Le marquis passe à l’Est

    Je connais Yves Lecointre, directeur du Frac Picardie, depuis de nombreuses années. J’ai fait sa connaissance au milieu des années quatre-vingt, à Beauvais où j’étais reporter. C’est un passionné, un fin connaisseur de l’art contemporain, un homme de goût très compétent. Je me souviens de discussions, parfois vives, que nous nourrissions autour de l’art. Car tu connais, lectrice adulée, adorée, chouchoutée, convoitée, pressentie, presque conquise, mes goûts assez traditionnels, voire parfois carrément réactionnaires. Ce n’est pas tant certaines œuvres qui me gavent; c’est tout le discours qu’il y a autour, très souvent, abscons, interminable, intellectuel, sur les intentions de l’artiste. Ceci dit, les Frac en général – et celui de Picardie en particulier – proposent des choses audacieuses, déroutantes et intéressantes. Lys et moi, nous nous sommes rendus dans les locaux du Frac, rue Pointin, à Amiens, pour le finissage de la très belle exposition Façons d’endormis, réalisée en collaboration avec les enseignants et les étudiants de la faculté des Arts et de l’UFR culture et patrimoine de l’Université de Picardie. Le thème: le sommeil, décliné autour d’œuvres singulières, fortes de divers artistes dont Philippe Decrauzat, Désirée Dolron, Zan Jbai, Gavin Turk, José Régian Galindo (un film autour d’une performance étonnante: une fille est endormie dans une salle, recouverte d’une manière de drap de morgue; des gens passent, se demandent si elle vit encore; de plus, cette brune est très belle, on la voit nue ce qui ne pouvait que me séduire). J’ai interrogé Yves Lecointre sur le terme finissage, antithèse de vernissage. Il m’a dit que ça se pratiquait régulièrement en Belgique. Je lui ai demandé s’il était d’origine belge; il m’a dit non et a dû trouver la question bizarre. Je suis bizarre par moments. J’étais encore bizarre, dimanche dernier, au Gaumont où je suis allé voir la diffusion du ballet du Bolchoï, dans Don Quichotte, filmé en direct de Moscou. J’ai beaucoup aimé. La petite Natalia Osipova (dans le rôle de la dulcinée) est adorable, talentueuse, gracieuse, très sexy. J’adore la sonorité de la langue russe, soviétique devrais-je dire, toujours nostalgique. Je regardais la diffusion en direct de Moscou, l’air bizarre, à moitié fou: j’avais envie de reconstruire le mur de Berlin et de passer à l’Est. On ne peut pas se refaire.

    Dimanche 17 février 2013.

    Commentez ou exprimez-vous grâce aux emojis !
    0
    J'AIMEJ'AIME
    0
    J'ADOREJ'ADORE
    0
    HahaHaha
    0
    WOUAHWOUAH
    0
    SUPER !SUPER !
    0
    TRISTETRISTE
    0
    GrrrrGrrrr
    Merci !

    Tags:

    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

    • Voir les commentaires

    • Ben

      Ne crains aucun tabou, tu n’es pas seul, spectateur ou auditeur, à rêver d’est, quelquefois… lorsque la brute Willis est décorée de la plus haute distinction républicaine de ce pays ! Commandeur des arts-et-lettres… c’est comme si Gepetto avait vu le directeur du cirque recevoir la médaille de sa ville ! C’est le nez du ministre qui se serait allongé.

      • Philippe Lacoche

        J’adore tes props! Merci, cher Benoît. Je n’aime pas Willis moi non plus. Je préfère Michel Simon, Maurice Biraud, et ce gauchiste de Robert Le Vigan. Préparons nos bagages et nos truelles; reconstruisons le mur de Berlin et passons à l’Est. De plus, je suis un peu comme Mauriac : j’aime tellement l’Allemagne que j’étais très heureux quand il y en avait deux. Et shit à la pensée unique et la bien pensance : celles-ci vont toujours dans le même seul. Celui de la société ultra-libérale et de la jungle capitalistique. Sortons les Sten des planques des maquis. Le marquis rouge qui vous veut du bien.

    Your email address will not be published. Required fields are marked *

    comment *

    • name *

    • email *

    • website *

    Vous aimerez également peut-être

    « Mais qu’est-ce qu’ils ont tous ce matin ? »

    Jonathan, présenté menottes aux poignets, est le premier client de l’audience du 1er décembre. ...

    Ils vont vous faire aimer La Crise !

    L’album collectif des éditions amiénoises de la Gouttière, La Crise, quelle crise, arrive dans ...

    Boucq monte au front sur le Chemin des Dames

    Ce dimanche aura lieu la cérémonie officielle du centenaire de l’offensive du Chemin des ...

    Les frères morts me font revivre

      Je vais certainement me répéter, lectrice, mon amour souhaité et sous peu consommé. ...

    Astérix et le domaine des Dieux, première Bonne Annonce

    Première bande annonce pour l’adaptation cinématographique et animée d’Astérix, par Alexandre Astier, du Domaine ...