L’enthousiasmante rencontre d’un autre type

    L’entrevue, Manuele Fior, Editions Futuropolis, 176 pages, 24 euros.

    L’Italie en 2048. Quelque part près d’Udine, dans le Frioul, Raniero, un psychologue quinquagénaire et en instance de divorce, est victime un soir d’un accident de la route, distrait par l’apparition de mystérieux triangles dans le ciel. Etrangement, la nouvelle jeune patiente dont il va s’occuper, Dora, prétend avoir vu, elle aussi, ces triangles, mais même d’être en contact télépathique avec les extraterrestres. Des éléments, associés à un brutal cambriolage et à la séparation avec sa femme qui vont faire perdre pied à Raniero. Surtout que Dora, adepte du mouvement de la Nouvelle convention (qui prône la non-exclusivité sexuelle) va totalement l’enflammer. Le soir même d’une nouvelle apparition, massive, et visible par tous, des vaisseaux extraterrestres…

    Aliens, univers futuriste, télépathie, nouveau culte, etc. Manuele Fior utilise ici tous les outils habituels du genre, mais d’une manière très personnelle. A sa façon délicate, il réalise ici un superbe album de science-fiction. Par touches subtiles, il aborde la SF avec un angle neuf. Bien que toujours en arrière-plan, mais plus que comme un prétexte ou un contexte à son histoire sentimentale, celle-ci est bien au coeur du récit. La nonchalance éthérée et légèrement dépressive de ses personnages, la banalisation de cette rencontre avec des extraterrestres (et sa fin philosophique), l’évidence jamais appuyée de sa description du monde de 2048 donnent une vraie justesse de ton au récit.

    Son trait fluide et délicat, son talent à mêler lavis et dégradés de gris au fusain, s’accompagne de vraies audaces graphiques (comme ces trois planches de monochrome noir, pour illustrer la nuit d’amour entre ses deux personnages).

    Si l’on avait pu rester relativement hermétique à son intimiste 5000 kilomètres par secondes, auréolé de nombreux prix (dont celui du meilleur album d’Angoulême en 2011), le charme opère pleinement cette fois. Cette Entrevue est une vraie réussite (à classer, par sa singularité, à côté des Derniers jours d’un immortel) qui donne envie d’autres rencontres de ce type !

    [youtube]http://www.youtube.com/watch?v=g3md2ZSCb_w[/youtube]

    Et pour compléter, dans le “multimédia”, on peut suivre le conseil musical de Bobd d’accompagner cette lecture avec la bande originale de The Day The Earth Stood Still, certes dans une ambiance plus angoissante que l’apaisée et apaisante BD de Manuele Fior, mais qui permet de saluer le travail magistral de Bernard Herrmann.

     

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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