L’émouvant destin de Tomoji par Taniguchi

    tomiji_couvElle s’appelait Tomoji, Jirô Taniguchi. Editions Rue de Sèvres, 170 pages, 17 euros.

    Il y a quelques années, les personnes s’occupant d’un temple bouddhiste dans la région de Tokyo ont demandé à Jirô Taniguchi de dessiner dans leur bulletin trimestriel. “Leur idée était claire et simple, explique l’auteur à la fin du livre, valoriser ce qui fait la particularité de ce temple et notamment mieux faire connaître la personnalité et le parcours de sa créatrice.” Cette femme s’appelait Tomoji. Tomoji Uchida. Jirô Taniguchi a accepté à l’unique condition que ce soit à sa manière. Pour raconter le cheminement de Tomoji, ce qui a forgé sa personnalité et ce qui l’a conduit vers la spiritualité, l’auteur a librement fictionnalisé l’enfance de l’héroïne…

    L’histoire narrée est donc celle de la jeunesse de Tomoji Uchida, très marquée par la mort et l’absence, et son incroyable histoire d’amour avec son cousin, Fumiaki Itô.

    L’histoire se déroule entre les deux guerres mondiales. Omoji a grandi à la campagne. Avec son demi-frère, sa petite soeur et ses parents, la vie n’est pas de tout repos mais heureuse. Jusqu’à ce que son père meurt subitement dans les atroces souffrances d’une péritonite aiguë. A partir de là, la vie ne sera jamais plus la même. Au bout de quelques temps, la mère quitte le village, laisse Tomoji et sa soeur et son demi-frère en garde à leur grand-mère maternelle. Un abandon que les filles auront bien du mal à encaisser.
    Mais Tomoji prend très à coeur son rôle de grande soeur et veille consciencieusement sur sa cadette. Jusqu’à ce que… celle-ci trépasse également, suite à une très forte fièvre. Tomoji se retrouve alors seule avec son demi-frère et sa grand-mère, qu’elle aide au magasin. La vie suit son cours. Tomoji grandit et est bonne élève. Un jour, Fumiaki Itô, son cousin, vient au village de Tomoji, mais ils ne se croiseront que furtivement, de loin. Mais ils n’oublieront jamais cette vision.
    A l’adolescence, Tomoji part étudier la couture. Elle est douée et appliquée. Et à la mort de sa grand-mère, on lui propose d’épouser Fumiaki. Tomoji ne pensait pas devoir perdre son indépendance si jeune mais lorsqu’elle rencontre à nouveau son cousin, c’est le coup de foudre. Celui-ci est doux, cultivé et à l’écoute. Ils se marient sans faste et une nouvelle vie commence alors. Plus tard, le couple fondera le temple Shôjushin. “Mais ça c’est une autre histoire...”

    Avec Elle s’appelait Tomoji, Jirô Taniguchi raconte une enfance japonaise et une histoire d’amour avec beaucoup de sobriété et de subtilité. Tomoji est calme, pondérée mais son regard en dit long sur sa mélancolie et ses blessures. Pour autant, elle suivra son chemin, à l’écoute des autres mais aussi d’elle-même. A partir du moment où elle connaîtra l’amour, elle vivra comme une renaissance. Elle qui n’avait pas jamais été foncièrement heureuse depuis le décès de son père retrouve goût à la vie et l’envie d’entreprendre.

    C’est simple, beau et tout en retenue. L’auteur laisse la place au silence et à la réflexion personnelle du lecteur. Ce vers quoi Jirô Taniguchi semble vouloir tendre depuis quelques parutions, mais aussi pour la suite de son oeuvre, comme il le confie à la fin du livre dans un entretien très intéressant sur sa manière d’aborder le sujet du livre et d’en composer l’histoire.
    Elle s’appelait Tomoji est aussi une trace historique et sociologique importante, un témoignage sur ce Japon rural qui, selon l’auteur, s’éteindra avec la génération actuelle de personnes âgées. Bref, un émouvant petit délice à la savoureuse sauce Jirô Taniguchi.

    Par Gaëlle Martin

    Tomojo_case

    Commentez ou exprimez-vous grâce aux emojis !
    0
    J'AIMEJ'AIME
    0
    J'ADOREJ'ADORE
    0
    HahaHaha
    0
    WOUAHWOUAH
    0
    SUPER !SUPER !
    0
    TRISTETRISTE
    0
    GrrrrGrrrr
    Merci !

    Tags:

    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

    • Voir les commentaires

    Your email address will not be published. Required fields are marked *

    comment *

    • name *

    • email *

    • website *

    Vous aimerez également peut-être

    Dans les coulisses de l’Assemblée nationale

    Le député, la noble assemblée, Xavier Cucuel (scénario), Al Coutelis (dessin). Editions Grand Angle ...

    Les héros de bande dessinée au miroir de l’Histoire

    De la fiction à la légende, mais en puisant dans l’Histoire, tels sont quelques ...

    Budapest 1956 pour mémoire

    L’ange de Budapest, Gabor Tallai (scénario), Attila Futaki (dessin). Editions Glénat, 56 pages, 14,50 ...

    La BD en 2012, toujours plus

    Gilles Ratier, secrétaire général de l’Association des critiques de bande dessinée (ACBD) a rendu ...

    Matthieu Bonhomme, l’homme qui a fait revivre Lucky Luke

    L’homme qui tua Lucky Luke, Matthieu Bonhomme. Editions Dargaud, 64 pages, 14,99 euros. Après ...

    Une BD bonne comme… un bon Bordeaux !

    Châteaux Bordeaux, T2 L’œnologue, par Corbeyran et Espé chez Glénat, 13,9 €. Une intrigue ...