressionnante, dont notamment les premières BD du peintre Hervé di Rosa ou des variations très amusantes de Jean Ache autour du Petit chaperon dans le style de quelques grands peintres. Et l’éditorial de Vincent Bernière pose bien la question sur la BD et l’art.

    Enfin, signe de l’évolution numérique, c’est sur la toile qu’il fallait aller chercher une initiative conséquente et originale (à défaut d’être, on va le voir, très inédite). Le Huffington post a en effet choisi, lui aussi, d’illustrer son site avec une palette de jeunes auteurs. Effet réussi et dynamique.

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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