Les dents de l’amer

    maître crocodiles_couvLe Maitre des crocodiles, par Jean-Denis Pendanx et Stéphane Piatzszek. Editions Futuropolis, 144 pages, 20 euros.

    Indonésie, au large de Sumatra, été 1984, Léo, jeune réalisateur militant écolo, Isabelle son épouse enceinte et Bernard, un cameraman qui vient de claquer la porte de chez Courteau, tous trois partisans de la deep ecology viennent tourner un film sur les îles Banyak, afin d’alerter sur les risques de la surpêche et de l’épuisement des ressources. Mais alors qu’une effervescence indépendantiste se répand dans l’archipel, ils doivent aussi se méfier des hommes, notamment du fils du Chamat, le chef du village. Ils vont surtout se confronter à un crocodile géant, qui dévore sous ses yeux la femme de Léo. Trente ans plus tard, vieilli, solitaire, Léo revient sur l’île. “Pour mourir”. Et pour mettre un point final à l’affaire…

    maître crocodiles_planche2 (1)Après Tsunami, Jean-Denis Pendanx et Stéphane Piatszek poursuivent leurs chroniques asiatiques. Avec un récit qui vise encore une fois à cicatriser les blessures du passé. Evoquant – forcément – Moby Dick (avec un saurien borgne en guise de baleine blanche), ce Maître des crocodiles récupère aussi les clichés du “film de monstres” de série B   pour, plus profondément, livrer une méditation sur la place de l’homme dans la nature. L’histoire plonge aussi progressivement dans un monde éloigné de la rationalité occidentale. Un monde de chamanisme, de liens qui se tissent entre le monde humain et le monde animal, où le chasseur parle aux crocodiles, où le temps passe et le “progrès” (social ou politique) fait son oeuvre mais qui conserve ses légendes, où le crocodile géant semble toujours à mi-chemin de la réalité et de la légende. Où hommes et animaux font partie intimement du même écosystème.

    Jean-Denis Pendanx retrouve l’ambiance solaire et “exotique” du précédent album. Mais il  donne aussi aux scènes de combats aquatiques une dimension très forte et purement fantastique. Une transposition de Moby Dick où la vengeance folle d’Achab se chargerait cependant d’une logique (que l’on ne dévoila pas) finalement très rationnelle. Et dont la vraie cible n’est pas forcément celle à laquelle on pense. Et, même si le flou entretenu autour de l’intrigue lui donne un côté un brin nébuleux, cet album est un aussi un vrai récit d’aventures, nerveux et captivant de bout en bout.


     

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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