Le Transperceneige explore une nouvelle voie

    Transperceneige-terminus_couvTransperceneige, terminus, Olivier Bocquet (scénario), Jean-Marc Rochette (dessin). Editions Casterman, 232 pages, 25 euros.

    Trente-trois ans, trois tomes et un film plus tard, le Transperceneige (ou plutôt le “crève-glace”, le second train, que l’on suit depuis le deuxième tome) poursuit sa route.

    Il avait atteint son terminus. Mais pas forcément sa fin. Lors de l’épilogue – traumatisant – de La Traversée, en 2000, les quatre arpenteurs découvraient que le signal sonore qui leur faisait espérer une autre présence humaine sur cette Terre victime d’une nouvelle ère glaciaire n’était qu’un système électronique automatique qui chantonnait Le Temps des cerises… Ironie sinistre pour une humanité promise à sa disparition.
    Mais au début de ce Terminus, ayant dépassé leur découragement, Puig Vallès, le conseiller héroïque du premier cycle et trois autres arpenteurs décident de chercher la source de l’énergie qui fait encore fonctionner la machine. C’est le début d’une nouvelle odyssée au bout d’un long puits d’ascenseur qui les amène dans une cité souterraine où ils iront de surprises en surprises.

    Installés dans un ancien parc d’attraction scientifique, les habitants de la cité se dissimulent derrière des masques de souris et sont régis par un ordre, celui des “aiguilleurs”, techno-scientiste, guère moins totalitaire que celui qui fonctionnait dans le train. Malgré tout, les derniers réfugiés du Transperceneige viennent se réfugier dans ce Future Land. Mis en quarantaine, ils devront apprendre à s’inscrire dans une société également sans merci. Tandis que d’autres horreurs vont progressivement être découvertes…

    Après l’errance horizontale, dans “la blanche immensité d’un hiver éternel et glacé“, ce nouvel épisode du Transperceneige passe à la traversée verticale. Dans le même temps, l’histoire passe de la critique “verticale” d’une société totalitaire de classes, figurée par l’ordonnancement du train, à la vision horizontale d’une humanité défaite, à moitié dégénérée et confrontée, ensemble, à son dépassement pour assurer sa survie. Un passage qu’Olivier Bocquet (découvert notamment pour sa série sur Fantomas, pleine de noirceur également) gère avec brio. S’accrochant au wagon de ce “train qui jamais ne s’arrête“, où il prend la suite de Jacques Lob, puis de Benjamin Legrand, il insuffle à ce nouvel épisode une nouvelle orientation, marquée par des problématiques plus contemporaines, tout en restant fidèle au climat sombre de la série.

    Métaphore des angoisses du moment plus que simple ouvrage d’anticipation et d’aventures, Le Transperceneige demeure bien de son temps. A trois générations d’écart, la critique du totalitarisme, puis celle de la manipulation des foules à l’aide des mass médias a laissé place à la crainte des accidents nucléaires et son lot de survivants irradiés ou aux folies transhumanistes, tandis que la brusque arrivée des “migrants” ferroviaires du Train dans la cité de Future Land, et les difficultés qu’elle entraîne vient percuter l’actualité récente.

    Visuellement, Jean-Marc Rochette accompagne cette évolution, d’album en album, avec un style de plus en plus marqué et sombre. Avec une présence graphique qui se renforce et tend, parfois, vers l’abstraction (à l’image des quatres pages rougeoyantes servant de transition entre deux époques). Même si, paradoxalement, ce nouveau tome laisse pour la première fois apparaître des touches de couleurs. Dur, mais conservant un espoir de renaissance. La possibilité d’un futur.
    En tout cas, l’histoire se renouvelle et se termine (apparemment ?) de belle manière.

    9782203099036_1_75Et pour ceux qui souhaiteraient faire le voyage en “première classe”, Casterman édite aussi un coffret collector “métal” intégral de la série, en tirage limité (3 020 exemplaires, 60 euros) avec un billet de train officiel du Transperceneige à l’intérieur (billet décliné de façon aléatoire entre 1500 billets en bronze, 499 billets en argent et 1 billet en or).

    A noter, enfin, pour ceux qui seraient du côté d’Annecy ce jour-là que Jean-Marc Rochette et Olivier Bocquet effectueront une séance de dédicace exceptionnelle à BD fugue Café le jeudi 26 novembre dès 15 heures.

    Transperceneige-terminus_planche

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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