Le choc des sentiments invisibles

    Patrouille-invisibles-couvLa patrouille des invisibles, Olivier Supiot. Editions Glénat, 108 p., 24,90 euros.

    Ce centenaire du début de la Grande Guerre s’accompagne, logiquement, d’une relance éditoriale sur ce thème. Un opportunisme qui n’en donne pas moins naissance à de belles oeuvres. Quelques unes ont déjà été évoquées au fil de ces derniers mois, provoquant de belles émotions (entre autre Madame Livingstone, La Bataille d’Arras, Gavrilo Princip ou La Bataille de la Somme de Joe Sacco), d’autres viendront prochainement, comme Le chant du Cygne, Mathurin soldat ou le nouveau tome de la Grande Guerre de Charlie).
    Dans cette profusion, Olivier Supiot trouve sa place, singulière, à travers un récit à la fois tragique et poétique, brossant le portrait de héros ordinaires aux lourds secrets…

    Premier à entrer en scène, Hubert Lessac, bercé par la passion de l’aviation. D’abord observateur, il passe pilote de chasse et devient vite un “as”, exemple pour la Nation. Mais la séparation avec sa fiancée, par la lassitude de l’éloignement, vont le faire songer au suicide, dans un dernier combat aérien mortel. Abattu, grièvement blessé, il est finalement sauvé par une patrouille de poilus, qu’il va progressivement apprendre à connaître. Et le lecteur avec : “Gros Pierrot”, bourru et moustachu, René Grévois, petit et masqué derrière ses lunettes aveugles, ex-bagnard à Cayenne, Souleymane, le tirailleur sénégalais et surtout “Titan”, Titouan Kerzadec, une montagne de muscles, lui aussi extrait du bagne pour rejoindre l’enfer des tranchées. Parfaitement en phase avec ce nouvel univers, il s’est bâti une réputation de “super-soldat” derrière son masque. Mais une nouvelle tragédie va faire exploser (à tous les sens du terme) cette amitié naissante…

    Des envolées aériennes initiales jusqu’au fond des tranchées, cette Patrouille des invisibles se parcourt comme le récit d’une chute irrémédiable, au rythme des chapitres aux noms évocateurs(la chute de l’ange, de sang et de boue, dans les ténèbres, cauchemars).
    Au drame collectif de la guerre vient s’ajouter des tragédies plus intimes, incarnées par les principaux personnages.
    Au-delà de ses portraits forts, cet album s’impose par le traitement graphique, assez magistral. En couleurs directes, avec un style semi-réaliste très expressif, la guerre acquiert ici une tragique beauté.

    patrouille invisibles-planche

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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