Le Horla plus présent que jamais

    Le Horla, d’après Guy de Maupassant, Guillaume Sorel, éditions Rue de Sèvres, 64 pages, 15 euros.

    C’est une des plus célèbres nouvelles de Maupassant. Et, quelque part, l’un des textes pionniers de la littérature fantastique.

    A la fin du XIXe siècle, dans une belle bâtisse normande, en bord de Seine, d’étranges phénomènes commencent à se produire : le chat est effrayé, une carafe d’eau se vide toute seule, le narrateur cauchemarde, oppressé toutes les nuits, une rose est cassée comme si elle était cueilli par un être invisible. Et, progressivement, le personnage va succomber à cette présence surnaturelle. Une présence intiment liée à la bâtisse et qui se relâche dès qu’il fuit sa maison, mais qui le reprend dès son retour : le Horla, créature immatérielle peut-être venue d’un bateau brésilien remontant la Seine ou d’une autre dimension. Ou tout simplement pure création d’un esprit maladif. Dès lors, le narrateur va engager un combat à mort contre son envahissant visiteur. Jusqu’à sombrer dans la folie furieuse et provoquer le drame…

    Il n’est pas évident de restituer la folie ou l’emprise d’un tel être immatériel… Et, en plus ici, d’échapper à l’empreinte que le texte de Maupassant a pu laisser dans l’esprit de ses (nombreux) lecteurs.  Guillaume Sorel y parvient magnifiquement ici, dans cette superbe adaptation. Plongée hypnotique dans la démence ou illustration de l’envahissante présence d’une créature fantastique, l’album, comme la nouvelle, parvient à maintenir l’ambigüité entre les deux versions jusqu’à son terme fatal.

    Guillaume Sorel choisit, judicieusement, de se passer du “journal”, à la base du texte de Maupassant. Aucune voix off non plus, mais la présence d’un chat qui, le premier, perçoit la présence du Horla (ou dont les réactions sont interprétées comme telles par le narrateur…) et qui devient le principal interlocuteur du héros. Un procédé réussi, qui permet de maintenir la tension et de donner un rythme à l’album (et qui peut apparaître aussi comme un clin d’oeil au chat noir d’Edgard Poe, autre description d’une folie sanguinaire). La lente dégradation du narrateur est aussi restitué par des jeux de regard, d’un personnage de plus en plus perdu.
    La qualité du dessin est l’autre atout majeur de cette belle adaptation littéraire.
    A la délicatesse de la peinture des paysages normands, de la beauté transcendantale du Mont Saint-Michel, ou du portrait de Paris à la Toulouse-Lautrec, s’opposent les séquences nocturnes fantasmatiques, suscitant un vrai effroi, ou l’évocation lovecraftienne des monstres des profondeurs (planche 51), jusqu’aux planches finales, accompagnant, crescendo dans l’intensité la violence destructrice du héros.

    Voilà une réussite graphique qui sert bien le texte de Maupassant. Et un album qui fait une belle entrée dans le genre de la bande dessinée fantastique.

    A noter que l’Ecole des lettres, la revue des enseignants de français consacre son dernier numéro à cette version du Horla ainsi qu’un long entretien avec son auteur sur son blog.

     

     

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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