Le Linge sale, une très froide et ironique vengeance

    Linge sale-couvLe linge sale, Rabaté (scénario), Sébastien Gnaedig (dessin). Editions Vents d’Ouest, 128 pages, 19,50 euros.

    Il n’aura pas fallu attendre vingt ans pour voir aboutir ce scénario. Mais pas loin. Ainsi qu’il s’en expliquait dans le mensuel Casemate (n°72, juillet-août dernier), cela fait une quinzaine d’années que Pascal Rabaté avait écrit cette histoire, pour un film qui ne s’est jamais fait et qui revient donc en bande dessinée, finalement repris directement au dessin par l’éditeur Sébastien Gnaedig.

    Vingt ans, c’est donc le temps que Pierre Martino, l’anti-héros du Linge sale, aura mûri sa vengeance. Il y a vingt ans, découvrant qu’il est trompé, il avait voulu tuer sa femme et son amant… mais s’était trompé de chambre au motel et avait tué un autre couple ! Après deux décennies de prison, détenu modèle (et terne), il est libéré et n’a qu’un but: tuer sa femme, son amant (désormais son mari) et le reste de leur famille. Celle-ci, marginale, vit ensemble dans une grande bâtisse, à la sortie d’un village de la campagne angevine (chère à Rabaté). Martino va soigneusement préparer son plan, mais arrivera-t-il à éviter l’ironique malchance qui semble le poursuivre ?

    Mélange de polar (pour la vengeance du mari cocu) et de comédie sociale à l’italienne (pour le portrait d’une smala familiale navigant entre le quart-monde et la petite délinquance), ce Linge sale se savoure à travers les observations méticuleuses de Martino, transparent et insipide, mais vrai psychopathe. Car l’élément central de l’histoire est bien la famille Verron, guère enviable, elle non plus, mais portée par une pulsion de survie quasi-animale. Tout ça ne vole donc pas bien haut, mais les auteurs ne chargent pas trop non plus leurs personnages. Le dessin, simple et un peu naïf, de Gnaedig et la mise en couleurs en aplats gris confortent cet entre-deux, avec des personnages dérisoires mais très humains. A la fois un brin sordides et émouvants.

    Sans réelle empathie mais sans réquisitoire non plus, Gnaedig et Rabaté nous offrent une comédie noire férocement drôle… Où l’on trouve  encore une petite voiturette (qui aura sa part dans l’intrigue), figure caractéristique de l’univers de Rabaté.

    Linge Sale-planche

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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